URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=11097
2012-10-28 12:58:04
Partie III : Les avatars de la mythologie de l’unité nationale.
La mythologie de l’unité nationale se dissimule derrière des fards qui permettent aux tenants du pouvoir de justifier leur imposture. Ils s’en servent pour prendre en otage la notion de patrie, culpabiliser les citoyens et museler les dissensions. Le tout représente une escroquerie de grande envergure aux effets aberrants. Les avatars de la mythologie de l’unité nationale doivent être éclairés afin qu’ils ne continuent pas d’obscurcir l’histoire et d’empoisonner le débat politique de la Guinée. Ces avatars sont communs à toute l’Afrique des postindépendances où les dirigeants auront brillé par leur volonté de domestication de l’état. Toutefois, ils présentent une acuité particulière en Guinée. L’un de ces avatars est celui de «pères de l’indépendance » et son dérivé de « pères de la nation » qui procèdent de la faiblesse des élites d’avant et d’après l’indépendance. Un autre avatar qui découle logiquement de l’idée erronée de «pères de l’indépendance » est celui de la « Guinée est une famille » qui en réalité est l’aveu de l’échec de la construction nationale avec le refus d’accepter les conflits inhérents à toute société. Les conséquences, fâcheuses à tout point de vue, sont le fascisme-ethnique et la tribalisation de la politique. Une épistémologie de ces avatars, de leur genèse historique, de leur impact sur l’évolution du pays ainsi que de leur interaction dans la psyché collective est nécessaire. C’est là un domaine pour les historiens, les sociologues et les anthropologues. Le propos est ici celui d’un citoyen qui cherche, sans aucune prétention en ces matières, à soumettre ces concepts à un débat dans le but de débusquer les pratiques politiques malheureuses qu’ils imposent à notre pays.
Les «pères del’indépendance» et l’impréparation des élites d’avant l’indépendance.
Les circonstances des indépendances africaines peuvent expliquer l’ascension des leaders politiques de la décolonisation et leur mutation de « militants anticoloniaux » en «pères de l’indépendance » ou en « pères de la nation ».
À l’exception de l’Algérie et de la Tunisie, la plupart des indépendances africaines des anciennes colonies ne furent pas le fait de révolutions nationalistes avec des affrontements avec la puissance coloniale. Les indépendances furent une initiative des colons. L’Europe qui sortait exsangue de la deuxième guerre mondiale était supportée par les États-Unis avec le plan Marshall. Elle n’avait pas les moyens de maintenir ses empires coloniaux. À l’exception de l’Algérie dont les ressources pétrolières étaient estimées stratégiques, la France ne pouvait que se retirer de ses colonies. La décolonisation était donc inscrite dans l’air du temps. Elle fut popularisée par le « cartiérisme » du nom de Raymond Cartier, un journaliste qui se fit un nom avec la campagne contre les coûts de la colonisation aux dépends des provinces de la métropole.
Sans amoindrir la prise de conscience africaine de l’après-guerre il faut admettre que le RDA qui ressembla l’essentiel de l’élite africaine de l’époque était au mieux un mouvement revendicatif et intégrationniste qui demandait la fin de la discrimination et des abus de l’indigénat. Au pire - l’histoire des nouvelles républiques africaines le montre- le RDA fut la pépinière des « élites nationalistes » qui ne seront qu’une mauvaise copie des colons et de la bourgeoisie européenne. Frantz Fanon décrivit dès 1961 la corruption et les tares de cette élite dans les nations nouvellement indépendantes. Il prédit avec acuité la montée des tribalismes du fait de la corruption. Il proposa comme remède - à l’instar de maints intellectuels de son époque - des politiques socialistes. L’histoire s’avéra plus complexe. L’échec du bolchevisme et la mutation des sociétés asiatiques reléguèrent le marxisme-léninisme dans les musées de l’histoire. La globalisation du capitalisme pose aujourd’hui un défi à la nation en tant qu’entité de développement économique sur laquelle le modèle socialiste se fondait.
La situation actuelle de la Guinée est le résultat de cette évolution historique mal inaugurée du fait de l’impréparation des élites et du caractère extraverti du mouvement de l’indépendance. Les élites qui suivirent celles de l’indépendance n’arrivent pas encore à maitriser à leur profit les mutations socio-économiques qui s’accentuèrent vers la fin du 20eme siècle avec les technologies de l’information notamment. Ces technologies permettent des délocalisations d’entreprises et des échanges économiques de grande envergure avec des flux financiers considérables. Avec une vision saine, les dirigeants africains peuvent se servir de ces technologies pour améliorer les avantages économiques et ouvrir des potentiels considérables pour le continent. C’est là un débat en soi. Pour revenir à la question de l’unité nationale, la Guinée représente le laboratoire idéal pour étudier et comprendre ses fondations boiteuses et ses faillitesdu fait de la conjonction de plusieurs facteurs. D’un, la faiblesse de la classe politique en termes de nombre et d’expérience. Ensuite, la fragilité de l’embryon de classe d’hommes d’affaire et d’entrepreneurs due à la préférence donnée par les colons aux libano-syriens dans l’intermédiation de l’économie coloniale de traite. Aussi, il y eut la répression économique du PDG. Enfin, le noyautage des institutions traditionnelles et coloniales donnera une prépondérance à la personnalité des leaders dans la destinée de la nation naissante. D’où l’impact d’un Sékou Touré en Guinée ; un impact dont le pays n’arrive pas à se défaire. Une démystification de la place de ce dernier dans l’histoire et une analyse de son ascension dans l’administration coloniale puis de sa dégénération en autocrate est ainsi d’autant plus nécessaire. Elle corrobore du reste l’impréparation des élites à faire face aux défis de la construction nationale.
Sékou Touré fit partie d’une classe politique composée d’agents de l’administration coloniale. De ce fait, il était loin d’être le révolutionnaire que dépeindra la propagande officielle. Les étudiants et les jeunes cadres africains et africanistes militants de l’indépendance contribueront à créer le mythe de l’exception guinéenne pour son vote du NON de 1958. En mal de héros, ils feront flotter l’image d’une « Guinée d’avant-garde » et l’icône dont Sékou Touré s’affubla, de «héro africain » et de « père de l’indépendance », une indépendance dont on a vu qu’elle fut décidée par les colons et à laquelle Sékou Touré fut opposé jusqu’au dernier moment. Le parcours de Sékou Touré est en soi révélateur du caractère fortuit et extraverti de l’indépendance guinéenne qui la condamnait d’avance à la fragilité qu’elle traine. Dans sa monumentale thèse, André Lewin, un ami de Sékou Touré, confirme des faits troublants qui propulsèrent la carrière politique de Sékou Touré et qui le menèrent à la position d’où il pouvait récupérer le pouvoir. L’auteur explique comment Sékou Touré navigua les dédales de l’administration et du RDA jouant sur tous les tableaux. Il dépeint un homme qui sut concilier le soutien de la CGT communiste avec les faveurs du gouverneur colonial, Bernard Cornut-Gentille dont il confirme qu’il fut le partenaire homosexuel ainsi d’ailleurs que de plusieurs autres colons français dont l’auteur donne les noms (voir note 1). Cornut Gentille favorisa le contrôle du PDG par Sékou Touré en faisant muter le secrétaire général du parti, Madeira Keita qui était d’origine malienne.
Certes dans la couche numériquement réduite des militants guinéens il y avait un désir de mettre fin à la tutelle coloniale. Il serait caricatural de faire croire que tous n’étaient motivés que par le remplacement du colon. Cependant cette condition subjective n’était pas suffisante. Le rêve de l’indépendance ne s’appuya pas sur une stratégie bien pensée. Certains observateurs soutiennent que le fait que l’accession l’indépendance ne fut pas le résultat d’une lutte armée, explique que les élites n’en comprirent pas l’importance ; ce qui les prédisposa à la monnayer au premier dirigeant venu, sous le prétexte de l’unité nationale. Cependant l’exemple de l’Algérie et de la Tunisie qui acquirent leur indépendance par la guerre montre que les causes de la démission des élites sont plus complexes. Furent absentes les notions de gestion des risques et des difficultés de construction d’une nation. Un processus de décolonisation maitrisée et étalée dans le temps aurait pu tacler ces défis. Il aurait permis de mieux comprendre les responsabilités et les capacités requises. Les débats auraient posé les problèmes des relations de la colonie guinéenne avec le reste de l’Afrique de l’ouest ainsi que de la problématique des frontières héritées du système colonial, de la nécessaire intégration régionale ainsi que des spécificités culturelles à l’intérieur de la nouvelle nation. Cela aurait permis de penser l’avenir en accord avec les colonies voisines pour mettre en place des plans de formation de cadres, d’institutions adaptées, de projets de renaissance culturelle conséquents, de renforcement des avantages compétitifs, des flux d’échanges économiques, des complémentarités régionales avec les infrastructures requises. En somme, une démarche similaire à celle de l’Europe où l’intégration rendue nécessaire par la débâcle de la guerre, fut incrémentale, commençant par la politique agricole commune. L’aventurisme dans lequel la Guinée s’engagea avec une surenchère nationaliste qui n’était qu’un rideau pour masquer la fragilité des nouveaux dirigeants aurait pu être évité. Les humeurs de De Gaulle et de Sékou Touré n’auraient pas eu les conséquences qu’on leur prête. Le référendum de la Guinée n’aurait pas été hâtif et frauduleux. Il n’aurait pas donné à l’autodidacte, impulsif et primesautier que fut Sékou Touré les pleins pouvoirs du simple fait de sa collusion avec les dirigeants coloniaux. Les réflexions d’intégration régionale des militants de l’indépendance de certains partis politiques de l’époque (notamment la DSG, le PAI, le PRA) qui avaient des positions plus avancées auraient été mûries et testées dans la pratique.
Au lieu de cela, on assista au démantèlement hâtif des ensembles et des institutions que les colons avaient mis en place. La classe politique s’avéra incapable d’articuler de nouvelles institutions adaptéesaux réalités sociologiques et aux besoins des populations et de les traduire en projets de développement. A la place elle offrit l’union sacrée du peuple de Guinée enrobée dans les slogans sur les méfaits du colon et les bienfaits chimériques de l’indépendance. Les partis politiques se sabordèrent pour un gouvernement d’unité, semant la graine du parti unique et totalitaire. Les dirigeants de ces partis alliés payèrent de leur vie le rêve de l’unité nationale qui fut et demeure un piège profitable seulement aux dictatures. Le résultat de cette fuite en avant est l’exact opposé de l’unité rêvée: une Guinée plus que jamais déchirée dont il faut, plus de 50 ans après, revisiter la précarité qui vient tout droit de la course mal engagée des indépendances. Si il impossible de refaire l’histoire, il est impératif de la réévaluer afin de remédier à ces faiblesses intrinsèques.
À la décharge des cadres de l’époque, la colonisation qui s’achevait subitement n’avait pas préparé les élites à la responsabilité de bâtir des nations. Le capitalisme occidental avait pris des siècles pour se consolider à partir de la révolution industrielle qui mit fin au règne religieux du moyen-âge. Cette mutation fut le fait des artisans, des marchands et des intellectuels. Comme indiqué plus loin, dans notre société, ces couches sociales ont des handicaps sérieux pour jouer un rôle similaire. Le travail d’artisanat reste entre les mains des castes avec une connotation péjorative. Les marchands fonctionnent dans le « secteur informel ». Les intellectuels sont marginalisés du fait de la précarité économique. Leurs connaissances sont souvent en décalage avec les réalités et les besoins locaux. En Europe, c’est la synergie de ces couches sociales qui permit la consolidation d’une classe avec une conscience de sa position et de ses intérêts. Le capitalisme bâtit des institutions militaires, éducatives, législatives, financières etc. et des infrastructures conformes à ses intérêts. La traite des noirs et la colonisation participent à ce mouvement. Par contre l’élite guinéenne (et africaine) issue de la colonisation du fait de son caractère artificiel et de sa fragmentation n’avait ni la capacité matérielle de la bourgeoisie occidentale ni sa conscience de classe. Son impréparation à la gestion d’un pays neuf explique le ralliement derrière l’«homme fort» de circonstance et la phénoménale succession d’autocrates en Guinée.
Les égarements de l’élite de l’après-indépendance
L’impréparation de l’élite guinéenne se manifestera sur tous les plans. Des thèses d’économistes de gauche (tels que Charles Bethléem) furent adoptées sans réserves, octroyant à l’état la direction de l’économie, imposant une rigide planification et renforçant la corruption dans la bureaucratie, malgré la proclamation d’un développement autocentré et égalitaire. Pour compenser le sous-équipement et le manque de capital, les nouveaux dirigeants eurent recours à des expédients comme les campagnes d’investissements humains, soutenues par la propagande et l’exaltation de la fierté et de la fraternité nationale. Cette surenchère sera non seulement fatale à l’accumulation interne de capital mais aussi, elle contribuera au musèlement des dissidences, de l’esprit d’entreprise et des structures économiques privées. Ignorant superbement que nos sociétés sont par excellence des sociétés d’entrepreneurs privés, dont certains avec de multiples occupations selon les saisons, le parti au pouvoir s’arrogea le contrôle économique qui institua l’affairisme d’état au dépens de l’esprit d’entreprise de nos sociétés. Le « complot des commerçants » de 1965 fut l’occasion pour le parti-état de liquider des potentiels opposants et d’imposer un monopole sur les licences commerciales, le crédit et la distribution au nom de la construction nationale. L’économie fut planifiée avec des objectifs fantaisistes, sous la houlette d’intellectuels occidentaux qui croyaient trouver en « l’expérience guinéenne » la réalisation de leurs phantasmes socialistes. Pour juguler l’inflation et masquer les désastres de sa politique monétaire, le parti-état étrangla les petits paysans avec des prélèvements obligatoires de bétail et de récolte. Ce faisant, il perturba profondément des pratiques millénaires de production avec les valeurs culturelles qui vont avec. Un exode massif de bras valides vers les pays voisins en résulta.
La bureaucratie d’état instaurée pendant la période précaire des indépendances se perpétuera à travers les régimes politiques de toute coloration, avec de tragiques traits. Le sabotage de l’enseignement en Guinée produisit un déficit considérable dans le capital humain avec une élite au niveau culturel relativement bas comparé avec des pays voisins. La promotion des médiocres avec la politisation à outrance de l’administration, le népotisme et l’ethnocentrisme découragèrent les méritants et les contraignirent à l’exile. Le reliquat de bureaucrates qui demeura dans le pays était constitué principalement de cadres soumis au diktat du PDG qui proclama ouvertement la « prééminence du parti sur l’état». La domestication de l’administration culminera avec le concept de parti-état avec ses solutions toute-faites qui font fi des conditions sociologiques et de l’histoire de la société, où la répétition des slogans du parti et des chansons de gloire du président tient lieu de stratégie politique et de méthodes de gestion. Ces habitudes ancrées entretiennent, encore nos jours, la promotion des médiocres et l’incapacité de l’élite de penser et articuler des projets pertinents. La bureaucratie reste phagocytée par le prêt-à-penser de l’étranger: ONG, agences de développement et multinationales. Après les potions des économistes de gauche, elle avalera les ordonnances des ajustements structurels du FMI, les injonctions des ONG et les diktats de l’aide liée. Elle célèbre aujourd’hui le ticket du PPTE comme une victoire au lieu d’y voir sa faillite. L’élite guinéenne exhibe un manque de confiance en soi et une méconnaissance suicidaire des potentialités humaines de nos sociétés qui la condamnent à l’économie de traite (agricole ou minière). Elle a une mystique erronée du modernisme et une vision tronquée de ce que le futur peut avoir en termes de promesses et de risques. Elle navigue les méandres de l’histoire et des rapports internationaux avec la boussole de la débrouillardise, le refus de prendre des risques et des responsabilités, prête à indexer l’extérieur pour toute crise et à diviser la nation pour survivre. Son esprit d’entreprise consiste à l’intermédiation de bas niveau et le trafic d’influence avec des sociétés étrangères par famille interposée avec un penchant poussé pour les gains rapides et l’évasion fiscale. Elle est championne du noyautage des lois dont l’application est indispensable à l’émergence et à l’accumulation du capital financier. Elle n’a aucune politique de développement du capital infrastructurel avec l’appropriation des technologies, condition d’une croissance économique soutenue. Dans les sociétés traditionnelles, la transmission des connaissances techniques s’était faite par le système de castes. Au lieu de renforcer ces mécanismes par l’apprentissage combiné avec l’école publique, le PDG, non seulement détruisit l’enseignement en général, mais il s’activa aussi à créer des scissions et à maintenir des tensions artificielles entre les groupes et les castes sociaux. Une politique que poursuit le RPG aujourd’hui.
La répression qui empêcha la constitution d’une classe d’entrepreneurs parmi les intellectuels et les fonctionnaires fait que l’élite économique de la Guinée est aujourd’hui constituée de marchands dont la plupart sont analphabètes. Leur fortune est le sous-produit de l’économie délinquante engendrée par les incertitudes du parti-état. Les marchands guinéens, dont les plus riches s’exilèrent pendant le règne du PDG, maintiennent à l’intérieur de la Guinée des investissements minimaux. Ils gèrent les risques du pays par une diversification régionale et le focus sur les investissements de rente et de gains rapides. La faiblesse de leurs investissements locaux constitue un des handicaps dans l’attraction des capitaux étrangers. Cette classe entretient l’économie souterraine avec une défiance totale aux lois. Elle maintient des rapports ambigus et une guérilla larvée avec la bureaucratie d’état. De par son origine sociologique et son niveau culturel la classe marchande aura du mal pour opérer une mutation vers une classe d’entrepreneurs. Ceci devrait être la mission de la bureaucratie d’état, qui devrait créer les conditions (légales et politiques) adéquatesrequises. Toutefois, cela suppose qu’elle ne reste pas préoccupée par sa propre survie et ses menus avantages. Ce qui a fait d’elle l’écosystème de l’idéologie de l’unité nationale et le nid du tribalisme politique. Elle se donne une fausse légitimité par une adhésion romantique à la notion de l’unité sacrée. Son manque de conscience de classe et de sa responsabilité historique explique sa vulnérabilité, ses rapports problématiques avec les marchands et sa promptitude à applaudir le premier psychopathe qui prend le pouvoir. Sa capacité d’en accoucher de nouveaux est surprenante. Dès l’extinction d’un caudillo, les acolytes reprennent le levier et le badigeonnent de nouveaux slogans. C’est sous le regard absent de cette élite que Lansana Conté et Diarra Traoré (tous deux anciens tueurs de Sékou Touré) ramassèrent le pouvoir des cendres du PDG.
L’élite guinéenne se lamenta 24 ans, laissant aux jeunes sans armes le soin de braver les militaires aux dépens de leurs vies. Puis elle va consacrer Daddis, Konaté, Pivi et consorts - des tueurs et poulains autoproclamés de Conté - comme libérateurs. Le traumatisme des massacres et des viols du 28 Septembre 2009 ne fut pas suffisant pour éveiller en elle une ombre de conscience de son rôle et pour exiger un débat sur la barbarie d’un autre âge dont la nation venait de faire montre. À peine guérie de leurs contusions, les caciques des partis politiques qui avaient failli se faire tuer, s’inclinèrent devant le nouveau maitre, Konaté. Certains dirigeants de l’opposition lui faisant des yeux doux, jusqu'à lui demander la permission, avant de quitter le pays, avec l’espoir qu’il intercédera en leur faveur auprès de dieux pour l’accès au fauteuil présidentiel. Dans l’attente des élections présidentielles, l’élite politique versa dans un mutisme poli, écoutant sagement les conseils du groupe de contact, rivalisant de mots d’appel à l’unité et au calme en évitant tous les sujets qui fâchent ; y compris la question de leurs militants tués, violées et tabassés ainsi que celle des tueurs en liberté. Cela, décidèrent tous les cadres guinéens confondus, est moins important que la course vers les élections. Au comble de la démission, ils firent des crimes et de la lutte contre l’impunité une affaire pour organisations des droits de l’homme et juristes étrangers. L’élite politique et intellectuelle accepta sans sourciller qu’un putschiste à peine lettré signe le réaménagement de la constitution. Sans référendum. Les intellectuels guinéens se tinrent cois sur la question d’une conférence nationale pour élaguer les crimes politiques du passé, se donner un plan pour une transition durable et ordonnée pendant laquelle on ferait l’inventaire des maux du pays et l’on penserait des institutions curatives. La code était «après les élections présidentielles, on verra…». Il n’y eut aucune ébauche de plan pour reformer la justice, ne fut-ce que pour se donner un recours possible contre la violence dont on venait d’avoir un avant-goût. Le grand cancer de notre société qu’est l’armée fut laissé avec le soin de s’auto-résorber. Les tractations sur la CENI entre les deux tours, les pogroms et les rumeurs d’empoisonnement laissèrent les dirigeants politiques froids et indifférents sur ce qui se tramait. Le regard rivé vers la chaise présidentielle, l’élite nationale, toutes ethnies confondues, perdit toute notion de décence, avec des applaudissements éhontés de chacun à son « parent », avec l’imparable argument que «c’est ça la vraie Guinée». En réalité, c’est la Guinée que cette élite a façonnée par touches successives dans son aveuglement. Une Guinée marquée par les dégâts du PDG, où les élites actuelles qui ont grandi dans l’univers de manques, de peurs et de sabotage de l’éducation ne sont mues par des instincts de survie. Pour eux le pouvoir n’est pas seulement un gagne-manger. Il sert en plus à entretenir l’incertitude et la misère généralisée comme garantie de survie. D’où leur penchant à maintenir la Guinée sous la poigne de la médiocrité et leur manque étonnant d’appétit pour ce qui est beau et grand. L’élite délave les valeurs morales et retient des pratiques impies qui arrangent ses intérêts : lepaganisme, le maraboutage, la soumission, le larbinisme, la résignation, la division sociale et ethnique. Les pratiques d’Alpha Condé après des « élections démocratiques » interpellent la nation entière sur la nature et la capacité de survie des mauvaises habitudes de la classe dirigeante guinéenne. Le minimalisme dont elle fait preuve est navrant. Il réduit le débat politique au sempiternel et stérile argument de l’ethnie dans un vase clos qui ferait croire que la Guinée est un monde à part. Ce minimalisme perpétue des formes archaïques d’économie d’extraction et de vente de minerais crus. Il englue de notre pays dans une chatouilleuse idéologie d’orgueil, une fierté suicidaire et un nativisme primaire avec des slogans creux sur l’africanité et de « La Guinée est une famille»!
À Suivre- Les Avatars De La Mythologie De L’unité Nationale- L’escroquerie De La Guinée Comme Famille dans L’engrenage De L’ethnocentrisme Et De L’ethno-Fascisme.
Ourouro Bah
VOS COMMENTAIRES | |
| Nino | 29/10/2012 14:16:57 |
| La Guinée n'est pas une famille et n'a pas besoin de l'être. A ma connaissance, la Constitution stipule que la Guinée est une république. Nous avons des lois et la constitution que nous devons suivre. Tout le reste = des conneries. | |