|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Marche et Mémorandum des femmes Guinéennes Contre l'impunité
2012-06-05 06:00:35 Le 28 Septembre 2009, les forces de sécurité dans notre pays, la République de Guinée-Conakry, ont choqué le monde par des actes méprisables de viol de plus de 80 femmes et le meurtre de plus de 150 personnes en plein jour. Depuis ce massacre, le climat politique en Guinée a été marqué par des tensions, l'amertume et le désenchantement en raison, principalement, du climat d'impunité que le gouvernement y maintient. L'objet de la manifestation pacifique du 28 Septembre 2009 qui se transforma en une tragédie était une demande pour des élections libres et transparentes qui constitueraient le premier pas de construction d'une démocratie durable. Depuis ce jour fatidique, la Guinée a subi de violents épisodes de répression politique qui ont conduit à l'élection de l'actuel président, Alpha Condé. Le 28 Septembre 2009, comme en maints épisodes tristes de l'histoire de la Guinée, les citoyens de notre pays auront payé le sacrifice ultime pour la démocratie. Après les élections, il y avait un léger espoir que le président nouvellement élu, qui bénéficie des sacrifices de citoyens anonymes, allait s'attaquer au problème crucial de l'impunité généralisée qui sévit dans notre pays. Toutefois, le nouveau gouvernement en Guinée n'a montré aucun intérêt sur les griefs des victimes et leur famille. Le président guinéen saisit toutes les occasions qu'il peut pour rappeler qu'il était une victime des régimes précédents. En 1971, il fut condamné à mort par contumace par Sékou Touré. En 1994, il fut emprisonné par le régime militaire sur une accusation de préparation d’une insurrection armée avec l’appui de l'ancien président du Libéria, Charles Taylor. Aux yeux des victimes de la répression récente, leurs familles, ainsi que des observateurs internationaux, il est d’autant plus difficile de comprendre la complaisance dont le président guinéen fait preuve envers des officiers de l'armée qui ont été accusés de crimes contre l'humanité par la Commission de l'ONU de droits de l'homme. Les distinctions officielles multiples qu'il a accordées aux agents accusés de crimes odieux contre l'humanité et le mépris de nombreux appels pour les retirer de son cabinet laissent planer de sérieux doutes sur la volonté d’éradication de l'impunité dans notre pays. Le résultat est que les victimes des atrocités sont laissées avec un sentiment profond d’abandon, les tensions sociales et ethniques ont été dangereusement exacerbées et peuvent exploser à tout moment avec des impacts possibles sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest qui a de la peine à se remettre des guerres civiles du Libéria, de la Sierra-Leone et de la Côte d'Ivoire. Des bouleversements sociaux en Guinée ne peuvent en rien contribuer à résoudre les conflits au Mali et en Guinée-Bissau. Les nombreux défis auxquels la Guinée fait face dans sa quête d’extirper les séquelles de plus de cinq décennies de sombres autocraties n’ont pas besoin d’un climat de rhétorique haineuse, de répression rampante et le soutien ostentatoire à des criminels connus que le gouvernement de M. Alpha Condé entretient. Les signes de l'émergence d'un régime autocratique en Guinée, moins de 2 ans après les élections qui étaient censées ouvrir la voie à la démocratie, laissent croire que toute aide au pays sera dévoyée par une équipe gouvernementale composée, pour certains de tueurs de renom. Il est vain de dispenser de l’aide économique, un soutien financier, des prêts ou des conseils d'experts, lorsque le gouvernement guinéen délibérément outrepasse les limites des normes morales et montre un mépris total de ses propres lois. Aujourd’hui, le système judiciaire de la Guinée, complètement soumis au gouvernement, est incapable d’entamer des poursuites effectives contre des responsables militaires avec un passé notoire d’assassinats, de viols, de trafic de drogues et d’armes. Nous, femmes de Guinée vivant aux États-Unis, sommes les représentantes de nos sœurs silencieuses qui, dans l'ombre de l'impunité, de la négligence, de la peur, de la honte et des traumatismes, vivent les séquelles terribles du viol. Nous venons en ce jour demander votre aide pour que justice soit rendue pour ces femmes sans voix. Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour demander que le gouvernement américain, la Banque mondiale, le FMI et toutes les agences de développement des Nations-Unies mettent la pression sur le gouvernement guinéen afin d’arrêter la politique insensée et provocatrice qui, non seulement est entrain de détruire la vie des femmes victimes, mais aussi pousse notre pays vers la guerre civile. 1. Nous demandons au gouvernement américain et aux agences de développement de réexaminer tous les programmes d'aide visant la Guinée et lier leur poursuite et leur renouvellement à des actes concrets contre les criminels présumés et un soutien aux victimes, ainsi que la compensation pour leurs familles. 2. Nous demandons qu'il soit mis fin aux manœuvres dilatoires du gouvernement guinéen contre la poursuite de la justice car ils exacerbent les frustrations sociales et les risques de confrontation avec des pertes de vies d'innocents citoyens. 3. Le président guinéen doit retirer du gouvernement les officiers militaires qui sont soupçonnés de crimes contre l'humanité. Le gouvernement doit mettre en place un plan pour leur traduction en justice après les récentes interrogations de quelques-uns des officiers. Il doit faire appel à des instances judiciaires internationales compétentes pour entamer des audiences crédibles. 4. Un programme de traitement psychologique et médical doit être mis en place pour assister les femmes violées avec l'aide des organismes internationalement reconnus. Les familles doivent bénéficier d'une assistance juridique afin de poursuivre leurs griefs auprès de la justice. 5. Des enquêtes de long terme par le biais d'une Commission Vérité crédibles sont nécessaires afin de traduire en justice toutes les personnes impliquées dans les massacres de 2009 et les tueries qui suivirent. 6. Un programme de recherche médico-légale complet devrait être instauré pour examiner les présumés charniers afin de déterminer le sort des personnes qui sont portées disparues. 7. Pour plus d'efficacité dans ce processus crucial pour l'avenir du pays, un organisme pour centraliser l'aide, coordonner les différents programmes, suivre les progrès et prendre des mesures d'atténuation doit être mis en place. A défaut de ces mesures qui relèvent du bon sens, le prochain tour des élections, au niveau local ou national, va enregistrer la même violence que pendant la campagne présidentielle de 2010. Si ces mesures ne sont pas prises, l'avenir de la démocratie en Guinée sera compromis dans un avenir prévisible. Plus dangereusement, l'impunité cultivée par l'administration de Mr. Alpha Condé peut dégénérer en un génocide qui se profile a l’horizon. Horrifiée par les crimes odieux de Septembre 2009, la communauté internationale les condamna à l'unanimité. Nous, les femmes de la Guinée venons aujourd’hui renouveler notre appel pour ne pas que le silence s'installe sur ces crimes. Nous saisissons cette occasion solennelle pour réitérer notre détermination à poursuivre la justice dans notre pays et nous sollicitons votre appui dans notre démarche. La Guinée, dotée par la nature en termes de ressources, reste marquées, au cours de sa courte histoire, par une culture de violence politique entretenue par la succession de régimes parmi les plus féroces de l’Afrique contemporaine. En substance, le pays est proche d’un état en faillite. A cet égard, la Guinée ne peut prétendre à un quelconque atout militaire ou diplomatique qui serait d’un intérêt pour les superpuissances. Toutefois, si pour une fois, les calculs froids et étroits de « real-politique » et «l'intérêt national," peuvent être atténués, la Guinée serait la candidate idéale, pour définir de nouvelles normes de bonne gouvernance et de la coopération fondée sur un véritable respect des droits de l'homme et des valeurs démocratiques. La Guinée pourrait être un exemple pour arrêter la sclérose des démocraties naissantes et les tentations renouvelées de régimes autoritaires dans la région Afrique de l'Ouest. Nous saisissons la présente occasion pour saluer tous les dirigeants politiques et les militants des droits humains qui, sans avantages tangibles en vue, travaillent sans relâche pour la poursuite de la justice dans notre pays. Nous saluons les citoyens de nombreux pays ainsi que nos sœurs et nos frères en Guinée, qui, par pur engagement pour la justice ont pris sur eux de combattre l'impunité dans notre pays. Nous nous félicitons des déclarations faites par le futur procureur spécial de la CPI, Mme Fatou Bensouda, pour son soutien sans ambages au processus de justice en Guinée. Nous nous félicitons de l'appui solide que le Département d'État Américain pourvoie pour la réalisation de la justice véritable en Guinée. Notre organisation et des millions de Guinéens peuvent vous assurer de notre soutien indéfectible à la poursuite des objectifs communs de justice et d'éradication de l'impunité en Guinée. Nous restons dans l’attente de votre réponse et vous prions d’agréer nos sentiments de respect. Respectueusement. Les femmes de Pottal-Fii-Bhantal Foutah-Djallon
15 commentaire(s) || Écrire un commentaire
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||