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Législatives guinéennes: l’espoir est-il encore permis ou le piège se refermerait-il sur l’opposition ?2012-11-12 00:39:08 Deuxième partie : La CENI, dilemme, nœud et dénouement de l’avenir politique de l’opposition. Dans la première partie de cet article j’avais abordé ce qui constituait les erreurs politiques et stratégiques de l’opposition guinéenne dans son combat contre le pouvoir en place. Dans cette deuxième partie, je mettrais l’accent sur la nouvelle attitude que cette opposition devrait adopter face aux enjeux actuels et à sa propre survie. En effet, tant de questions se posent sur l’efficacité des démarches politiques jusque-là menées par le Collectif et l’ADP contre le pouvoir guinéen. Un pouvoir qui, quoi qu’on dise, mène la danse et fait tanguer à son rythme et à sa guise ses adversaires politiques. Cela donne l’impression du déjà vu que je voudrais avant tout évoquer. Un scénario politique qui rappelle bien d’autres Le contexte guinéen actuel rappelle le dilemme des éléctions des années 90-2000. Une époque où le Parti pour l’Unité et le Progrès (PUP) tirait profit de la division de la classe politique. Les opposants étaient alors divisés en opposants-alliés au pouvoir, en alliés opposés entre eux-mêmes et en réels adversaires au système en place. Il suffit, pour s’en convaincre, de penser aux différentes alliances et partis politiques qui pullulent en Guinée. Actuellement, comme dans le passé, chacun revendique une légitimité que les autres n’ont pas. Tout cela s’inscrivant dans le combat entre dinosaures et nouveaux venus à la politique comme au temps de l’éphémère règne du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Plus récemment, lors des élections présidentielles de 2010. Tous ces faits permettent de penser que rien n’empêche une reproduction du passé. En effet, il y a eu 4 mois entre le premier tour de l’élection présidentielle et le second. Des mois qui ont suffi pour trouver la racine carrée de 18, plutôt son multiple pour hisser celui qui est arrivé en seconde position en tête de liste et le porter à la Présidence de la République. Depuis, 2 ans se sont écoulés (novembre 2010-novembre 2012) sans que les législatives qui devraient être tenues 6 mois après les présidentielles n’aient lieu. Soit 6 fois le temps perdu entre les deux tours. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, à chacun de se faire l’idée de l’opacité qui entourera les législatives et la débâcle qui se dessine pour l’opposition guinéenne. Un tel propos est d’autant plus fondé que celui qui se battait hier dans les couloirs de la Cour Suprême et de la commission nationale électorale indépendante (CENI) est devenu le détenteur de l’une et de l’autre institution. Pire, il est le dépositaire de tous les pouvoirs. Il a la Cour Suprême sous ses ordres, la CENI à sa botte, le ministère de l’administration du territoire à sa dévotion et les forces dites de sécurité l’idolâtrent. Cette réalité politique et la pratique du pouvoir depuis 2010 me poussent à dire que l’opposition guinéenne à du souci à se faire. Serait-il exagéré de dire que sa tâche n’est pas des plus faciles et des plus tenables. La récente situation à laquelle elle vient de faire face en dit long. Le dilemme de positionnement face aux législatives L’opposition guinéenne avait une triple équation à résoudre : aller aux législatives, les boycotter ou tout faire pour les empêcher. Chaque option avait ses conséquences. Il fallait trancher et assumer ses choix. La première option : aller aux législatives et gagner ou perdre. Dans un cas comme dans un autre Alpha Condé et son pouvoir seront légitimés par une majorité parlementaire ou une assemblée issue de l’opposition. Deuxièmement : ne pas y aller et ouvrir un boulevard au président guinéen et au RPG. Ce serait reproduire les situations ivoirienne, togolaise et gabonaise en matière de législatives. Un souhait déjà exprimé par le président guinéen. Face à ces différents cas de figure, le choix s’est tellement rétréci que l’opposition ne pouvait que se résigner à prendre part à la CENI. Premier pas vers la participation aux législatives. Que se passerait-il si elle n’y allait pas ? Tirer un trait aux présidentielles de 2015 et disparaître de la scène politique serait la première conséquence. Mais y participer ne veut pas dire qu’elle échappe à l’une et à l’autre éventualité tant son échec aiguiserait des envies. Les conséquences immédiates et prévisibles d’un choix précipité Cependant, il ne faudrait pas oublier qu’un autre piège est ouvert. Celui-là est intimement lié à l’avenir des leaders actuels et à l’enjeu majeur des législatives. Un défaut d’anticipation et de démarches prospectives qu’il faudrait corriger. Indépendamment de ces faits évoqués, avérés pour les uns, discutables pour d’autres, une opposition politique doit anticiper pour ne pas être pris de court. N’ayant pu le faire, les leaders politiques se sont retrouvés devant les faits accomplis. Parmi lesquels, désigner dans l’urgence leurs commissaires à la CENI. A mon avis, les deux blocs de l’opposition ne devraient pas désigner leurs représentants avant la satisfaction de l’ensemble de leurs revendications sur l’opérateur technique Waymark, la clarification du statut de parti d’opposition et le vote des Guinéens de l’étranger. La désignation des 10 commissaires a été, comme on le dit, la cerise sur le gâteau pour le système en place. Celui-ci n’a pas perdu le temps pour saisir l’occasion dans le but de coincer ses adversaires. Par le nombre de commissaires, leur configuration ou appartenance politique et ethnique, eh oui, encore l’ethnie, Alpha Condé perdra difficilement les législatives. Le décompte est facile et autorise cette hypothèse : 10 commissaires de la mouvance, donc militants du RPG. A ceux-là s’ajoutent les 2 de l’administration et 3 de la société civile dont le président et l’un des vice- présidents. A ceux-là, il faudrait ajouter celui qui a été nommé sans la consultation du chef du parti dont il est censé représenter. Du moins, si on s’en tenait aux propos de Jean- Marie Doré. On arrive à 15 commissaires qui donneront fatalement leurs voix au pouvoir et, très probablement la voix de l’UPG s’y ajoutera. En revanche, l’opposition ne peut compter que sur ses 9 représentants à la seule condition qu’il n’y ait pas débauchage à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes. Pour autant tout serait-il perdu ? La classe politique composant l’opposition ne pourra éviter un échec cuisant dans son combat contre le pouvoir que si elle procédait à une analyse approfondie de ses erreurs tout en établissant un bilan sans complaisance de ses actes manqués. Il n’y a pas deux choix possibles : soit elle reconnaît qu’elle n’a pas eu la bonne stratégie, soit elle emprunte le même chemin que par le passé et son délitement sera très difficilement évitable. C’est la tâche à la fois cruciale et vitale qui l’attend. Plus que jamais, c’est de sa capacité de se remettre en cause que dépend son avenir et celui de ses leaders. Les uns et les autres doivent prendre conscience que leur leadership est menacé par les dernières initiatives présidentielles sur la CENI. Quelle est en face d’une double menace : l’une venant du pouvoir et l’autre de ses propres rangs où les appétits sont déjà aiguisés. Aux questions, souvent fondées, qui se posent sur l’efficacité des actions menées s’ajoutent celle de savoir si les leaders actuels sont méritants. Difficile d’y répondre par l’affirmative sans souffrir les courroux de la critique. Je dirais que le Collectif et l’ADP ont certes échoué sur bien de points. Cependant, ils ont beaucoup lutté depuis les présidentielles de 2010 pour l’instauration d’un système démocratique en Guinée. Ils l’ont fait contre vents et marées. Ils se sont, ce qu’on néglige le plus souvent, battus sur un double front : contre le système en place, contre une pléthore de vrais-faux opposants et contre certaines institutions dites républicaines qui ont failli à bien des égards à leur mission (voir article précédent). Cet état de fait ne condamne pas à l’échec à la seule condition que certains critères soient remplis. Nœud et dénouement de la crise des législatives, un enjeu majeur De la manière de dénouer la crise électorale liée aux législatives dépendra bien de choses : la propre survie des opposants actuels, l’avenir du parti au pouvoir, la stabilité et la paix sociale de la Guinée etc. Dans tous les cas, participer à la CENI ne garantit pas la victoire aux législatives. Notamment pour l’opposition car Alpha Condé et son parti ont tous les leviers. Ils manient tout à merveille avec, en plus, le cynisme d’un adversaire qui gagne sans jamais avoir espéré autant. Si on sait les déclarations sous l’euphorie de l’élection à la CENI de certains représentants de du Collectif et de l’ADP, on a toutes les raisons d’être pessimiste quant à l’issue. A cela s’ajoute le manque de culture politique, si ce n’est de conviction. Oublie-t-on que faire de la politique par défaut, c’est-à-dire, parce qu’on a rien d’autre chose à faire ne convainc que les intéressés et les dupes ? Pourtant, telle est la réalité guinéenne : deviens sans emploi ou allocataire des services sociaux, notamment en Europe et lance-toi en politique. Courtise et deviens haut placé. La preuve ! Médiocre tu es, réussite te tend la main. Ah, notre paradoxe séculaire quand nous lâchera-tu ? Plus sérieusement, une victoire aux législatives du parti au pouvoir est plus que probable. Du coup, la nomination de Loucény Camara, ancien président de la CENI pourrait donner des idées à certains qui y voient un juste retour des choses. Qu’à cela ne tienne ! J’ai toujours dit que Loucény à des beaux jours sous le règne de son mentor. Que personne ne s’étonne de le voir remplacer un jour son ancien patron à la décentralisation tant l’homme s’est montré malléable. Il est le prototype recherché par tout système reposant sur un pouvoir personnel. Quoi qu’on dise, les leaders de l’ADP et du Collectif mènent un dur combat pour le changement. Il est, cependant, très difficile de l’affirmer en ces temps d’incertitude. Mais le plus dur n’est pas arrivé. Aux fins de les affaiblir, le système en place n’hésitera pas de lancer une offensive pour ouvrir une brèche en leur sein par de procédés multiples : corruption, nomination, et autres moyens de débauchage de militants et cadres. Ils peuvent y résister par un seul et unique moyen. L’unité, seul radeau de sauvetage Que lui reste-t-il alors ? Très peu de choses, dirais-je. Il n’ya plus que l’unité et le combat sans répit contre le pouvoir avec de nouvelles armes et de nouvelles stratégies. Toutes choses n’ont encore réussies et qui font dire à certains que le Collectif et l’ADP n’ont rein fait de viable. Cependant, fait-il également se poser la question de savoir que serait la Guinée sans ceux et celles qui se battent contre le système RPG. Je dis, si la division survenait entre les différents leaders, si l’échec arrivait par la répétition des erreurs antérieures, il serait difficile de ne pas changer d’hommes et de générations de politiciens en Guinée. Certains changeront tout simplement de cap ou de bord. D’ici là, le pouvoir s’en trouverait renforcé. L’histoire montrera encore une fois de plus qu’en Guinée ce sont toujours les dictateurs qui règnent et meurent de leur belle mort du moment que le peuple se consume à petit feu.
Lamarana Petty Diallo
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