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2013-03-11 10:53:07
Jusque-là on connaissait la Guinée des paradoxes. Désormais, on est en face de celle des foutaises ! On ne peut employer un autre terme et il ne s’agit point d’écart de langage.
Voilà un pays où la constitution reconnait le droit de manifestations. Où le pouvoir en place crie sur tous les toits, annonce dans tous les médias et à la face du monde « le gouvernement autorise les manifestations ». Cette autorisation venant en premier du président guinéen et des ministres concernés par la question.
Les manifestations ont lieu de manière pacifique. Paradoxalement, on enregistre des pillages, des blessés et des morts. Le tout orchestré par des éléments proches du pouvoir ayant donné son aval : militants, loubards recrutés, forces de l’ordre etc.
Les blessés sont admis dans les hôpitaux de Conakry. La première personnalité du pays qui se vante d’être « le père de la nation » rend visite aux blessés de son camp et ignore gaillardement les autres citoyens qu’il considère comme ceux de l’opposition. Le pauvre militant du RPG qui aurait été ramassé dans la précipitation et embarqué avec « les autres », comme on les appelle, ne bénéficiera pas de l’attention présidentielle et de largesse. Mots réconfortants et espèces sonnantes et trébuchantes lui passeront à côté.
Il en sera de même des morts. Les premières victimes côtoyaient le policier qui a perdu la vie au cours de sa mission de « maintien de l’ordre ». Celui-ci fera l’objet de tous les honneurs de la nation. Il en sera autrement pour Amadou Téla Bah qui est tombé le même jour sous la violence des loubards du RPG, des forces de l’ordre et qui décide le lendemain. Il sera ignoré, son cadavre méprisé comme s’il y avait en Guinée deux catégories de citoyens et des vies plus chères les unes que les autres. Une preuve de plus que le pays est socialement et politiquement en lambeaux.
Comme toute cette offense aux morts, cette méprise faite à des citoyens à part entière ne suffisent pas à exprimer la haine que nourrissent les hautes sphères de l’Etat aux victimes, il a fallu organiser des attaques violentes contre les cortèges funèbres. Les ignorer comme ce fut pour Téla Bah et bien d’autres avant. En revanche, les loubards se souviendront bien qu’il y a funérailles. Ainsi, les militants de l’opposition, les familles et proches des victimes, les leaders politiques et tous ceux et celles qui ont été affectées par ces meurtres seront lapidés au niveau du siège du parti présidentiel par les militants du « père de la nation ». Mais laquelle ? Jusque-là nous sommes dans la Guinée des paradoxes.
La Guinée des foutaises se montre au grand jour par la convocation des leaders politiques de l’opposition devant les tribu-naux guinéens. Lisez bien ! Dans tribunaux, il y a le radical « tribu » qui se prête à déformation. Ce qui pose la question de savoir s’ils ont été convoqués par la justice qui se devait être universelle ou par des représentants d’une tribu érigée en justice. La réponse importe très peu.
Par cette convocation, les principaux responsables politiques concernés deviennent de facto des victimes directes et collatérales de la marche du 27 février 2013. Ayant subi comme leurs militants et sympathisants les violences organisées par le pouvoir en place, ils sont accusés d’être auteurs d’actes et de violences répréhensibles par la loi. Une loi qui ne protège pas le citoyen mais qui accuse la victime. On est en Guinée ! La grossièreté de cette foutaise se lit également ailleurs.
Les auteurs et commanditaires des actes inouïs du 27 février au 8 mars 2013, jour d’inhumation des victimes, se pavanent librement à Conakry. Ils vocifèrent partout et rivalisent de menaces contre les citoyens et les leaders politiques. Ils se transforment en justiciers après avoir semer la terreur dans les rangs de l’adversaire.
Voilà comment, dans notre pays, des bourreaux deviennent des victimes. Et inversement ! Rien d’étonnant car des journaleux démagogues trouvent « des colombes » du côté de sékhoutouréya. Comble de paradoxe, on ne voit que les actes posés par les vautours qui rôdent autour d’Alpha Condé et déchiquettent du Guinéen. Des Colombes s’il y a, je leur préviens : « Méfiez-vous car vous risquez à votre tour d’être marginalisés et dévorés par les nostalgiques d’un passé à jamais révolu qui vous perçoivent comme des obstacles. » L’inimaginable poursuivant son chemin et tout étant passible chez nous, une question se pose.
A quand la convocation des parents des victimes pour leur demander pourquoi ont-ils laissé leurs enfants mourir ? Comme Néron le faisait, il faudrait que les Guinéens s’attendent à ce que « le Grand Fama des Savanes », son excellence le professeur, leur signifie bientôt par voie de presse: « Aucun citoyen ne doit plus mourir sans sa permission et/ou sous les balles de ses soldats ».
L’autre foutaise. Les assassins de 2006 à 2013, ceux du 28 septembre 2009 en premier, sont logés, nourris et entretenus à tout point de vue au frais des Guinéens. Seul le pauvre Dadis, dont le sort n’est pas à plaindre, mais qui mérite justice comme tout un chacun croupi loin du pays. Entre temps, ses colistiers et complices occupent insolemment les plus hautes fonctions de l’Etat. Ceux-là ne sont pas convoqués. Du moins bénéficient-ils de la couverture présidentielle. Auteurs de plusieurs centaines de meurtres, ou présumés coupables, bon nombres d’entre-eux font partie des planificateurs et exécutants des violences actuelles.
Le cas du gouverneur de Conakry est le plus flagrant. Très récemment inculpé de violences, tortures et autres crimes, l’ancien vendeur de patentes à Gnenguéma (marché de Kaloum) est devenu le bras armé le plus terrible du pouvoir. Œuvrant au grand jour, il menace, convoque qui il veut et réprimande comme bon lui semble.
Un paradoxe dans cette série de foutaises. On assiste dans notre pays à une sorte de dénaturalisation de l’humain. En effet, tout indique que des femmes sont parmi les plus chevronnées dans les violences répressives dont le RPG et ses loubards font régner à Conakry et dans le reste du pays. Cette métamorphose de l’humain montre à quel point notre pays est en train de plonger dans un chaos social, politique et humain.
Quand la femme, jugée par les sociologues (Emile Durkheim par exemple) supérieure à l’homme par sa sensibilité et son humanité se montre instigateur et défenseur de la violence, il y a lieu de s’inquiéter. Bref, les derniers événements tragiques de Conakry marquent une tournure inédite dans la situation guinéenne.
Qu’on en juge par ces propos d’une femme considérée comme étant l’égérie du RPG, bouche et oreilles du président Condé : « La prochaine fois, nous ne laisserons pas faire et nous allons sortir aussi et ils comprendront que personne n’a le monopole de la violence ». Cette menace a été proférée après la marche pacifique du 18 février dont les autorités gouvernementales avaient reconnu comme une réussite et un signe de maturité démocratique des Guinéens. Un acquis qui durera moins d’une semaine car le gouvernement pouvait mal digérer une mobilisation d’envergure populaire le contestant. Qu’à cela ne tienne !
On pourrait bien se demander quel est l’objectif de la convocation des leaders de l’opposition guinéenne devant les tribunaux le jeudi 14 mars 2013. Qu’ils comparaissent ou non, que la convocation soit retirée ou pas, le but du pouvoir est d’humilier les intéressés. Le gouvernement guinéen, le président en tête, savent pertinemment qu’ils ne peuvent rien entamer à l’encontre des leaders cités en comparution. A moins qu’ils veuillent précipiter le chaos.
Par cet acte, l’Etat veut montrer qu’il est tout puissant. Qu’il peut convoquer qui il veut. Retirer comme bon lui semble la convocation. Mais aussi intimider qui il veut avant de se montrer magnanime. Nous atteignons là, le comble de la dictature et de la paranoïa. Cela donne surtout une indication sur qui on a affaire en Guinée.
Alpha Condé défait tout ce qu’il a voulu bien faire la veille. Il tient la braise d’une main et la gourde d’eau pour l’éteindre de l’autre. Inversement, il fait le pompier après avoir provoqué l’incendie. Oh, les vérités incomprises de Moussa Dadis Camara sur Alpha Condé !
L’opposition guinéenne risque de se faire avoir par Alpha Condé comme l’immature capitaine de Koulé. Mais, indifférente aux mises en garde, il n’y a pas beaucoup à lui dire. Il s’agit juste de relire mon dernier article sur l’inopportunité des législatives pour comprendre. Je prévenais en ces termes : « Si jamais l’opposition se laissait berner par des démarcheurs de quelque organisation que ce soit, société civile dont on sait le parti pris, syndicats noyautés, religieux qu’on ne voit que le lendemain des drames, pour répondre à la convocation du gouvernement-RPG, elle s’en mordra encore les doigts ». Je parlais de la rencontre du palais du peuple du vendredi 8 mars.
N’est-ce pas le lendemain de cette rencontre que la convocation des différents leaders a été publiée ? Rien n’à ajouter parce qu’il ne s’agissait point d’une prophétie mais d’une alerte que j’avais lancée. Les leaders politiques, majoritairement ténors de la politique guinéenne depuis des décennies, ne semblent pas savoir encore qui ils ont en face. Dans tous les cas, certains mauvais conseillers valent mieux que les guetteurs de bons repas qui pullulent autour d’eux. Autant dire qu’il n’est pas si mauvais de tourner parfois l’oreille pour entendre des voix discordantes mais profondément engagées. Passons !
Alpha Condé voyant que les législatives ne peuvent plus se dérouler en fonction de son plan A, celui de Waymark, lance son plan B. Celui-ci consiste à dénigrer ses adversaires par des voies détournées. Les trainer devant la justice pour les condamner. Pourquoi pas à l’inéligibilité pour des faits qu’il aura lui-même établis à travers sa justice tribale ? Aux leaders concernés de méditer là-dessus !
Que faire devant cette nouvelle offense du pouvoir ? Répondre ? Ne pas répondre, si toutefois la convocation était maintenue ? Dans les 2 cas, les risques sont considérables.
Imaginons qu’on veuille faire quoi que ce soit à Sidya Touré, Lansana Kouyaté, Aboubacar Sylla, Jean- Marc Téliano, Kassory Fofana, Mouctar Diallo, Baïdy Aribo, Boubacar Barry, Fodé Mohamed Soumah, Cellou Dalein Diallo ou tout autre membre du collectif, de l’ADP et du CDR. Ceux qui doutent que la Guinée court de grands risques d’embrasement devraient méditer sur les conséquences de cette hypothèse.
Laissons aux intéressés de donner la réponse qui convienne à ce procès d’intention. Il reste que la majorité des Guinéens sont derrière eux. Une chose à méditer par le pouvoir avant de poursuivre son projet machiavélique.
Malheureusement les tombeurs d’Alpha Condé ne semblent pas être là où il s’attend car on peut voir à des dizaines de nœuds et ne pas s’apercevoir le bout de son propre nez.
Autrement dit, il y a plus dangereux pour lui qui ne soit l’opposition. Peut-être aurait-on préféré le contraire ?
SALAM ! « On Jarama ! » en peulh.
Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@yahoo.fr