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LENDEMAINS DE MUTINERIE


Le dernier épisode des mutineries de soldats guinéens s’est terminé. Le Général Conté en sort renforcé comme il l’était déjà après l’épreuve de force qui s’est terminée par le départ de Mr. Lansana Kouyaté de la Primature.

Ceux qui avaient espéré que l’Adjudant-chef Paul Pivi Alias Coplan et ses compagnons débarrasseraient la Guinée de la dictature contéenne en ont eu pour leurs frais.  Les « mutins » guinéens ne sont finalement pas mieux qu’une bande de pillards sans foi ni loi. Pas étonnant qu’aujourd’hui à Conakry certains s’exclament : « Mieux vaut encore Lansana Conté que ceux-là ! ». Les nuages ne se sont pas encore dissipés sur la soudaine apparition de ces soudards que l’on croirait, n’eût été leur extrême brutalité, tout droit sortis d’une comédie burlesque. Certaines analyses y voient déjà une mise en scène par le Chef d’État. Dans cette république bananière par excellence, il ne faut exclure aucune éventualité.

Quelques questions toujours posées à chaque mutinerie ressurgissent : l’État doit il encore de l’argent aux soldats ? Si oui, combien et surtout qui sont derrière les détournements ? Quelles mesures seront prises pour que les responsables répondent de leurs actes ? Que vaut encore la signature du Chef de l’État ou de celle du Ministre de la défense si les engagements pris pendant les accords qui ont suivi chaque mutinerie ne sont jamais respectés ? Le fameux « Bulletin Rouge » est-il devenu une épouvante que les militaires ressortent périodiquement pour arrondir leurs fins de mois, prenant ainsi tout un peuple en otage ? Dans ce dernier cas, il serait alors temps que la vérité leur soit dite. Et surtout, il faut que les coupables de pillages, de tueries et de viols etc. répondent de leurs actes.  Mais hélas ! Le pouvoir s’est déjà hâté de leur garantir la non-poursuite judiciaire. L’impunité reste une tradition indéracinable dans la culture politique guinéenne.  C’est pour cela que l’on ne doit pas s’étonner qu’il y ait toujours des récidivistes. La prochaine sortie de nos ignobles « soldats » est donc garantie car ils se rendront vite compte que ces millions acquis dans une monnaie de singe et une conjoncture économique des plus difficiles fondront comme le beurre de karité sous le soleil tropical. L’ivrognerie et les filles faciles feront le reste.

Nous disions que c’est le Général Lansana Conté qui tire politiquement le plus grand profit de cette énième crise de son long règne. Et c’est là justement le problème : le blocage politique du à cette interminable fin de règne et la stagnation voire la régression que la Guinée accuse dans tous les domaines risquent de s’exacerber. La formule gouvernement d’union nationale a l’air de plaire aux partis de l’opposition, à l’exception du RPG, vu les yeux doux que certains leaders de l’opposition font depuis des mois au Généralissime qui les a pourtant toujours couverts de son mépris et la servilité avec laquelle ils rampent déjà devant le nouveau Premier ministre Mr. Souaré. Un gouvernement de ce type pourrait être une approche salutaire dans la perspective de la préparation d’élections législatives transparentes et équitables : à condition que les partis d’opposition qui participeraient à ce gouvernement soient animés de la volonté d’affronter, si nécessaire, le Chef de l’État et ses clans car toute la carrière de celui-ci a prouvé qu’il ne recule que devant un adversaire aussi déterminé que lui.  Le premier objectif à atteindre serait de doter la CENI de la base financière et logistique dont elle a besoin pour jouer pleinement son rôle. Cela est très important car d’autres pays de l’Afrique dite francophone comme le Tchad, le Togo, le Cameroun etc. avaient aussi leurs CENIs mais qui n’ont pas fonctionné le moment venu, faute de moyens (mais aussi grâce à la complicité d’une administration favorable aux régimes en place). Cela a permis aux dictateurs et à leur clans de pratiquer des fraudes électorales massives et de sauver leur pouvoir.

Seulement il se trouve que la mentalité et la culture politique du Président Conté lui interdisent d’accepter quelque chose d’autre qu’un gouvernement de subordonnés et d’exécuteurs d’ordre. Difficile d’imaginer un changement de mentalité de dernière minute chez le potentat guinéen !

Par conséquent l’opposition devrait bien réfléchir avant d’accepter un cadeau empoisonné qui ne servirait qu’à prolonger la vie du système Conté. Ce serait le plus mauvais service rendu au peuple de Guinée.


Oumar BAH


 

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