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| B. Barros Diallo |
2012-08-23 22:11:21
D' un symbole à l' autre, les Guinéens vont ils demeurer indignes de leurs martyrs?
Une semaine après l' assassinat de Zakariaou Diallo en avril 2011 par des sbires armés et dirigés par Alpha Condé, j'avais exprimé mon dégoût et ma déception dans le texte «la manifestation du 28 Septembre était aussi interdite» que j' avais entamé par l'interrogation ouverte suivante : Zakariaou Diallo, paix à son âme, sera indubitablement un symbole , lequel?
Éléments de réponse :
Tel un fouet, sa mort m'a sorti de l'illusion d'une Guinée qui aurait tiré les leçons du passé pour s'interdire toute nouvelle dictature assassine. Elle m' a rappelé que si les miens avaient marché et réclamé liberté et justice pour Alpha Condé, alors prisonnier politique, ce dernier n' était pas avec nous lorsque son bourreau nous a chassés de Kaporo-Rails, quelques années plus tôt ; comment ai-je pu croire que cet homme pourrait veiller à ma sécurité ? Cela dit, l'idée que les miens et moi ne devons absolument rien à cet homme est loin de me déplaire. Au contraire!
J'ai douloureusement ouvert les yeux sur une Guinée hypocrite et sélective ou, condamner un crime aussi crapuleux semblait si pénible pour certains "frères" que j'ai préféré les soulager de l' effort. Que de tergiversations, de contorsions verbales, pour entendre Oui ..mais...peut être!
Maintenant Zowota : mon deuxième symbole, va t-il réveiller les consciences?
Les images des dernières victimes d'Alpha Condé m'ont soudainement rappelé mon devoir envers le première. Je ne peux nier ce que j'ai ressenti et personne ne me dictera les sentiments que je dois éprouver et exprimer car, en vérité, Zowota m'a révolté autant que Zakariaou. Faut-il le cacher comme s' il s'agit d'un vulgaire péché?
Manifestement, torpiller Zowota ne protègera pas Ayndè Foulasso! Ma grand-mère, connait l'objet de ses frustrations: l'état et son chef! Personne ne lui fera croire que son problème était M. Kolié, qu' on vient d'assassiner et qu'elle n' a jamais rencontré!
Qu'on crie à l' hypocrisie (que je dénonce en longueur de journée) ou me traite de récupérateur ne m'empêchera pas de proclamer mon engagement pour un monde meilleur. Certains ont perdu le privilège de me faire la leçon, d' autres ne l'ont jamais eu, je n' en ferai à personne. Mais, je m'indignerais sans gêne à coté de tous ceux qui oseraient revendiquer leur citoyenneté malgré l'adversité de leurs parents. À mon avis, ils sont les véritables héros, souvent anonymes, de l'humanité!
On oublie souvent que si l'esclavage du noir a été aboli s'est aussi (beaucoup! Pour éviter de dire surtout) parce que des blancs ont tenue tête à leur propre "establishment". Rien qu'entre nous, «nègres», on en serait encore à choisir entre «champ, jardin et/ou pacotilles». L'histoire ne nous a pas beaucoup changés car nous sommes incapables d'apprendre de nos malheurs. Nous préférons les chanter!
Si j' étais à Conakry, j' aurai participé à toute manifestation pour Zowota :
Va donc, pour Zowota! Au départ nous serons peu nombreux, à l'arrivée...toute l'humanité !
Mauvaise nouvelle?
Je viens de lire que la manifestation de demain, 23 Aout , à été annulée, à cette allure, cet autre calvaire ne suscitera que quelques déclarations et beaucoup d'intellectualisme puis, dans quelques années, nous entendrons «victimisation» dès que le "Z" sera prononcé.
Pour Zakariaou, nous, ses "braves parents", avons montré nos limites: l'individualisme et l'exclusivité victimaire. Beaucoup de nos braves ne marchent que s'ils mènent le peloton; ne portent plainte que s'ils sont l'avocat du dossier; ne s'associent que s'ils dirigent.
Comme toujours, depuis 1958, nous avons hypocritement accepté de «prendre Dieu et pardonner» aux noms d'unité nationale, justice Divine et autres chansons à la gloire de nos égoïstes avantages terrestres, que certains ont jalousement convoité des bourreaux, au nom de la paix des imbéciles de la république: ceux qui «attendent leur tour»... Devant le peloton d' exécution. Dès qu'un d' entre-nous dit «action», chacun se vautre derrière l'écran de sa gloire pour que son clavier rende « vive MOI»! Aucun mouvement de revendication pour nos morts, rien que des déclarations qui, d'ailleurs, se font de plus en plus rares.
En vérité, nos papiers blasphématoires, ne sont que «victimisations et lamentations» de carriéristes extravertis. Quand on a choisi la justice de Dieu, il ne faut plus se plaindre, on prie et attend. Ma seule prière est que l'expérience Zowota ne me fasse pas la fermer, à nouveau.
Comité de crise, vous êtes prévenus! Ne décevez-pas! Pour le reste, que chacun déguerpisse «hypocrisie» de sa case!
Penser, Parler....Oser Être.
Montréal le 22 Aout 2102
Boubacar Barros Diallo
barrosdiallo@hotmail.com
VOS COMMENTAIRES | |
| Ibrahima Diallo-Kankalabé | 24/08/2012 11:50:37 |
| Et si c'était l'ardeur et le zele de certains Guinéens n'appartenant pas a Zogota/zowata et a la région forestiere qui a poussé sous l'influence du gouvernement (avec ses nombreux representants de la Foret en son sein)les Doyens de la Foret a annuler leurs manifestations? Quel que soit nos convictions sur le Droit et la Justice pour tous, le terrain doit dicter notre attitude. Nous, les Peuls, prétendons ne pas comprendre mais a chaque occasion, on nous fait passer le message :"occupez vous de vos oignons!" Il n'y a certes aucune preuve a cela mais c'est ma conviction profonde. Pour ma part, la bonne attitude aurait été de faire comme certaines ONG: dénoncer les tueries par des communiqués et laisser chaque citoyen décider d'aller aux manifestations ou pas. Le débat sur Zogota sur le Net a certainement désservi les Droits de l'Homme et la justice car les victimes et leurs parents ont perdu de vue ces objectifs! Il faut accepter de reconnaitre que la Guinée est faite de gens" singuliers". Faire la politique de l'autruche, nous perdra plutot tot que tard ! | |
| Barros Diallo | 24/08/2012 15:21:36 |
| Mr Diallo-Kankalabé: <br /> Savez-vous pourquoi certains d' entre-nous ont désormais du mal à prendre la parole. C' est parce que nous ne faisons que parler. Frère Sadio Barry sait de quoi je parle. Chaque fois nous attendons de voir ce que les autres (le terrain ) font avant d' agir. Comme si nous attendions leur caution. Même lorsqu' il s'agit de notre communauté! <br /> Je suis d' accord avec vous par contre que trop de débats compliquent les choses sur le terrain. Et c' est la que notre communauté excelle, le débat, il suffit de mettre un problèeme sur la place publique pour que nous en fassions une exclusivité. Mais jamais nous ne posons d' actes concrets pour nos martyrs. Ce qui pousse tout le monde à croire qu' il n' y que le pouvoir qui nous interesse et non les droits de l' homme. Autrement, dénoncer ce genre de crime ne devrait susciter une levée de boucliers. <br /> Je répète ici ce que j' ai écrit ailleurs et l' avenir nous en dira plus : «c'est pour notre enterrement qu'on se présente aux funérailles d' un autre». Ceci est valable pour ceux qui ne nous ont pas soutenu mais aussi pour nous. Personne ne nous demande d' organiser les meetings à leur place. <br /> Par contre "Moi" ( ce qui n' engage personne d' autre)je répondrai présent à une telle invitation. | |
| Abdoulahi Bah | 24/08/2012 17:15:46 |
| Barros, Il faut une certaine dose de courage et d’honnêteté (que je tiens ici à saluer) pour oser pointer du doigt ces travers, sinon ce problème de société. Une société guinéenne marquée de plus en plus par l’individualisme et l’égocentrisme (sources d’indifférence et d’amnésie collective face aux exactions commises dans l’impunité par le pouvoir en place), l’exclusion, et l’hypocrisie. Une société qui, ses croyances religieuses aidant, préfère s’en remettre à Dieu quand on l’assassine, viole, emprisonne quand certains de ses citoyens osent manifester leur soif de liberté et de justice. Oui, ces traits de caractère de notre société font partie intégrante du syndrome guinéen. Un facteur parmi d’autres cependant, non moins négligeables. Notre distingué compatriote Gandhi distingue quant à lui ce qu’il appelle le temps politique, le temps de la justice, etc. Il y’aurait donc lieu d’ajouter à cette liste le type de problèmes de société que soulève l’article de Barros. Mais alors, à quel problème faut-il s’attaquer en priorité pour extirper le mal, de la façon la plus effective, efficace et durable possible, en profondeur? Et parmi tant de propos, écrits, faits et gestes que tous, nous nous attachons à servir au quotidien, pour qu’enfin l’Etat de droit devienne une réalité, une valeur comprise et reconnue de tous les guinéens, quelle(s) leçon(s) en tirer? Pour ma part, le principal obstacle à l’avènement de l’Etat de droit (au sens large du terme) est et demeure le phénomène Alpha-Condé-aux-commandes de la Guinée. Aussi, comme condition sine qua non à la résolution du mal guinéen, je persiste et signe: Alfa Condé, DEGAGE! Abdoulahi Bah | |
| Mariam | 24/08/2012 18:49:13 |
| Mr. Barros je partage tout ce que tu exprimes ici et je suis contente de te revoir sur le net. Ca me fait de la peine de voir certains rendre service a Alpha en conseillant de se desolidariser du "comite de crise" simplement parceque Jean Marie Dore ou la coordination regionale de la foret n'avait pas supporte les peuls pendant les evenements de l'entre 2 tours. Et personne ne peut accuser Faya Millimono de n'avoir pas denonce les abus de ce regime. Tous les guineens epris de justice devraient denoncer ces crimes avec la derniere vigueur avant que cette nouvelle dictature ne batte le record de Sekou Toure en nombre d'execution tant publiques que cachees! | |
| Mamadou S. Diallo | 27/08/2012 03:49:25 |
| Excellente réflexion. Les Guinéens oublient trop vite. Il y'a trop d’égoïstes, des personnes qui manquent d’appréciation pour l’intérêt collectif. Il faut que les Guinéens comprennent que Zakariou s'est sacrifie pour que nous autre puissions vivre. Il faut absolument refuser l'oublie et l’indifférence. Il ne faut pas seulement s'indigner individuellement a chaque injustice que l'on subit (Siguiri, Kouroussa, Zowata et tant d'autres bien avant), il faut agir ensemble pour vaincre l'injustice. Tant que nos actions et réaction sont dictées par notre appartenance ethnique on ne pourra jamais vaincre l'injustice. Il faut qu'on puisse transcender cette première réaction instinctive qui réduit notre monde a l’îlot communautaire pour épouser les valeurs universelles de justice. S'il y'a un(e) citoyen(ne) guinéen(e) victime d'injustice, tout(e) guinéen(e) doit agir en conséquence pour que la justice soit rétablie. Il faut refuser l’indifférence et l'oublie. Pour honorer Zakariaou et tant d'autres avant lui qui ont fait l'ultime sacrifice pour que la justice et la démocratie puissent rayonner en terre guinéenne, il faut refuser d’être indifférent. Il faut refuser d'oublier, il faut agir pour l’intérêt collectif! | |