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Union des Forces Démocratiques de Guinée:

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR ABOUBACAR SOMPARE, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE GUINEE


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Nous venons de lire le discours  du Président de l’Assemblée Nationale à l’occasion  de la clôture de la Session des lois 2008.
Ce discours nous a rappelé ceux du Président Sékou Touré qui alignait les affirmations péremptoires sans aucune trame démonstrative  et même sans idée directrice ni objectif.
Il est étonnant qu’un Professeur de mathématiques n’ait pas l’esprit de synthèse qui respecte la trilogie, thèse, antithèse et synthèse.
Comme son mentor Sékou Touré, il pense que la démonstration est terminée dès qu’il énonce la phrase qui constate le résultat. C’est la caractéristique des hommes qui se contentent d’analyser les faits et laisser l’action se réaliser toute seule ensuite.
Le Président Sékou Touré avait coutume de dire que l’impérialisme aura son tombeau en Guinée. Il avait peut être raison, mais, en attendant,  c’est la Guinée qu’on allait  y enterrer.
Les réflexions que Monsieur Somparé nous présente pour la commémoration du cinquantenaire de « notre action glorieuse du 28 septembre 1958 » méritent d’être analysées dans le détail.
La description qu’il fait de la situation actuelle, « le profond malaise au sein de notre société, la suspicion spontanée née des différences régionales, un ébranlement des valeurs qui fédèrent notre Nation ; l’incapacité des acteurs politiques de s’unir, la cristallisation des ressentiments  et des rancoeurs, etc. » nous fait croire qu’il y a eu la guerre civile en Guinée avec son cortège de destruction des personnes et des biens.
Il termine en affirmant catégoriquement sans aucune démonstration que « la situation guinéenne est une mauvaise affaire pour les Africains » et « le Pays du NON historique du 28 septembre 1958 perd son  âme en bafouant ses propres valeurs ».
Enfin, il dénonce « ce mélange de confusion et de haine  conduit la Guinée droit dans le mur et avec elle, toute la sous-région ».
Nous pensons sincèrement que Monsieur Somparé  est en pleine dépression et qu’il voit le pays à travers son désarroi et ses peurs personnelles car il constate que son avenir politique personnel est plutôt sombre.
C’est peut être normal qu’il cherche des boucs émissaires pour expliquer la situation catastrophique de la Guinée aujourd’hui car il en est l’un des acteurs principaux de cette dérive. En effet, il a été l’Ambassadeur de la 1ère République en France, le Secrétaire Général, membre fondateur du PUP, le Président de l’Assemblée Nationale. Il ne peut en aucun cas nier sa participation et son entière responsabilité dans la gestion calamiteuse de ce pays pendant ces 50 années.
C’est pourquoi il cherche à expliquer le chaos par le manque d’unité nationale ou le manque de patriotisme des hommes politiques et il prône la réconciliation nationale qui doit, d’après lui, résoudre tous les problèmes.
Cependant, tout le monde sait et on l’affirme haut et fort, que la situation actuelle de la Guinée résulte de la mauvaise gouvernance tant de la 1ère République que de la 2ème République dont il a été un membre très influent.
Le Président de l’Assemblée Nationale s’en prend aussi à ce qu’il appelle l’ethnocentrisme sans toutefois en donner une définition.
En effet, on peut dire que Monsieur Somparé a été ethnocentrique à l’Assemblée Nationale quand il a recruté un grand nombre des cadres de sa région (notamment des femmes analphabètes). Cependant, les cadres soussous qui se regroupent à l’Assemblée  ne peuvent être traités que d’ethnicistes ou ethnistes quand ils se retrouvent entre eux. De la même façon, on ne peut traiter les autres d’ethnocentriques quand ils défendent les intérêts de leur ethnie alors qu’ils n’exercent aucun pouvoir.
Monsieur Somparé avoue d’ailleurs que « l’ethnocentrisme et son cortège de haine, de suspicion, d’enfoncement et de violence sont installés dans notre pays depuis quelques années » mais il ne veut pas indiquer les responsables de cet état.
Il ajoute aussi avec une mauvaise foi évidente, « c’est une question qui n’est pas recente, elle existait à l’état latent et, au fil des années avec la démocratie naissante, elle a connu une évolution exponentielle suite à  l’activité des partis politiques et d’associations de tous genres ». (Il parle certainement des quatre (4) coordinations régionales qu’il n’aime pas.)
Enfin, le chapitre suivant de son discours mérite d’être cité in extenso pour bien montrer son état d’esprit réel. Citation :

« De plus notre peuple est formé dans sa majorité d’ignorants de la chose publique et des exigences qu’elle implique et les opinions qui s’opposent entre elles, en son sein, sont toujours particulières et donc passionnelles et aveugles à l’intérêt général. Il relève de l’évidence même dans tous les esprits éclairés que le peuple ne peut se réunir en un seul corps pacifique ou pacifié et donc se mettre à exister que sous la contrainte d’un pouvoir unificateur face à la multiplicité contradictoire et changeante des opinions et à la contestation permanente. Il apparaît alors que la condition indispensable à l’unité nationale est la restauration de l’autorité de l’Etat.  Sans transcendance d’un pouvoir autonome fort, il ne peut exister de corps politique ordonné et encore moins de souveraineté populaire. » 

 Ce discours témoigne d’un tel mépris pour le Peuple de Guinée, d’un tel manque d’esprit démocratique, d’un tel désir d’un Chef Suprême de la Révolution  que nous considérons que Monsieur Somparé s’est totalement disqualifié pour l’exercice démocratique du pouvoir  en Guinée. Tout le monde doit se lever maintenant pour l’empêcher de s’emparer de la Présidence de la République qu’il ne mérite pas après ce discours malencontreux. La Presse et même l’Assemblée Nationale auraient dû censurer ce discours qui ne lui fait pas honneur.

Nous nous sommes longuement étendus sur ces notions pour bien clarifier et montrer la responsabilité des dirigeants comme Somparé  dans cette dérive ethnocentrique.
La défense ou la promotion de son ethnie ou de sa région n’est pas une mauvaise chose en soi, ce qui est condamnable, c’est de s’attaquer aux autres ethnies.
Quand Monsieur Somparé assure la promotion des « Landoumas » personne ne trouve rien à redire, mais s’il dit que Boké doit être uniquement pour les Landoumas, cela n’est pas acceptable car c’est de la xénophobie.
C’est devenu une habitude des responsables guinéens d’accuser les citoyens ou les partis politiques d’être ethnocentriques quand ceux-ci se sentent lésés et dénoncent l’incapacité des dirigeants à repartir les postes, les biens et services du Pays d’une manière équitable, en tenant compte de l’équilibre régional ou ethnique indispensable pour la consolidation de l’unité nationale.

Pour en revenir au problème du cinquantenaire qui semble être à l’origine de cette diatribe pseudo philosophique  de notre Président, nous pensons que personne ne s’oppose à sa commémoration.
Cependant, il existe des conditions préalables pour permettre  une véritable  réconciliation nationale à savoir :

  1. la vérité sur les évènements passés depuis 1958
  2. la justice et réhabilitation pour les victimes
  3. le pardon pour les bourreaux repentis
  4. La réparation des dommages subis.

Cependant, les responsables de la mauvaise gouvernance depuis 1958  doivent reconnaître leurs fautes  et ne pas les imputer à la France ou à l’impérialisme mais à leur incompétence notoire, à leur refus de respecter les lois, règlements et procédures et à leur corruption, leur népotisme et le non respect de la chose publique.
Nous demandons donc à Monsieur le Président de l’Assemblée  Nationale, deuxième personnalité de l’Etat dauphin constittutionnel de faire honnêtement son autocritique et celle de ses compagnons des 1ère et 2ème République afin de veiller que l’on puisse redémarrer sur le bon pied et rebâtir comme il se doit notre pays qu’il semble, paraît-il aimer.
En ce qui concerne le problème de la Nation qu’il a effleuré un peu, nous nous réservons de publier très bientôt  une réflexion intitulée :
« Comment construire la Nation guinéenne plurielle, multiethnique, laïque et démocratique ».
Pour plus d'informations, veuillez vous connecter sur www.ufdg.org

  Conakry, le 26 mai 2008
  Le Président d’Honneur de l’UFDG

El Hadj BA Mamadou


 

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VOS COMMENTAIRES

S. Bah26/05/2008 01:02:26
Ce travail devait être celui de Ousmane Bah ou de l'UPR en principe, en tant qu'opposition parlementaire. Mais hélas, Bah Ousmane roule pour Somparé qui a réussi à faire de l'UPR un parti de la mouvance présidentielle. Qui se rappelle d'une seule intervention de Ousmane Bah en tant que leader au parlement ou sur un sujet d'actualité ? Ceux qui soutiennent cet homme ne peuvent le faire que par désespoir d'avoir un leader ou par affinité.