Souvenir d’Elias Barry, doyen des Sorya de Sokotoro (Par Alpha Sidoux Barry)

Il avait un port altier et fier qui lui donnait belle allure. Un sourire éclatant illuminait son visage au teint mat, caractéristique des Sorya de Sokotoro dans la région de Mamou. Illyassou Barry, de son nom de baptême, plus connu sous celui d’Elias Barry, en imposait par sa présence et son charisme. Un vrai seigneur au sens noble du terme.



Décédé dans la matinée du jeudi 21 mai 2020, au sein de la maison de retraite médicalisée (Epahd) de Poissy, en région parisienne, il a été inhumé dans le carré musulman du cimetière de la commune voisine de Vernouillet, le jeudi 28 suivant. Dans la stricte intimité familiale en raison du confinement dû à l’épidémie du covid-19. A l’âge vénérable de quatre vingt-dix ans. Il laisse une veuve, Françoise Barry, née Françoise Tonetti, et deux filles, Mariama Oury (d’un premier mariage) et Hawa.

Elias Barry s’est éteint au terme d’une vie longue, riche et sereine, en laissant parmi ses concitoyens le souvenir d’un homme intègre, à la droiture morale sans faille, soucieux du sort de ses compatriotes. S’il s’est fait une situation confortable dans la bonne société française, il n’a jamais oublié son terroir d’origine, Sokotoro, où il n’avait de cesse d’aller se ressourcer, dans le Fouta Djallon profond.

Son père Alpha Mamadou Pathé Barry a été l’un de ces maîtres d’école, appelés moniteurs d’enseignement, qui ont formé les premiers cadres guinéens à l’époque coloniale. Il a exercé dans la ville de Labé, de 1905 à 1908, avant de devenir en 1912 chef du canton de Saïn dans la région de Mamou.

Elias Barry est ainsi l’arrière petit-fils de l’Almamy Oumar (qui régna de 1840 à 1872), 10ème de ce rang dans l’Etat théocratique du Fouta Djallon, fondé en 1725 par Saïkou Ibrahima Sambégou, passé dans l’histoire sous le nom illustre de Karamoko Alfa.

 

La victoire de l’Almamy Oumar sur le N’Gabou (dans la future Guinée-Bissaü) lui permit d’étendre le Fouta Djallon, au nord-ouest, jusqu’à l’océan Atlantique. Et c’est lui qui a accueilli puis aidé le chef religieux et conquérant El Hadj Oumar à s’établir à Dinguiraye.

Descendant de l’Almamy Oumar, Elias Barry est aussi le petit neveu de Bokar Biro, le farouche résistant à la pénétration coloniale en Guinée. Deux titres de gloire qu’il portait avec sérénité et qu’il tenait à honorer par une conduite exemplaire.

Il faut rappeler que Karamoko Alfa, fondateur et premier Almamy du Fouta Djallon, eut pour généralissime de ses forces armées son cousin germain Ibrahima Sory Mawdho, futur deuxième Almamy, initiateur de la lignée des Sorya à laquelle appartient Elias Barry, qui alternait au pouvoir avec la lignée des Alfaya (issue directement de Karamoko Alfa). A l’époque, l’Etat foutanien pratiquait déjà le principe de la séparation des pouvoirs au moment même où Montesquieu en établissait la théorie en Europe.

Elias Barry n’a jamais oublié d’où il venait. C’est pourquoi, il n’a ménagé aucun effort pour avoir un parcours irréprochable qu’il a commencé à l’école élémentaire de Mamou. Il a poursuivi ses études au Prytanée militaire de Kati dans l’ancien Soudan français, qui deviendra le Mali en 1960.

Au terme de sa carrière militaire dans l’Armée française à Dakar au Sénégal, il a tenu à reprendre ses études. Pour ce faire, il a dû réduire son âge de plusieurs années pour se conformer aux normes scolaires. C’est ainsi qu’il a réussi à présenter en 1959 le baccalauréat en série B, qui lui permit l’année suivante d’entrer à la faculté de sciences économiques de l’Université de Dakar au moment où ce pays accédait à l’indépendance.

Il présentera la maîtrise d’économie en 1965, tout en travaillant, car il n’était pas boursier, notamment comme comptable au Trésor public de Dakar. Il gagna la France où il exercera la même fonction dans la Société de travaux publics dans la région parisienne, puis dans un cabinet d’experts comptables, La Fiduciaire, jusqu’en 1974.

Il décide alors de reprendre à nouveau ses études en vue du doctorat à la Faculté des sciences économiques de l’Université de Paris X-Nanterre. Parallèlement, il a continué à travailler, cette fois à l’Office national de l’immigration (ONI) où il finira par être intégré comme cadre supérieur à l’issue de son cycle universitaire en 1978.

A partir de 1988, lorsque l’ONI devient l’Office des migrations internationales (OMI) pour gérer de manière plus large l’immigration familiale, l’accueil des travailleurs étrangers, les procédures de réinsertion et d’examen médical des étrangers arrivant en France, il va déployer des trésors d’ingéniosité pour aider et soutenir ceux-ci.

Haut fonctionnaire au sein de l’OMI, Elias Barry met tous ses talents de gestionnaire pour aider l’Office à mettre le cap vers le social et l’intégration des travailleurs immigrés, de même que la prise en compte de leurs demandes de regroupement familial.

Elias Barry contribue de manière décisive à l’orientation des étrangers vers la formation professionnelle, ainsi que leur formation civique et l’apprentissage du français, beaucoup de migrants africains arrivant en France sans aucune formation.

Il a dirigé le bureau de l’Office successivement dans plusieurs départements de la région parisienne puis à Dakar au Sénégal.

En 1994, sous l’impulsion de cadres de haut niveau comme Elias Barry, l’OMI intègre dans son action les programmes de co-développement qui assurent une meilleure réinsertion des migrants dans leurs pays d’origine. Et à partir de 2000, l’OMI prend directement en charge l’asile politique aux termes de la Convention de Genève de 1951.

On observe que de plus en plus de jeunes Guinéens sollicitent l’asile en France et beaucoup d’entre eux trouvent une oreille attentive auprès d’Elias Barry qui, par ailleurs, aide un grand nombre de nos compatriotes à trouver des stages dans le cadre de leurs diplômes universitaires.

Il a eu de multiples casquettes. A titre d’exemple, comme économiste, il a eu un partenariat de longue durée avec la Compagnie générale de géophysique (CGG), groupe mondial de géosciences œuvrant pour le compte de l’industrie de l’énergie (pétrole et gaz).

A la fin de sa carrière, Elias Barry est couronné du titre honorifique de la médaille du travail. Il  crée en 2005 une ONG dénommée Association pour le développement de la Guinée-Conakry (ADGC). Parmi ses multiples activités, elle met surtout l’accent sur l’éducation.

L’Association a périodiquement procédé à la collecte de livres scolaires dans les lycées parisiens pour les acheminer et les mettre à la disposition d’établissements d’enseignement guinéens. Elle a mis en place un centre de stockage, développé un partenariat et mobilisé des moyens financiers pour le transport des manuels.

Sous la Ière République (1958-1984), beaucoup de cadres guinéens ont fui la dictature ou ont été contraints de rester à l’étranger après leur formation. Cette élite n’a malheureusement pas pu servir directement son pays. Un manque à gagner inestimable pour la Guinée.

Ce fut le cas d’Elias Barry, comme tant d’autres cadres de sa génération, notamment les docteurs en médecine comme Charles Diané ou Saïdou Conté et rien qu’à Paris, Oumar Diallo, Thierno Abdourahmane Diallo, Abdelwahab Barry ou encore le cancérologue Sékou Oumar Hane.

Elias Barry et tant d’autres de ses compagnons ont toujours eu le regret amer de vivre l’exil qui exhale la pire des amertumes en les tenant loin de leur pays et des leurs, car la quête du devenir loin de chez soi n’étanchera jamais la soif inextinguible du retour manqué.

Alpha Sidoux Barry

Président de Conseil & Communication International (C&CI)


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28 juillet 2020
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