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Guinée: des livres à lire !


Oui, des livres à lire malgré le traumatisme que nous a causé, que nous cause toujours l'exception guinéenne  en  Afrique. La dimension culturelle n'a pas été, jusqu'ici, suffisamment prise en compte dans la gestion  de notre indépendance et cela continue de nous causer des dommages. Les livres sont à la base de l'éducation  et l'absence d'éducation solide, de culture de nos deux principaux dirigeants depuis cinquante ans a constitué  le fondement des handicaps rencontrés par la Guinée. Nous lisons peu, certes, le fait économique explique pour partie cette situation, mais la majorité de ceux qui peuvent lire ne le font pas. Beaucoup de ceux qui ont appris la littérature à l'école de "Horoya-Canal historique" en ont été marqués, chacun le constate par le tohu-bohu généralisé de mots sans consistance. Dans le grand brouhaha virtuel qui en a résulté, la surenchère des mots emphatiques a fini par ébranler les points de répère  et ouvert, dans notre pays, un terrain  formidable au foisonnement des rumeurs devenues le fondement culturel de bien de nos compatriotes.
Des guinéens écrivent des livres remarquables tant par la forme  que par le fond et qui apporteraient beaucoup à la Guinée si on les lisait. Je vais citer quelques uns de ceux que j'ai sous la main.
 
     *** Tierno Monénembo. - Le roi de Kahel, 262 p. , Paris, Editions du Seuil, 2008.

On connaît T. M. écrivain africain de Guinée  de premier plan dans la littérature francophone qui a publié neuf romans et une pièce de théâtre. Partant de l'analyse des conséquences des dictatures postcoloniales faites par des écrivains africains et notamment  des tourments causés aux intellectuels que T. M. présente dans " Les crapauds-brousse" publié en 1979, certains se sont précipités de classer tous  ses romans   dans le courant du roman nouveau africain. C'est le courant né vers la fin des années 60 dont les auteurs ont surtout pour thèmes les desenchantements des après-indépendances et les nouveaux problèmes de l'exil massif d'africains vers d'autres cieux.On peut citer entre autres  Henri Lopès, Sony Labou Tansi, Ahmadou Kourouma, Tierno Monénembo lui-même et d'autres mais on ne peut pas enfermer T. M. que dans ce seul  courant.L'esthétique d'ensemble de  son oeuvre  dépasse ce cadre des dommages collatéraux des indépendances causés par des dictateurs. C'est une esthétique africaine  qui cherche à aller "vers toutes les autres civilisations du monde pour participer à ce qu'appelle l'Universel" (interview de l'auteur au journal Le Républicain du Niger, le 6 juillet 2007). Ainsi, à propos de son essai  "Peuls" (Seuil, 2004) qui paraît à son titre, circonscrit spatialement, il précise au cours de la même interview : "il faut réconcilier la mémoire du peul que je suis et la mémoire de l'africain que je suis.Parce que je ne dissocie pas les deux, elles vont ensemble". Cette africanité se retrouve dans "L'Aîné des orphelins" (Seuil, 2000), consacré au drame rwandais, elle se retrouve également dans les autres romans de T. M. dont la richesse des thèmes a beaucoup apporté à la littérature guinéenne et africaine francophone. On découvre là, tout l'univers africain.Je rapelle pour mémoire la bibliographie de T. M. :Les crapauds-brousse (Ed. Seuil, Paris, 1979), Un rêve utile (Seuil, 1991), Un attiéké pour Elgass (Seuil, 1993), Pelourinho (Seuil, 1995), Cinéma, roman (Seuil, 1997), Les Ecailles du ciel (Seuil, 1997), L'Aîné des orphelins (Seuil, 2000), Peuls (Seul, 2004), La Tribu des gonzesses: théâtre (Cauris, éd. Paris)
    
     *** Le roi de Kahel
    
C'est à un véritable tavail d'historien que T. M. s'est livré ici puisque pour écrire cette tranche de vie d'Aimé Victor Olivier de Sanderval, l'auteur n'a seulement produit une oeuvre de pure imagination. Il a consulté les de proches parents de son héros et aussi les Archives départementales du Calvados à Caen. Bref un vrai roman historique. Mais pourquoi Olivier de Sanderval? C'est parce que cet explorateur français du XIXe siècle , de la lignée de René Caillé (1799-1838) a été du type du voyageur-explorateur, à titre individuel, en marge de la colonisation officielle et a été à lui seul un maillon important de l'histoire  de la Guinée coloniale en formation et donc de notre histoire. Voilà un homme, fasciné dès son enfance par les récits des explorateurs des  terres lointaines (Afrique, Asie) qui décide de partir de sa France natale pour aller fonder un royaume  en Afrique, au Fouta Djallon. Nous sommes en 1880, notre explorateur arrivé au Fouta négocie donc pour son propre compte avec les rois de Timbi, l'implantation de son royaume situé sur le plateau de Kahel  et se préoccupe même de ce quon appelle aujourd'hui, l'aménagement du térritoire, par son projet de chemin de fer  dont le tracé devait partir de Benty  jusque sur les hauteur du Kahel  et pensait même le mener jusqu'à Kouroussa sur le Niger. Le chemin de fer que la colonisation officielle construira plus tard ne passera pas par Kahel.  Outre ce projet dans le Fouta, Olivier de Sanderval, après des négociations avec les rois nalous soussous , participe à l'aménagement de la future ville de Conakry (Kaloum) . Un des quartiers de la ville portera son nom: Sandervalia.
C'est cette hitoire que raconte par le menu "Le roi de Kahel" . On entrevoit la vie d'alors au Fouta et en Basse-Côte. C'est un voyage dans le temps à ne pas manquer.
 
     *** Alsény René Gomez . - Camp Boiro, parler ou périr, 268 p. , Paris, L'Harmattan, 2007.

Ce livre est le témoignage de l'auteur incarcéré dans le sinistre Camp Boiro de 1971 à 1979. Comme l'a souligné dans la préface , le Professeur Djibril Tamsir Niane : " La littérature de la douleur s' enrichit d'un nouveau titre" avec ce document . On l'a souvent répété : les paroles s'envolent, les écrits restent. Il faut que d'autres anciens prisonniers ou témoins apportent leurs témoignages sur cette période de l'histoire de la Guinée, à l'exemple d'Ardo Ousmane Ba : "Camp Boiro, sinistre géôle de Sékou Touré (L'Harmattan,1986), d'Amadou Diallo: "La mort de Diallo Telli (Ed. Karthala, 1983), de Camara Kaba 41 : "Dans la Guinée de Sékou Touré: cela a bien eu lieu" (L'Harmattan, 1998) et bien d'autres.
 La densité du témoignage d'Alsény René Gomez fait se demander comment au XXe siècle , un homme, Sékou Touré, et son système de destruction d'êtres humains ont pu exister et fonctionner à plein rendement dans un pays de croyants. Comment surtout ce système à broyer des hommes et des femmes n'a pas par la suite entraîner le dégoût  chez les guinéens, tous les guinéens , une fois le système démantelé en 1984? Et surtout au nom de quelle démocratie, n'a-t-on pas banni en Guinée,en 1992, lors de la légalisation des partis politiques d'opposition, les deux partis se réclamant de l'idéologie totalitaire et fasciste  du PDG ? Comment l'opposition démocratique légalisée at-elle accepté sa promiscuité avec ces deux PDG? La soif de pouvoir valait- elle le pietinement de principes? Bref le champ des questions qu'on peut soulever après la lecture du livre d' A. R. G. est vaste.Mais cette lecture devrait aider les guinéens à s'humaniser pour éviter le retour de la calamité qui a soufflé sur le pays.Le danger existe toujours et il est incarné même et surtout inconsciente  chez ceux qui s'énervent quand on soulève ces quetions.Nombre de nos concitoyens  font comme si de rien ne s'était passé depuis 1958 . C'est effrayant de constater que des monstruosités symbolisées par le Camp Boiro se soient passées dans notre pays et que des citoyens de même pays n'acceptent pas de vouer aux gémonies les envoyés de Cheytane (Satan) qui ont été les auteurs de tant d'ignominies. Lisez la liste des 704 noms de victimes que cite A. R. G. en pages 207-236 et méditez là-dessus.Encore ne s'agit-t-il  là que de victimes connues. Et les autres, tous les autres, anonymes sans grades?
Dans la vie des hommes , qu'y a-t-il de plus sacré que la vie humaine. Oeuvre de Dieu, Seul Dieu donne et retire la vie. C'est ce que  pensent les croyants de toutes confessions. Respecter le principe de la vie humaine sacrée est un signe de croyance en Dieu . Les guinéens qui se montrent si croyants en Dieu ( fréquentations implacables des mosquées et des pélerinages à La Mecque) devraient enfin savoir dissocier le Camp du MAL du Camp du BIEN . Je ne suis ni un théologien ,ni un bigot mais un simple citoyen qui en a marre des hypocrisies  de ceux qui s'accommodent avec Satan et prêchent la vertu aux autres.
Les thuriféraires des criminels qui ont construit et fait fonctionner le Camp Boiro et les autres lieux de massacres en Guinée, ont toujours expliqué ces massacres par la volonté divine. Ce sont pour moi des incroyants . L'Ecriture sainte distingue bien les concepts  de BIEN  et de MAL. C'est dire que la lecture de "Camp Boiro,  parler ou périr " est une nécessité pour s'humaniser . La déshumanisation entraînée par l'expérience du Parti-Etat de Guinée, explique encore aujourd'hui la mélasse dans laquelle la Guinée est engluée.

Ansoumane DORE
 
        (      A SUIVRE  )


 

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