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Guinée : que pouvons-nous attendre ?


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Ansoumane Doré

 

2008-06-05 23:14:29

Tout. Cela fait cinquante ans cette année 2008 que les guinéens attendent tout. Tout ? C'est trop dire mais je veux dire tout ce que des hommes et des femmes colonisés logtemps pouvaient attendre de leur libération du joug colonial. Jusqu'ici, cela n'a été que désillusions et désenchantements pour la plupart des guinéens. Même des jeunes nés après 1984 ont ressenti ces désillusions puisque le rêve d'un grand nombre d'entr'eux  est de quitter le pays pour un hypothétique ailleurs plus vivable que la terre des ancêtres.

En effet, la Guinée , périodiquement secouée par des bouleversements, ne permet pas  à tous ceux qui le souhaitent  d'entrevoir un avenir clair.

Les évènements qui sont en train de s'estomper, ne sont en rien rassurants pour la lisibilité d'un avenir prochain.

Sous la République du Parti-Etat de Guinée , une toxine a éré inoculée dans la culture politique de notre pays par le système totalitaire du PDG de Sékou Touré. L'effet permanent de cette toxine a été la destruction de la notion de hiérarchie dans les rouages et le fonctionnement de l'Etat guinéen. Dans toute organisation étatique une hiérarchisation des fonctions et des responsablités est absolument nécessaitre pour que le système d'ensemble marche  Or la destruction de la hiérarchie sociale , administrative et politique sous Sékou Touré, hors lui-même et son entourage familial a été poursuivie sous le régime de Lansana Conté.C'est pourquoi on fait partir bien de nos maux du  règne du PDG. Dans ce schéma culturel, mise à part toute apparence , un ministre , un haut fonctionnaire n'est  pas plus écouté qu'un planton ou un courtisan du Président de la République .
La confirmation de ces observations se vérifie dans les mutineries périodiques dans l'Armée guinéenne.

Une précision s'impose ici . Certains guinéens , par mimétisme d'ailleurs, continuent d'appeler l'Armée guinéenne  "la grande muette" . Cette périphrase désigne , par exemple en France, avant 1945, l'armée active, en raison des restrictions apportées par la loi aux libertés  individuelles des militaires ( droit de vote, d'association, d'écrire des articles ou des livres sans autorisation de la hiérarchie etc. ). En effet, en raison des particularités de leur service, les militaires (surtout de carrière)  ne bénéficient pas dans bien des pays démocratiques  de tous les droits et libertés garantis aux autres citoyens même si des atténuations ont été apportés à ces restrictions.

Ceci posé, l'Armée guinéenne est loin d'être une grande muette, laissez donc cette périphrase à des armées républicaines. La nôtre n'est ni républicaine (sait-elle seulement ce qu'est la République ?), ni muette.

La sudaméricanisation de l'Armée guinéenne en pire est la chose la plus inquiétante qui pouvait arrivée à la Guinée. Je dis en pire car L'Amérique Latine n'en est plus là après avoir subi l'intervention permanente de l'armée en tant que telle dans la vie politique du XIXe   au XXe siècle mais avec toujours une organisation hiérarchique. Cela a handicapé longtemps ce sous-continent? Dans l'exemple de la mutinerie d'une partie de l'Armée guinéenne , il s'est  agi de sous-officiers et d'hommes de troupes ( sous-ordre, dit-on ) ayant séquestré et humilié leurs officiers supérieurs.

Le comportement de malfrats de la pire espèce qu'ils ont eu ne doit, secrètement , réjouir personne en particulier. C'est une habitude qui est prise depuis 1996  qui a resurgi en 2006, 2007, 2008 pour régler leurs problèmes d'intendance sur le dos de la population. Le comportement de ravalement de la hiérarchie s'est installé dans la longue durée et sera l'ennemi de la démocratie tant souhaitée. C'est pourquoi, personne ne doit secrètement se réjouir de cette situation . Les soudards  qui constituent l'essentiel de l'Armée, ne travaillent pour personne en particulier mais  pour  eux-mêmes. Ils n'ont que faire de la nation guinéenne, encore moins de l'opinion internationale. Nos soudards ont vu et enregistré comment le généralissime Lansana Conté a gouverné et agi depuis vingt-quatre ans.Ils ont, pour certains vécu ou entendu comment le prédécesseur de Lansana Conté a gouverné et agi; tous deux par la force . Cela a marché pendant cinquante ans; pourquoi la force ne continuerait-elle pas à règler  les problèmes? Par delà les actes de vandalisme de soudards guinéens pour avoir une voiture à l'oeil ou  remplir son garde-manger sans bourse-déliée, c'est l'état d'esprit qui s'incruste dans les esprits  qui est l'élément que tout responsable politique devrait retenir.

Même si Lansana Conté disparaissait et que des élections transparentes aient lieu aussitôt ,les problèmes n'en disparaîtraient pas  pour autant automatiquement . C'est pourquoi, je pense que les leaders de l'opposition politique ne  devraient pas rejeter l'offre de participation au gouvernement d'union que pourrait leur faire le Premier Ministre Souaré.Pourquoi ? Tout d'abord, je sais que  leur acceptation devrait entraîner des révisions déchirantes mais ils ne viendraient pas dans ce gouvernement pour servir Conté.Cela pourrait même ressembler au fait d'avaler des couleuvres mais dans ce cas ça  ne serait pas l'attrait du pouvoir . , ça serait du réalisme . La présence des membres de l'opposition dans ce gouvernement de fin règne peut être importante  pour la liquidation de l'héritage de Conté.Il vaut mieux se trouver dans les rouages de l'appareil d'Etat qu'en dehors. A la disparition de Conté, son clan peut  ne pas se trouver aussi groggy (aussi déboussolé) que le héritiers de Sékou Touré en 1984. La présence de membres de l'opposition dans l'appareil d'Etat peut, peut-être alors l'amener à s'y fortifier , à tenter d'atténuer l'état d'esprit anarchique dans l'Armée guinéenne et à fortifier l'orientation vers un régime plus démocratique.

                        

Ansoumane Doré
(Dijon, France )


 

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