URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=11830
La possibilité concrète de souveraineté nationale se voit compromise lorsque les lois internes d’un État et les droits fondamentaux du peuple sont bafoués. Dans ce contexte, ce sont les traités ou les conventions internationales qui doivent normalement primer. Dès lors, les leaders des organisations africaines à assise communautaire doivent avoir le courage politique de mettre le bien-être des populations africaines au-dessus des intérêts de leurs amis gouvernants ; ce qui devrait avoir des retombées positives sur l’exécution des programmes d'aide au développement.
Ce point de vue personnel ne remet pas cependant en cause l’importance de l’assistance internationale dans le processus de développement du continent. Au contraire, par sa vertu humanitaire, l’aide publique stratégique au développement est le moteur essentiel du décollage d’un grand nombre de pays pauvres. Par contre, si certains pays ont pu transcender les clivages ethniques et les tiraillements politiques internes induits par la volonté de sortir de l’ornière, d’autres, comme la Guinée, s’engouffrent dans les mauvais choix politiques qui freinent la croissance économique. Dans une telle situation, et à défaut d’une assemblée nationale qui doit servir de rempart contre les abus de l’État, il faut reconnaître la primauté des conventions internationales sur les normes machiavéliques locales.
Cette nécessité souligne la pertinence de l’objectif partagé par les africains épris de paix et de justice de créer un espace politique garantissant les intérêts de nos patries, par opposition aux intérêts des gouvernants. C’est dans ce sens que les organisations communautaires africaines doivent abonder pour faire de l’Afrique un contient de droit. Mais le jeu politique qui consiste à relever au perchoir certains leaders africains au passé douteux et aux méthodes peu glorieuses, avec des velléités tendancieuses de s’éterniser au pouvoir, ou à faire la sourde oreille face à leurs abus politiques ne fait que renforcer la conviction des populations africaines d’un leadership communautaire africain en déphasage avec les réalités du monde d’aujourd’hui.
Il semble donc impérieux de prendre des initiatives courageuses visant à sortir le continent de sa « léthargie » politique en adoptant un discours plus ferme à l’endroit des « fauteurs de troubles ». Cette vision dénote à la fois une prise de conscience, une grande responsabilité, et une envie glorieuse de faire bouger les choses en Afrique. Pour cela, les « Organisations Africaines » doivent adopter des lois visant à recadrer le discours sur la bonne gouvernance (transparence électorale, bonne gestion politique et administrative, limitation de mandats présidentiels, respect des droits fondamentaux, etc.) comme facteur de stabilité politique et moteur essentiel de la croissance économique. Le respect de ces initiatives doit être un prélude non seulement au maintien en place du pouvoir exécutif mais aussi à tout programme d’aide publique au développement ou d’intégration d’un État dans la sphère communautaire. Ceci devrait susciter en temps normal une prise de conscience au niveau continental de la nécessité de léguer des institutions crédibles aux générations futures. À défaut, personne ne pourra renier au peuple son droit imprédictible à l’indignation face à la dictature et à l’atteinte aux droits et aux libertés fondamentaux.
Pour résumer, les leaders africains doivent apprendre à gérer les affaires de l’État dans un sens qui soit favorable au bien-être collectif et renouer avec la vision d’une Afrique capable de se hisser dans la sphère des pays émergents. C’est dans ce sens que la mobilisation communautaire doit être dorénavant conçue pour « démocratiser et rationaliser les institutions » africaines. Il faut remettre de l’ordre dans la maison !
Thierno Aliou Bah