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Pour une sortie de crise durable en Guinée


2012-09-06 21:11:10

La Guinée est vraiment dans l’impasse c’est-à-dire à la croisée des chemins; ne sachant plus quelle voie emprunter pour assurer la paix, la stabilité et asseoir les bases démocratiques gage certain de son développement.  Je propose dans ce papier de livrer quelques réflexions -résultant de mon analyse de la situation- consignées dans ce que j’appelle une feuille de route pour une sortie de crise durable à la crise en Guinée.

Il est à mon humble avis certain, que le premier pas à faire est celui d’un examen de conscience collective qui devra aboutir à la conclusion suivante : oui ceci est un vrai problème qui mérite d’être résolu et les guinéens doivent le résoudre.  Sans cette volonté de trouver une vraie solution à la crise reconnue, il est inutile de poursuivre les efforts.  Car, comme le dirait l’autre, la première solution d’un problème est qu’il soit correctement posé. Quelle est l’équation Guinée à résoudre?  Je ne veux pas m’étendre sur cet aspect puisque d’autres l’ont déjà fait avant moi et presque toutes les publications sur le web relatives à la Guinée en parlent soit directement soit indirectement dans les débats.  Je vais donc simplement résumer le problème. La conquête du pouvoir est le problème. Chacun, opposition comme gouvernement actuel en place, le veut rien que pour lui seul.  C’est peut être un peu méchant contre l’opposition qui ne cherche que son partage.  Donc, le vrai problème est que le pouvoir actuel refuse le partage des pouvoirs j’allais dire car n’oublions pas qu’il y a les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, économique, militaire,  l’information et la communication et le pouvoir religieux. Regardez vous-mêmes qui domine quoi vous comprendrez la source des réticences des uns et des autres.

Comment dans ce contexte, peut-on arriver à un partage démocratique des pouvoirs sans qu’il n’y ait trop de mal c'est-à-dire d’injustice et que les conséquences ne soient pas un autre blocage du développement national? Si les préalables sont remplis; je veux dire si la gravité du problème est reconnue et que la volonté de lui trouver une solution sont acquises, alors, voici à mon sens des étapes nécessaires à franchir pour arriver à la solution durable du problème.

D’abord, il faut que le gouvernement et son parti se joignent à l’opposition pour qu’ensemble ils réitèrent leur volonté de trouver la solution au problème tout en admettant que la solution durable acceptable pour tous est celle qui est démocratiquement juste.

Ensuite, les deux parties doivent désigner une commission paritaire mixte qui va élaborer un code de conduite pour le processus électoral. Ce code devra être validé et adopté par les deux parties en présence d’un médiateur international qui est totalement neutre.  Ce code devra stipuler entre autre: 

  1. Le respect du choix du peuple c'est-à-dire de l’expression de son suffrage.

Les deux parties doivent reconnaître ensemble que le choix démocratique du peuple est à respecter quelle que soit la situation. La modification unilatérale du choix du peuple est un crime condamnable et inacceptable.

  1. Le respect des valeurs communes aux deux parties

Il existe des valeurs que les deux parties partagent ou doivent partager et qui sont aussi des  fondements même de la société guinéenne. Ce sont entre autres :

    1. Le respect de la parole donnée : on est respecté que si l’on se respecte et le premier pas de se faire respecter est de respecter sa propre parole, ses engagements et sa signature.
    2. L’honnêteté : tolérance zéro pour le faux et l’usage du faux.
    3. Le respect de la différence : accepter que le fait, que les gens sont différents et que leurs opinions soient souvent différentes. Que cette différence est un atout et non un facteur limitant.  Les diversités ethnique, religieuse, générationnelle, politique, de niveau économique, de sexe, d’apparence physique ou de couleur et autre, sont une richesse.
    4. La justice : tout le monde est égal devant la loi qui est au-dessus de tous.
    5. Le respect du principe de non ingérence de l’exécutif dans le fonctionnement des structures indépendantes.
    6. La redevabilité c’est-à-dire la reconnaissance de la souveraineté du peuple autrement dit, du citoyen qui paye ses taxes et qui vote.  C’est à lui qu’on doit des comptes. 
  1. Il  est aussi indispensable que le PRG prenne la voie de la réconciliation avec la fraction de la  population marginalisée.  Pour ce faire, il devra d’abord assumer les erreurs et fautes commises et promettre de ne plus les refaire.  Ensuite, il devra prendre de la hauteur et tenir un discours rassembleur.  Il devra s’efforcer d’avoir tous les guinéens dans son cœur sans discrimination.  Il devra prendre des engagements en matière de sécurité, de justice (indépendance), de paix sociale, de respect de la loi et de rompre avec l’impunité, la corruption et la mauvaise gestion. Faire un remaniement conséquent du gouvernement et exhorter son parti et son gouvernement à l’aider dans cette nouvelle voie.
  2. Reconnaître et accepter que la population soit le premier levier du développement économique de la Guinée. D’où, la nécessité en temps opportun, d’enrôler tous les citoyens de l’intérieur comme de l’extérieur. La succession des dictatures précédentes a forcé plusieurs guinéens à l’exil et les recenser, c’est reconnaître leur droit de citoyen.
  3. Revisiter tous les textes de lois afférent aux élections dont particulièrement le code électoral afin de le rendre anti- fraude. Un expert indépendant pourrait le faire. S’assurer que le peuple a le droit de choisir ses représentants dont les maires, chefs de quartiers, chefs de districts, les députés et le PRG.
  4. Restructurer la CENI pour en faire un organe crédible, juste avec des principes favorisant l’expression de la démocratie et garantissant l’égalité entre les acteurs politiques.
  5. Reconnaître et faire respecter le  fichier électoral : C’est un patrimoine national à rétablir correctement et à garder avec soins de manière à le protéger contre toute manipulation unilatérale et frauduleuse. Il est inclusif pour tous les citoyens en âge de voter aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.  L’exclusion illégale d’un citoyen est un délit.
  6. Revisiter et améliorer la charte des partis politiques et son code de conduite afin de rendre obligatoire l’exercice de la démocratie et des principes de bonne gouvernance en leur sein. Un parti politique sérieux qui veut diriger le pays doit donner l’exemple en démocratie et bonne gouvernance avant d’avoir le pouvoir.
  7. Définir les rôles des structures sociales et économiques dans l’exercice de la démocratie. Ce sont : les coordinations régionales, les conseils religieux, la société civile, les syndicats et les différentes chambres de commerce, d’industrie et d’artisanat, d’agriculture et  des mines.
  8. Abroger toutes les dispositions unilatérales antérieures entre le MATAP (1) et la CENI (2), la CENI et les sociétés de prestations de services comme Way Mark et Sabari.  Le gouvernement doit l’accepter pour aller de l’avant.
  9. Encourager l’amélioration de la gouvernance au sein des  partis politiques : Ils doivent faire leur « homework » (devoir à la maison) c’est-à-dire   asseoir les bases démocratiques internes et faire un choix judicieux des responsables et des personnes devant les représenter à tous les niveaux. Choisir sur la base de critères bien établis et transparents les compétences et les bonnes volontés puis assurer leur formation politique et technique conformément aux places dévolues.
  10. Définir les rôles du MATAP et des médias publics en vue de rendre effectif le principe de neutralité et d’égalité de traitement des partis politiques.
  11. Commencer par les élections à la base pour que des vrais élus du peuple organisent les élections futures.  Ceci permettra de vérifier la fiabilité du processus et du matériel électoraux pour correction si nécessaire.
  12. Le centrisme n’étant pas un courant politique fixé par la loi, surseoir à sa représentativité à part jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Surtout qu’il a un poids électoral de  moins de 5%. Ceci qui réduirait la confusion actuelle.
  13. Lancer des appels d’offres internationaux ouverts et transparents avec la participation des différentes sensibilités politiques pour le choix des prestataires de services de la CENI.
  14. Organiser le recrutement et les démembrements de la CENI sur la base du code électoral amendé et de manière transparente. Choisir des compétences en priorité.
  15. Veiller au respect des textes et à la bonne gestion de la CENI.
  16. Assurer la formation des opérateurs, superviseurs et autres personnels de la CENI et de sécurisation du processus électoral.
  17. Fixer un chronogramme en respectant les dispositions constitutionnelles et du code électoral.
  18. Faire préparer le matériel électoral, le mettre en place et organiser la sécurisation du processus électoral.
  19. Conduire avec rigueur et transparence tout le processus électoral suivant son chronogramme.
  20. Veiller au respect des textes de loi et de procédures en garantissant l’équilibre et la représentativité des acteurs que sont la mouvance présidentielle et l’opposition.
  21. Publier les résultats des urnes pour garantir le respect du choix du citoyen et du peuple.

C’est à mon avis, la voie à suivre.  C’est le préalable à l’aboutissement du processus électoral avec des résultats acceptables par tous les acteurs politiques de tous bords. Sans cela, nous continuerons à tourner en rond, avec le risque de confrontation et de violence dont les guinéens n’ont pas besoin.

Labé le 1er septembre 2012                                                                                      

Par : Maladho Diallo


(1) Ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation
(2) Commission électorale nationale indépendante

 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

kalil kaba08/09/2012 11:10:01
Belle analyse