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Le malheur de la Guinée: refuser de faire la guerre !2013-02-03 10:51:09 Le malheur de la Guinée c’est de refuser de faire la Guerre. Il n'est pas une provocation, c’est un constat. Pour vous convaincre de ma logique, je vais procéder par un raisonnement causal mais analogique. En 1958, la Guinée accède à l’indépendance à la suite d’un vote qu’on pourrait dire libre, sans violence avec énormément de bourrage d’urnes par les élèves, les étudiants de gauche et certains fonctionnaires de l’administration sur instruction de l’ensemble de la classe politique guinéenne qui s’était entendue d’aller à l’indépendance. Dans tous les cas, le résultat pour l’indépendance est quasi général. La France prend ses bagages, plie ses clics et ses clacs et retourne chez elle. Depuis, de temps à autre, des tentatives réelles et/ou imaginaires d’organisations d’invasions de personnes voulant en découdre avec le régime en place ont eu lieu. Mais trop souvent, ces tentatives avérées n’ont pas prospéré. De sorte, il est possible de dire que la Guinée est en paix, depuis sa domestication par la France. Depuis 54 ans, la Guinée vit dans la paix, si l’on considère la paix comme l’absence d’une guerre déclarée. La Guinée est un paradoxe: ni paix ni guerre ni progrès. Rien n’est réglé, rien ne se règle. A tout moment, le pays évite la guerre, la confrontation. Pourtant, chaque régime est pire que son prédécesseur. Et les Guinéens attendent le suivant, croyant toujours que celui-ci sera meilleur que celui qu’ils viennent d’enterrer. Pour appuyer ma démonstration, je vais regarder les pays qui ont vécu une guerre catastrophique de même nature et qui se porte bien, même très bien après des guerres atroces. La Sierra Leone a connue une guerre civile atroce avec énormément de mutilations. Pour la terminer, l’Angleterre, le colonisateur, vient et pacifie le pays. Le Libéria, après le vulgaire Samuel Doe, a connu le cynique Charles Taylor. Chassé par les Américains et livré par le Nigéria, il croupit au frais de la communauté dans un « hôtel » de Hollande en attendant de vieillir et de mourir loin de son pays. Laurent Gbagbo, l’opposant « historique », le « professeur » de la Côte d’Ivoire, après avoir hérité de « l’ivoirité » du « bébé doc » d’Houphouët Boigny, bénéficie d’un « coup d’Etat » de la gauche française, de cinq autres années « cadeaux » au pouvoir avant de perdre les élections. Refusant de partir, il conduit son pays dans une guerre civile atroce. Pour finir, l’armée française le « fume » dans son palais avant de donner le pouvoir à un burkinabé naturalisé ivoirien. Au Mali, lorsque Moussa TRAORE a cru qu’il est devenu le « Kankou Mansa », le peuple est sorti dans la rue, l’armée tira sur la foule avant de mettre la main sur lui. Amadou Toumany TOURE redevenu Président, au nom d’un contrat de ceux qui prennent et reprennent le pouvoir, ne voit venir de la Lybie que des pétrodollars. Erreur, derrière les dollars et le pétrole, il y avait aussi des rebelles, ceux-là mêmes qui vont précipiter le reste de son mandat dans la merde et le déshonneur. ATT part, SANOGO vient et repart rapidement à Katty, car au Nord, les armes parlent et le Mali est divisé par les hommes, après la géographie et le climat. La Guinée Bissau est née dans, par et pour la guerre. D’abord guerre de libération, guerre de succession d’Amical CABRAL entre les bureaucrates du PAIGC et les barbouzes représentées par les Ninos. Ensuite, guerre de cocaïne entre petits vendeurs, soldats détaillants, généraux grossistes et des politiciens importateurs. Enfin, guerre contre les institutions de la CEDEAO avec lesquelles le pays viole les principes tout en les respectant: on fait un coup d’Etat chaque fois que celui qui dirige dérange, mais on y met à sa place celui prévu par la constitution. Et on attend le prochain moment pour faire encore un autre coup d’Etat. Plus loin de la Guinée, le Nigéria a vécu la guerre du Biafra et est redevenu la puissance régionale que sa démographie et son pétrole lui permet d’être. L’Angola est la destination prisée des africains de l’Ouest, pourtant, ce pays a connu l’une des guerres civiles les plus longues entre Savimbi et Dos Santos. Le pays qui est cité en exemple pour sa gouvernance est celui qui a connu le génocide le plus important après l’holocauste : c’est le Rwanda. La liste des pays qui se sont relevés d’une guerre avec beaucoup de bonheur serait incomplète si l’on omet l’Ouganda de Mousoveni, les deux Congo, le Tchad et la république Centrafricaine. L’Afrique Australe n’est pas en reste avec les deux guerres du Mozambique, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Même la discrète et paisible Namibie a eu sa guerre. Tous ces pays, disons le plus grand nombre de pays africains, ont connu des guerres civiles et/ou militaires. Mais paradoxalement, ces pays semblent se porter mieux après la guerre qu’avant celle-ci. Pourquoi ? D’abord et avant tout parce que la Guerre purge, elle extirpe et rend les hommes plus raisonnables. Un pays qui refuse d’aller jusqu’au bout de l’affrontement refuse de résoudre ces problèmes. La guerre est un instrument de régulation de la vie sociale, économique et politique. Une guerre est une occasion pour mettre les problèmes sur la place publique, obliger les acteurs à discuter avec une forte implication de la communauté internationale. Le Mali était dans un blocage. La Guerre menée par la France oblige les acteurs politiques maliens et la communauté internationale de faire face au problème, celui d’une classe politique prédatrice et une ségrégation raciale des Touaregs. Depuis l’indépendance de la Guinée, les politiques refusent d’aller à l’affrontement total, les religieux prient et la société civile plaide pour la paix. Les uns et les autres pensent très sincèrement qu’ils font du bien à la Guinée et aux Guinéens. Ce n’est pas vrai. La Guinée vit une crise profonde qui ne peut pas se résoudre superficiellement. Il faut un « bing bang » qui va permettre de mettre sur la place publique les contradictions accumulées, les frustrations intériorisées, les rancœurs non évacuées et l’absence de débat public.
Ly SAVANE
Lecture recommandée: 1- Les conseils de Henry Kissinger, politologue et ancien ministre des affaires étrangères des USA, conseiller spécial américain de la sécurité nationale, prix Nobel de paix : http://www.guineepresse.info/index.php?id=14,8765,0,0,1,0 2- Pourquoi l’ambassade des USA en Guinée souhaite que Waymark révise la liste électorale? http://www.guineepresse.info/index.php?id=10,11418,0,0,1,0 3- Guinée : pour quel intérêt le belge Philippe Van Damme contribue-t-il à mettre du feu à la Guinée ? http://www.guineepresse.info/index.php?id=10,11587,0,0,1,0
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