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Guinée: sortir du bourbier électoral d'après Crisis Group


2013-02-20 09:27:52

La synthèse du rapport Afrique de Crisis Group N°199, 18 février 2013

Deux ans après la victoire d’Alpha Condé au terme de la première élection vraiment compétitive de l’histoire de la Guinée postcoloniale, le pays n’a toujours pas d’Assemblée nationale. Les élections législatives s’annoncent compliquées : les tensions ethniques avivées par l’élection de 2010 demeurent et le système électoral est au cœur de la controverse. Une étape a été franchie en septembre 2012, avec la création d’une nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI), mais la situation s’est bloquée à nouveau en décembre autour de la question du fichier électoral.

Le président Condé doit engager un dialogue franc avec l’opposition, tandis qu’il revient à la CENI d’arriver à une solution consensuelle à propos du fichier électoral.

Le pouvoir et l’opposition, avec le soutien international, doivent consolider le système électoral. Des élections législatives apaisées et crédibles, sont indispensables pour doter le pays d’un parlement représentatif de sa diversité, donner sa place à l’opposition et équilibrer le dispositif institutionnel. Elles sont cruciales pour que l’espoir suscité par le remplacement de dirigeants militaires illégitimes par un président civil élu ne se transforme pas en désillusion.

Le dialogue direct, le Cadre de dialogue politique inclusif (CDPI), sur l’organisation des législatives s’est ouvert entre le pouvoir et l’opposition seulement le 27 décembre 2011, un peu plus d’un an après la prise de pouvoir d’Alpha Condé. Il s’est clos deux mois plus tard, sur un bilan limité. Entre mars 2012 et février 2013, il n’y a pas eu de dialogue direct, mais interventions, facilitations, consultations et annonces se sont succédé. Certaines questions ont été réglées ou mises de côté, mais l’opposition a maintenu son désaccord sur deux points fondamentaux : la CENI et le fichier électoral. Peu après une nouvelle manifestation interdite de l’opposition, le 27 août 2012, qui a suscité des troubles importants à Conakry, les autorités ont entrepris la création d’une nouvelle CENI, et le très controversé président sortant de la Commission a demandé à ce que son mandat ne soit pas renouvelé. Son successeur, Bakary

Fofana, a présenté en décembre dernier un chronogramme fixant le scrutin au 12 mai 2013. Le temps du déblocage est-il donc venu ? S’agit-il là d’une manière particulière de dialoguer, avec des menaces, des accusations, des manœuvres et de l’agressivité, mais aussi avec des progrès ? 

Les avancées des derniers mois sont en fait loin d’avoir réglé l’ensemble des controverses. La désignation des membres de la nouvelle CENI a ouvert un nouveau champ de tension, son président a été rapidement contesté et c’est à cette institution déjà controversée que la question cruciale du fichier électoral a été transférée. Le conflit a finalement éclaté sur ce point le 10 décembre, quand l’opposition a accusé Bakary Fofana d’avoir violé les règles de fonctionnement de la CENI en ne diffusant pas un rapport préparé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sur ce sujet, et a envisagé d’appeler à sa démission. La tension est encore montée le lendemain, quand Fofana a annoncé les élections pour mai 2013 : l’opposition a rejeté cette date, soutenant que la plénière de la CENI n’avait pas été consultée sur ce point. L’opposition a également protesté contre les faiblesses techniques et l’absence de transparence dans la relance de la révision des listes électorales ainsi que contre la non-prise en compte du vote des Guinéens de l’étranger. Le 29 janvier, l’opposition, élargie pour l’occasion à certains partis « centristes », a appelé à de nouvelles manifestations et a rejeté le dialogue direct soudain proposé par les autorités pour le 12 février, y voyant une simple manœuvre pour les amener à annuler leurs mobilisations.

Une nouvelle réunion de la CENI, le 11 février, a vu la majorité pro-Condé de la commission valider le dispositif actuel de révision du fichier électoral, tandis que les commissaires issus de l’opposition quittaient la séance. La suspension de leur participation aux travaux de la commission est évoquée.

La situation reste donc préoccupante. Aller aux élections alors que l’opposition n’est pas d’accord avec le pouvoir sur des paramètres fondamentaux présente un gros risque. Les autorités prennent l’opposition de haut, et il leur a fallu presque une année entière avant d’appeler à nouveau au dialogue direct. L’opposition, pour sa part, continue de maintenir que le chef de l’Etat est arrivé au pouvoir par la fraude et qu’il ne veut pas vraiment aller aux élections, ou qu’il ne veut pas d’élections transparentes et consensuelles, et elle accuse le régime de favoritisme ethnique. La société civile, qui, unie, avait joué un rôle décisif à la fin des années 2000, est maintenant profondément divisée selon des lignes où affiliations politiques et ethniques se superposent largement. Des élections non consensuelles sur fond de controverses ethniques posent de multiples risques au niveau local comme au niveau national. Par ailleurs, alors même que l’armée, également travaillée par la question ethnique, n’a avancé que lentement sur la réforme du secteur de la sécurité et que le niveau de tension reste élevée entre des forces de sécurité habituées à l’impunité et une population exaspérée par les violences militaires et policières, des troubles électoraux pourraient dégénérer gravement. Ils pourraient entre autres présenter une occasion rêvée pour ceux qui, dans l’armée, acceptent encore mal leur sujétion nouvelle au pouvoir civil.

Le régime Condé ne peut pas se contenter de mettre en avant sa volonté de rigueur dans la gestion publique et ses ambitions en matière de développement, il doit savoir pacifier l’arène politique. De plus, la crédibilité des élections est plus importante encore que leur tenue rapide, même si après avoir perdu autant de temps, le régime doit évidemment aller aux élections le plus vite possible, en tout cas avant décembre 2013. Pour y arriver, un dialogue est incontournable. Si la marche aux élections sera forcément marquée par des tensions, il faut réduire au maximum les points de friction, mener un véritable dialogue et reconstruire un minimum de confiance dans le dispositif électoral. Il faut par ailleurs s’employer à renforcer la capacité du système politique – justice, administration territoriale, forces de l’ordre, CENI, partis politiques – et de la société civile à faire face de façon correcte et crédible aux conflits qui ne manqueront pas d’émerger au cours du long parcours électoral qui reste à accomplir.

Recommandations

Pour débloquer la situation électorale et garantir un maximum de crédibilité au scrutin

Au président de la république de Guinée :
1. Former avec les chefs des principaux partis et les bureaux du Conseil national de transition (CNT) et de la CENI une conférence périodique pour échanger sur la situation politique globale et pour construire une compréhension partagée de la question du processus électoral.

Au président de la CENI :
2. Mettre à la disposition de l’ensemble des commissaires de la CENI l’ensemble des pièces se rapportant à l’organisation des élections et engager une clarification des procédures de révision du fichier électoral.

3. Rouvrir en plénière la discussion sur le fichier électoral, en n’excluant aucune hypothèse quant à la solution à retenir ; sur ce point comme sur les autres, la CENI doit parvenir à une décision crédible, ce qui exige qu’elle opère sur la base du consensus et non du vote majoritaire. (Lire le commentaire en bas du texte).

4. Prendre les dispositions nécessaires pour que les Guinéens de l’étranger puissent exercer leur droit de vote.

Au gouvernement guinéen :
5. Intensifier et médiatiser la répression des crimes et délits commis par les membres des forces de défense et de sécurité dans l’exercice de leur mission comme en dehors.

6. Envisager, en lien avec les organisations impliquées dans la défense des droits de l’homme, la création d’un observatoire de l’impunité.

7. Clarifier publiquement ses relations et sa position vis-à-vis des différentes organisations de chasseurs traditionnels « donzos », dont la présence dans des centres urbains suscite des inquiétudes.

Par CRISIS GROUP

Commentaire de guineepresse.info:

Nous rappelons ici qu’Alpha Condé et ses hommes, y compris Bakary Fofana, ont certes utilisé toutes sortes de manœuvres malhonnêtes pour avoir le contrôle de la Ceni, mais la loi offrait des garde-fous pour garantir un minimum d’équilibre et l’obligation pour la Ceni de respecter les règles pour pouvoir travailler légalement et avancer.  C’est l’opposition elle-même qui a accepté la suppression de la règle de décision par consensus au sein de la Ceni pour la remplacer par celle du vote à la majorité simple tout en donnant librement et légalement la majorité des 2/3 et la présidence de la nouvelle Ceni au pouvoir.

« Tout s'est passé démocratiquement et consensuellement » selon les propos de Hadja Biya Diallo, première représentante de l'opposition dans la Ceni et de tous les leaders du Collectif / ADP qui ont justifié leur bêtise politique historique par leur volonté de voir avancer la situation (Lire 1, 2, 3, 4).

Il est donc évident que notre malheur est le fait de n’avoir pas eu des hommes politiques valables en Guinée au moment des décisions politiques dont nous souffrons les conséquences aujourd’hui. C’est pourquoi, après cette énième faute lourde des leaders actuels malgré qu'ils en étaient suffisamment avertis, un certain nombre de Guinéennes et Guinéens de l’intérieur comme de l’extérieur ont décidé de se donner la main pour créer une force sociopolitique alternative aux ONG des anciens ministres et du faux opposant historique Alpha Condé qui, ensemble (les uns activement et les autres passivement), ont mené notre pays à l’abime social, économique et politique.

Ce mouvement qui se réjouit de la reconnaissance officielle du parti Bloc Libéral de Faya Milimono est aussi décidé de venir porter un coup de main aux doyens dont les méthodes ne sont pas adaptées à la réalité actuelle du terrain. Face à Alpha Condé, il faut des hommes fermes, visionnaires et conséquents pour empêcher l’implantation durable d’une dictature tribale et mafieuse en Guinée.

Si les Guinéens votent massivement pour cette nouvelle force qui est en voie de constitution ou pour des personnes ou la liste qu’elle va recommander, ses acteurs seront sur le terrain pour que leur rêve soit une réalité en Guinée: respect des règles par tous et la justice pour tous !

GUINEEPRESSE.INFO


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Hawa Bah20/02/2013 11:50:03
Je serai votre première militante. Sans opposition, la démocratie n'est pas possible même dans les pays qui ont la culture démocratique aujourd'hui. Dans chaque pays occidental on peut observer le phénomène parfois, surtout quand la droite vient au pouvoir: elle cherche le plus souvent à changer les lois ou en rajouter pour restreindre les libértés individuelles et publiques. C'est l'opposition qui dénonce ces tentatatives et s'y oppose soit par la pression populaire, par blocage au sein du parlement ou par recours juridique auprès d'une cour constitutionnelle par exemple. En Guinée il est fondé de dire que nos opposants ont leur part de responsabilité dans la transfomation de l'éternel fuyard Alpha Condé en dictateur monstreux. Surtout après avoir chassé les militaires du pouvoir. Le dernier témoignage de Bah Oury, vice-président de l'UFDG apporte la confirmation que c'est par son manque de charisme, de vision, de courage, de fermété et d'oreilles que Cellou Dalein Diallo a perdu sa victoire en faveur du faux type aux origines douteuses parachuté de Burkina dans notre pays. On ne peut qu'espérer que la majorité des intellectuels de nos compatriotes de la Haute Guinée surtout soutienne votre mouvement qui peut nous faire éviter une guerre tribale qu'Alpha Condé et ses lobbys marchands d'armes préparent en Guinée.
un jeune guineen20/02/2013 14:23:39
** la majorité des intellectuels de nos compatriotes de la Haute Guinée surtout soutienne votre mouvement qui peut nous faire éviter…*** Il ne faut pas se faire d’illusion quant à cette phrase. La majorité des Angbasane suivra le Fama dans toutes ses décisions, même si demain ce dernier décidait publiquement de massacrer tous les Peuls de la Guinée.
Alpha condé ‘’mérite’’ d’être président parce qu’il a été plus malin, plus sournois, plus va-t-en-guerre que notre koto Cellou. Et à cet effet, il mérite le siège qu’il occupe en ce moment. Il n’y a qu’une seule solution de possible avec lui, la confrontation, la provocation et pourquoi pas les armes…Le koro est président et le sera certainement jusqu’à sa mort, et si par malheur quelque chose devait l’empêcher de diriger le pays, il se débrouillerait pour mettre un de ces acolytes à la place, et ça va certainement être son Fils qui commence à marquer son territoire. Le pire c’est qu’il risque de réussir, car plus malin que Conté, Wade et consorts….
Mujahid al Fulany20/02/2013 15:29:40
GuineePresse, ce mouvement dont vous parlez ici, a quand son tour de reconnaissance officielle?
Mohamed Kaba20/02/2013 16:50:59
On comprend pas Sadio Barry il veut avec ses camarades creer un mouvement Justice et Democratie,et l'autre cote il est avec Faya dans BL.NB:Tant que Faya et Mouclar Diallo sont avec les leaders predateurs,ils ne auront pas la confiance du peuple.Sadio Barry beaucoup te fait confiance,alors il faut lutter avec tes camarades pour acceder au pouvoir.Ghana.