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Exclusif : Bangaly Traoré répond au micro de GuineePresse.Info2013-02-26 22:33:38 Nous l’avons interviewé le 15 février 2013, mais sa publication allait coïncider à la semaine des événements et manifestations politiques en Guinée. On a donc attendu pour que les lecteurs ne ratent pas cette interview très intéressante. En effet, M. Bangaly Traoré est un guinéen connu de tous ceux qui fréquentent le Net depuis des années. L’homme est resté constant et fidèle à la vérité et au combat démocratique, au combat pour la justice et un Etat de droit en Guinée. Il a dénoncé l’injustice au temps de Lansana Conté, il l’a dénoncée au temps de Dadis Camara, il la dénonce sous Alpha Condé aujourd’hui. GuineePresse lui a tendu le micro. Bonne lecture ! GP : Bonjour M. Sadio Barry ! GP : Oui, je suis Bangaly Traoré. Je suis guinéen, informaticien de profession. J’ai quitté la Guinée depuis 1988 après avoir obtenu mon Bac et des évènements douloureux que j’ai connus (en juillet 1985). Il fallait que je reste en Guinée jusqu’à la libération de ma mère qui a fait 4 ans de prison politique au camp Alpha Yaya. Après sa libération, je suis sortie de la Guinée. Je suis parti d’abord à Lomé. J’ai fait une formation d’un an là-bas. L’actuel PM du Togo a été mon prof à l’institut d’informatique du Togo. De là-bas je suis venu aux USA pour approfondir ma formation. Donc pratiquement, je suis aux USA depuis 1991. GP : Si ! Ma mère a été emprisonnée. Elle a été arrêtée lors des événements du 4 juillet 1985. Elle n’était même pas à Conakry. Elle était à Kankan. C’est à son retour à Kindia qu’elle a été arrêtée et directement conduite au camp Alpha Yaya. Elle a fait 4 ans en prison. Elle a été libérée le même jour que l’épouse de l’ancien président Sékou Touré, André Touré. GP : Non, elle ne sait même pas ni lire ni écrire et elle n’était pas à Conakry le jour de l’événement. Voyez-vous, c’est un problème qu’on ne peut pas expliquer. Il faut une conférence nationale en Guinée. Comment peut-on arrêter une femme ménagère pour un coup d’Etat militaire ? Ainsi, j’ai été obligé de rester à Conakry. Dès sa libération, j’ai quitté la Guinée. GP : Je vous remercie de l’opportunité ! Je suis écœuré et révolté. Il faut agir maintenant contre l’injuste qui a trop duré en Guinée. C’est d’ailleurs pour cela que certains jeunes compatriotes ont décidé de se donner la main afin de mettre en place un mouvement politique pour se battre dans ce sens, pour les victimes et contre l’injustice. Parce que le pays ne peut pas s’en sortir sans la justice. La paix n’est pas possible sans la justice. Rien de positif n’est possible dans un pays sans la justice. La manière dont les choses se passent actuellement en Guinée rappelle l’époque de la révolution pure et dure. On ne peut plus accepter le parti unique en Guinée. Il faut que ce pouvoir sache ça ! Nous, on est né sous la révolution. On a connu le parti unique. On a connu des pratiques du parti-Etat. Donc nous, nous sommes adultes aussi. Il faut que Alpha Condé sache que nous, notre génération ne peut pas accepter le parti-unique ou les pratiques révolutionnaires en Guinée. Il a eu le pouvoir par la grâce du multipartisme. Il faut qu’il respecte ce multipartisme et ses principes ! Tout le monde ne peut pas adhérer à son parti ! Nous, nous nous inscrivons dans l’opposition. L’injustice ne peut pas faire avancer le pays. Pour nous si Alpha venait au pouvoir on n’allait plus entendre parler de détenus politiques en Guinée. Mais avec lui on a l’impression que ce sont toujours les militaires qui sont au pouvoir. Prenez le cas de Resco Camara ! Il ne joue pas le rôle d’un gouverneur à Conakry mais celui d’un chef de milice. Ils sont en train de terroriser les gens. Les Tiégboro qui sont mis en cause dans les crimes contre l’humanité sont là encore à arrêter et torturer les Guinéens. C’est inacceptable ça ! Il faut qu’on se soulève contre cette situation révoltante en Guinée. On peut le faire démocratiquement, légalement et réussir. GP : Monsieur Sadio, merci pour cette question ! Vous savez vous-même que le président Alpha Condé en personne a dit que la justice guinéenne ne fonctionne pas correctement. Le président de la République a reconnu que la justice ne fonctionne pas en Guinée. Si on approfondit un peu ces problèmes de complot en Guinée, on constate des pratiques anormales dans ce pays. Moi par exemple, j’avais 18 ans le 4 juillet 85. On m’a arrêté et envoyé au camp Alpha Yaya et au PM3. On m’a fait passer devant la commission d’enquête. Le ministre Hervé Bangoura lui-même vient m’interroger. Ils ont exigé que je donne les noms des militaires et de tous les hauts cadres qui venaient chez nous. J’ai répondu "Facinet Touré". Parce qu’il était là-bas tous les jours. Il était très proche de mon père. A partir du moment où on envoie les gens en prison, on les terrorise et on les torture pour leur faire avouer ou dire des choses, il n’y a pas de justice. Ce n’est pas une justice ça, Alpha Condé lui-même le sait. Le 4 juillet, j’ai été arrêté. On a fait 3 jours au PM3 sans manger et on était en slip, des officiers et moi. On était ensemble. Trois jours durant, on n’a pas mangé. Après, on nous amène devant une commission pour nous montrer des choses qu’on ne connait même pas. Je connais ces pratiques-là. Comment peut-on avoir des choses pareilles avec Alpha Condé qui a fait 50 ans en Europe ? Rappelez-vous de l’ex-ministre de la communication de Dadis, Chérif ! Il a dit dans une de ses interviews que Socrate lui a demandé s’il est Guinéen. Jusqu’à présent on parle de Socrate. Ce Socrate fait partie des gens qui ont éliminé des tas de personnes en Guinée. Pour nous, avec l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, tous ces gens-là n’allaient plus être sur la scène politique ou sécuritaire du pays. Mais on voit les mêmes criminels du passé arrêter et torturer les gens. Il faut qu’Alpha Condé sache qu’il y a désormais une opposition démocratique qui est là. On ne peut plus accepter les pratiques d’avant. Arrêter les gens arbitrairement, les emprisonner, leur priver de nourriture et faire signer ce qu’ils ne savent pas ! Ces pratiques-là ne datent pas d’aujourd’hui. Avant, c’était les commissions d’enquête, commission d’exécution, commissions révolutionnaires etc. qui se réunissent et décident de liquider des gens. Maintenant que cela n’est plus possible pour eux, les Sékou Resco vont en prison pour maltraiter les gens. C’est une honte ! C’est révoltant ! Il faut qu’Alpha Condé sache que ce qu’il fait est une honte pour notre pays. Ce n’est pas comme ça que fonctionne un pays démocratique. On connait le Sénégal. Là-bas ces choses ne se passeront pas. Sékou Resco n’est plus gouverneur. Il est devenu un chef de milice. Les Tiégboro aussi. Il faut qu’Alpha sache que ce qu’il veut ne peut pas marcher. S’il a un programme politique, qu’il le mette en application. Mais les intimidations et prendre ceux qui ne sont pas avec lui pour des ennemis, ce n’est pas comme ça dans une démocratie. La Guinée est notre pays à nous tous. Il est le président de la République. Donc qu’il cesse de se comporter comme le président d’un clan. Il aime parler de réconciliation. Est-ce qu’Alpha Condé a une fois reçu des victimes ou leur association en Guinée ? Non ! Merci à la Presse guinéenne grâce à laquelle on suit tout ce qui se passe ! Pourquoi demander la réconciliation aux politiciens ? Le problème, c’est entre l’Etat et ses victimes. Mais Alpha Condé, au lieu de venir arranger, c’est des clans qui le prennent en otage. On vit la même chose comme dans le passé. Pas de changement. Il n’y a aucun changement. GP : J’ai décidé de m’engager dans le MJD, parce que c’est un mouvement qui peut réunir les jeunes et Guinéens de tous les bords sans distinction ethnique ni régionale ni religieuse. C’est une opportunité de réunir les Guinéens sans autre considération que le combat et la solidarité pour la justice. Ce mouvement peut satisfaire la population parce que c’est pour elle qu’il entend se battre. Nous voulons être, si pas plus, au moins comme le Sénégal. Nous voulons amener l’Etat à jouer son rôle et à respecter les citoyens et mettre fin à l’ethnocentrisme. Ce mouvement pourra changer la mentalité des Guinéens. Ce mouvement montrera et fera comprendre que la manière dont les anciens ont géré le pays, ce n’est pas comme ça qu’on sert un peuple. Il fera comprendre que la façon dont Alpha Condé est en train de faire, ce n’est pas comme ça qu’on gère un Etat. On revit dans le passé. Ce mouvement veut proposer quelque chose de nouveau. Si Alpha nous laisse agir et quand nous aurons circulé et pris contact avec la population, il y aura quelque chose de positif pour le peuple de Guinée. GP : Non, je parle du respect de nos droits, de notre sécurité de pouvoir circuler en Guinée. Soyons réalistes ! Alpha n’ose pas toucher à Cellou, Sidiya ou Kouyaté. Parce que ces gens sont connus au niveau des diplomates et des institutions internationales. Par contre il peut facilement s’attaquer à nous si nous partons en Guinée pour travailler sur le terrain. Avec les Sékou Resco, les Socrates, les Tiégboro et tous les criminels que l’on connait avec Alpha aujourd’hui, le danger est là pour nous. Tant que ces criminels sévissent en Guinée, il n’y aura pas de sécurité pour le peuple, encore moins pour des hommes critiques. Il faut que la communauté internationale sache cela. Les prisons sont pleines d’innocents. Alpha Condé a fait 53 ans à l’extérieur avant de rentrer en Guinée, par peur pour sa sécurité. Pourtant, avec Alpha c’est pire qu’avant. Les prisons sont pleines de personnes arrêtées pour leur militantisme ou appartenance politique. Est-ce que les leaders politiques ont une fois appelé à manifester pour obtenir la liberté de ces innocents ? Cela ne va donc jamais changer parce qu’il n’y a pas d’opposition face aux arrestations et détensions arbitraires. GP : Bien sûr, c’est ça d’ailleurs la cause fondamentale de la création de notre mouvement pour la justice et la démocratie. C’est pour exiger ce que l’opposition actuelle est incapable de demander, dénoncer ce qu’elle est incapable de critiquer et faire reculer le pouvoir là où l’opposition actuelle cherche à collaborer malgré la violation de la loi. On ne doit pas être dans l’opposition pour pouvoir seulement aller aux élections. On doit s’opposer à tout ce qui ne se doit pas, dénoncer tout ce qui ne va pas bien. On entend chaque fois que l’argent est rentré. Comment et où, aucun opposant ne sait. Ce n’est pas normal. Le gouvernement ne communique pas, l’opposition ne demande pas. On entend parler des millions par-ci par-là, mais le peuple est dans la misère. Allez voir dans les hôpitaux en Guinée ! C’est pitoyable ! Il faut partir voir comment les familles vivent aujourd’hui en Guinée ! C’est pitoyable ! Aucun opposant ne va parler de ça, parce qu’ils savent qu’ils en sont les coupables. Ils sont en parti responsables de la misère d’aujourd’hui. Ce mouvement pour la justice veut un changement réel. Il faut montrer au peuple de Guinée qu’il y a des patriotes qui peuvent faire autrement. Il faut partir au Sénégal ! Tous les patients dans les hôpitaux sénégalais sont des Guinéens. Même le ministre Christian Sow, quand il a fait l’accident, c’est au Sénégal qu’il est allé se faire soigner. Il m’a trouvé là-bas. C’est honteux. Alpha Condé doit savoir que s’il voulait la paix, il ne devrait pas faire la promotion des criminels à Conakry. La CPI a établi un rapport où les Dadis, Tiégboro, Marcel, Toumba, Pivi sont nommément cités comme coupables de crimes contre l’humanité. Comment ces gens peuvent-ils continuer leurs actions jusqu’à maintenant en Guinée ? Où est la justice ? Où est la justice ? On va jusqu’à amener des handicapés à la TV prétendant qu’ils font un coup d’Etat. Quand même ! Où sommes-nous ? Où va la Guinée ? Je dirai que pour que la Guinée retrouve le bon chemin, il faut que les Guinéens soutiennent massivement ce mouvement pour la justice et la démocratie. Merci GuineePresse.info ! GP : Je dirai courage, solidarité et unité à mes compatriotes, parce que sans le courage et la solidarité, rien n’est passible dans un pays. La Guinée est la terre de nos ancêtres à nous tous. Là-bas on doit s’exprimer et se battre pour ses droits. Je prie mes compatriotes du monde entier, de se donner la main pour qu’ensemble, on mette fin à l’injustice dans notre pays. Enfin, je vous remercie GuineePresse ! Que Dieu bénisse la Guinée !
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