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| Dr. A. T. Souaré |
Les derniers événements enregistrés en Guinée suite à la nomination d’un nouveau premier ministre par le général Lansana Conté ne laissent rien présager de bon pour le devenir de ce pays. Notre Guinée est au bord du gouffre, livrée actuellement à toutes les convoitises. Cependant, les anciens collègues du nouveau Premier ministre doivent comprendre une bonne fois pour toute que les Guinéens n’ont plus besoin d’eux pour faire avancer leur pays sur le chemin de la démocratie et du bien-être collectif. Il existe assez de cadres compétents à l’intérieur et à l’extérieur de la Guinée pour assumer des responsabilités de ministres.
Les militaires qui devraient en principe libérer notre pays de Conté et de son clan maffieux n’ont trouvé mieux que de terroriser et de se livrer à des viols dans nos centres urbains qu’ils ont pratiquement pris en otage parce qu’ils sont mal payés. Quelle insensibilité face aux souffrances des ménagères qui triment chaque jour au soleil pour gagner leur dépenses quotidienne. Les pillages et les méfaits dont ces bandes de camés en uniformes se sont livrés ces derniers jours donnent tout un sens aux propos du Colonel Diarra Traoré qui a affirmé lors d’un voyage à Paris que l’armée guinéenne est un véritable foutoir où se retrouvaient tous les exclus et autres loosers de la société guinéenne. Sur ce plan là, il a entièrement raison.
La classe politique guinéenne non plus ne fait preuve de vison car elle se distingue par son manque de jugement dans le contexte actuel. Par exemple, qu’est-ce que peut apporter à la Guinée un gouvernement de large ouverture si le président Conté détiendra encore les pleins pouvoirs. Rien. Ou bien, c’est parce que tous nos opposants politiques sont fatigués de jouer les arbitres de touche. Ils souhaiteraient désormais assumer les fonctions d’un arbitre central. De cette manière, ils pourront aussi prendre leur part du maigre gâteau guinéen qui leur sera offert pour les calmer. Qui est fou?
Dans le contexte actuel, la Guinée a besoin d’un premier ministre de transition et non d’un premier ministre qui voudrait s’ériger en réconciliateur de la Nation. Cette tâche relèverait en principe du futur chef d’État. Je soupçonne Souaré de ne pas être à la hauteur de la tâche qui l’attend, soit former un gouvernement composés uniquement de ministres compétents qui sont capables de résoudre une bonne fois les problèmes majeurs auxquels notre pays fait face aujourd’hui en matière d’électricité, d’infrastructures urbaines, d’alimentation en eau courante et d’employabilité des jeunes. Sera-t-il capable de conduire rapidement notre pays vers l’organisation d’élections présidentielles démocratiques, libres et transparentes. J’en doute fort. Or, c’est cela que les Guinéens attendent de lui. Il doit avant toute chose, déclaré publiquement qu’il n’a aucune ambition présidentielle pour ainsi tuer immédiatement dans l’œuf les rumeurs qui le positionneraient plus tard comme un dauphin potentiel de Conté. Ensuite, les personnes qu’il choisira comme ministres dans son gouvernement doivent déclarer également publiquement leurs biens. C’est de cette manière seulement qu’il peut jouir d’un minimum de crédibilité à no yeux.
Autre chose à re préciser, ce n’est pas un gouvernement d’ouverture que les Guinéens réclament dans le contexte actuel. C’est plutôt la formation d’un gouvernement composé de cadres compétents que nous attendons tous et toutes du nouveau premier ministre. Que ces cadres soient de la mouvance présidentielle importe peu. On ne veut pas toutefois pas le retour de ceux qui ont ruiné notre pays. L’équilibrisme ethnico-régional réclamé par certains activistes du net guinéen dans la formation du nouveau gouvernement est loin non plus de représenter la solution magique pour ériger la Guinée en un eldorado ouest africain. Le plus important, selon moi, c’est d’avoir des ministres patriotes qui sont conscients de l’état de sous-développement dans lequel se trouve notre pays et qui seront à l’écoute des besoins de nos populations urbaines et rurales. Comme je l’ai toujours pensé, les trois principaux atouts de la Guinée constituent sa jeunesse, ses femmes et sa diaspora. Une Guinée prospère est impensable sans la pleine implication de ces trois entités.
Si je peux me permettre un conseil au premier ministre, c’est de faire attention et de choisir des hommes qui ont déjà un domicile en Guinée, qu’ils soient issus de l’intérieur ou de la diaspora. Cela permettra ainsi à son gouvernement de dégager des ressources financières importantes qui serviront à financer des projets structurants à portée collective au lieu de les engloutir dans la construction ou dans la rénovation de résidences ministérielles pour les nouveaux promus. Même ici au Canada, les ministres n’ont pas de résidences de fonction. Ceci est simplement une pratique héritée de la France. Mais nous n’avons pas les mêmes moyens que ce pays du G 8. Le cas canadien serait à mon avis un bon exemple à reproduire en Guinée car nous n’avons pas véritablement les moyens de s’accorder ces dépenses de prestige héritées de l’ancienne métropole coloniale.
Cellou Barry,