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| Madina Kouyaté |
Comme l’ont dit certaines personnes avant moi sur cette toile, je ne serai jamais derrière quelqu’un à cause son ethnie ou de sa région d’origine pour diriger la Guinée. Dans un autre langage, je dirais, je m’en fous éperdument que celui qui dirige ou dirigera la Guinée soit Guerzé, Kissi, Landouma, Malinké, Mikhiforé, Peulh, Sousou ou Toma. Ce que je souhaite pour mon pays, c’est des hommes et des femmes compétents, intègres, humbles qui ont l’amour du pays et de ses fils pour le sortir de l’état de délabrement dans lequel l’ont placés ces opportunistes qui ne pensent qu’à eux-mêmes et à leurs intérêts égoistes. C’est justement de ces gens-là que je ne veux pas quelle que soit leur appartenance ethnique.
Mes chères compatriotes, cela fait un bon moment que j’ai pris du recul à causes de plusieurs facteurs. L’un de ceux-là est qu’en lisant nos sites Internet, c’est très rare de voir des analyses objectives, des réflexions pour construire. Le lecteur est plutôt submergé de discours savants à caractère ethnocentrique. Les auteurs de ces discours se trompent souvent de cible car au lieu de parler des vraies ethnies à l’œuvre aujourd’hui en Guinée, ils ancrent leurs analyses sur le passé féodal de la Guinée. Le professeur Elhadj Hamidou Diallo nous apprend, dans un article paru sur Guinéeactu.com, les six ethnies qui existent en Guinée: a) l’ethnie des militaires, b) l’ethnie des gendarmes, c) l’ethnie des douaniers, d) l’ethnie des policiers ; e) l’ethnie des gardes forêts, et f) l’ethnie des voleurs à col blanc.
A mon humble avis, on ne construit pas un pays moderne sur la base de considération ethnique et de prétextes rétrogrades comme pureté de rang, supériorité sociale, etc. La responsabilité et le choix des individus pour conduire le destin des autres citoyens devraient se baser sur les compétences innées ou acquises, car seuls facteurs de développement durable. Nous avons besoin d’un pays où chacun, selon ses talents et compétences, aurait la chance de s’épanouir et d’apporter sa contribution pour faire avancer la nation. Les gens peuvent très souvent être autre chose que ce que la tradition affecte aux personnes de leur ethnie.
Nous devons savoir que chacun a des talents qui n’ont rien à voir avec son appartenance sociale ou ethnique. Un potier pourrait avoir des talents qui ont été longtemps dévolus au clergé. Parmi les premiers docteurs de Guinée dans divers domaines de connaissance se trouvent des gens que nos considérations archaïques destinaient au travail de caste. Parmi les grands mécaniciens de Guinée aujourd’hui (en quelque sorte les forgerons d’hier) se trouvent des gens qu’on dirigerait par leur sang vers la gestion de la cité ou du royaume. L’une des plus belles voix féminines de Guinée est une Bah. Cela ne lui enlève pas le nom Bah pour lui coller le nom Kouyaté ou Dioubaté. Elle reste Bah tout en développant ses compétences de chanteuse et en faisant la fierté de toute la Guinée actuellement. Je n’exagère pas en disant qu’un enfant Guérzé issue d’une famille d’agriculteurs peut avoir des atouts de grand fermier et on devrait le laisser élever ses vaches. Ce n’est parce qu’il n’est pas né au Foutah qu’on lui interdirait de faire valoir ses compétences d’éleveur.
En continuant, je dirais que des gens du clergé pourraient avoir des talents de batteur de tam-tam. Qu’on leur laisse développer leurs compétences dans ce sens pourvu qu’ils s’épanouissent et contribuent au développement de leur pays. Avez-vous vu les jeunes amazones de Guinée dans leur maîtrise de la percussion et de la scène maintenir, partout où elles ont passé, le public bouche bée alors qu’elles utilisent pour la plupart des talents construits par l’effort quotidien et non l’origine ethnique. Moi je suis une Kouyaté, mais je n’ai pas des talents de chanteuse et je ne m’en offusque pas pour autant et cela ne veut pas dire que je ne suis pas fière de l’être. En apprenant à me connaître dans mes forces et mes faiblesses, j’ai su que je ne pourrais pas évoluer dans la musique, alors j’ai choisi d’être une éducatrice de la petite enfance justement pour les talents et les goûts que j’ai. Si un jour, il se trouve que je pourrais gérer le secteur de la petite enfance dans mon pays, qu’on me donne la chance d’apporter mes talents pour aider mon pays avec compétences et sans discrimination.
Entendons nous bien, je ne rejette pas dans mes propos la chose ethnique. Au contraire, je veux dire que celle-ci devrait être exploitée pour la construction de la nation, je dirais de l’unité nationale pour être à la mode du discours des gens qui gèrent notre pays. Par exemple, de plus en plus le cousinage à plaisanterie est utilisé dans la résolution des conflits et c’est une approche bien africaine. Il est donc essentiel de tirer des ethnies ce qui rassemble et fait avancer au lieu de s’attarder sur ce qui irrite.
Mes chers compatriotes, chacun naît avec des talents, son environnement et l’éducation qu’il reçoit conditionnent le développement de compétences qui débordent le champ socioéconomique auquel le prédestinait les considérations socioculturelles qui ont longtemps prévalu dans nos sociétés. En fait nous devons donner la priorité à l’épanouissement des individus, au développement de la nation et au bien-être de nos populations. Pour cela, il est plus que nécessaire d’arrêter des critiques négatives vis-à-vis des autres par le simple fait de leur appartenance sociale ou ethnique. Avez-vous lu comme moi l’article paru dans Guineepresse.info sur le couple allemand et leur fille qui a tenu des propos discriminatoires à l’endroit d’un africain dans un train. Avez-vous relevé aussi la réponse foudroyante de l’Africain qui a su faire mal et très mal. Alors, arrêtons les propos qui irritent la haine et instaurent les conflits.
Mes frères et sœurs, la plupart des politiciens de même que les ethnies identifiées par le professeur Diallo nous ont assez divisés pour régner, détourner les ressources qui devraient servir à la construction de la nation. Ces nouvelles ethnies qui sont en fait les plus pernicieuses brandissent des arguments comme l’ethnie et la classe sociale pour encore profiter de nous. Les événements de janvier et de février 2007 devraient nous ouvrir les yeux sur l’intérêt du peuple martyr de Guinée. Il est temps de nous ressaisir et d’alimenter nos sites de discours constructifs et porteurs d’union et de solidarité.
Je terminerais en disant que dans une société africaine bien structurée et ouverte sur le 21e siècle, la compétence, qu’elle soit scientifique, technique ou sociale, devrait être ce qui compte le plus dans le choix des individus qui ont la charge de conduire cette société vers son développement et permettre le bien-être de ses membres.
Vive la Guinée une et indivisible.
Mme Barry Madina Kouyaté
Contact : kmadina@orange.sn ou kmadina2000@yahoo.ca