URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=11967
2013-04-21 08:05:25
Dans la nuit du 18 juillet 2 011, une attaque armée a été perpétrée contre le domicile privé du chef de l’Etat guinéen. L’attaque aurait duré de 3 heures du matin à 5 heures 10 minutes. Il y aurait un mort et plusieurs blessés, sans qu’on ne connaisse le chiffre exact. Une semaine après cet évènement, il est temps de proposer une réflexion autonome en se posant des hypothèses et quelques interrogations.
Au regard des informations distillées par les autorités, les entretiens réalisés avec les voisins et une analyse de contenu des interviews du président de la République, on peut émettre deux hypothèses :
Si des officiers de l’armée guinéenne, ancien de la garde présidentielle de Lansana CONTE et de Sékouba KONATE, sont responsables de cette tentative on se doit de douter de leur capacité militaire. Utiliser des armes lourdes et agir par surprise et faire des dégâts matériels et humains aussi faibles laissent perplexe. Depuis l’annonce de cette tentative d’assassinat, personne n’a vu le corps de la victime annoncée, ni les images des blessés. Les dégâts montrés ne correspondant pas à l’utilisation d’armes lourdes et les habitations voisines semblent avoir été épargnées miraculeusement.
Il me semble aussi ne pas pouvoir expliquer que des officiers, notamment l’ancien chef d’Etat major de l’armée guinéenne, ne soient pas au courant du nombre de chambres dans la demeure privée du chef de l’Etat qu’ils souhaitent assassiner.
Il reste que personne n’arrive à expliquer aux guinéens qu’il ait fallu attendre des renforts de Kindia alors qu’il y a un blindé à la RTG Koloma et que le camp Alpha Yaya, le plus grand de Guinée, se trouve à moins de 5 minutes de véhicules à cette heure de la nuit. De même, personne n’explique la tentative d’arrestation de BAH Oury, une heure avant la fin des opérations autour de la résidence du chef de l’Etat.
Le président lui-même dans son interview à Radio France International a donné des indications qui suscitent des interrogations. Il dit couché dans plusieurs chambres de son appartement pour justifier son absence de sa chambre habituelle. Ce n’est pas dans l’habitude humaine, surtout à son âge, de changer régulièrement de chambre à coucher. Mais il est président, admettons cette particularité. Il dit que des armes et des tracts ont été saisis avant la tentative d’assassinat. Certaines mauvaises langues affirment aussi que certaines arrestations ont eu lieu aussi avant la nuit du 18 juillet. On n’arrive pas à comprendre pourquoi le président demande aux guinéens de rester calmes, même si les personnes arrêtées appartiennent à la même communauté ? Savait-il l’identité de ses assaillants bien avant ses enquêteurs ? On dirait qu’il existe une stratégie d’arrestation en deux phases : d’abord des barbouzes de l’armée qui appartiennent à toutes les communautés guinéennes, et qui étaient au service de Sékouba KONATE pendant la transition, et ensuite seulement les rares cadres peulhs de l’armée.
Certains analystes d’images trouvent bizarre la similitude de la tenue du président de la République et du décor de son bureau lors de sa courte allocution du lundi soir et du mercredi dans la journée. La similitude est si flagrante qu’on pourrait penser que les deux adresses ont été enregistrées le même jour au même endroit. Cette thèse se renforce lorsqu’on analyse le calme du timbre vocal de celui qui n’a pas dormi, ou peu, et qui a fait face pour la première fois de sa vie à un déluge de feu de plus de deux heures. La coïncidence entre le discours apaisé du président de la République du 17 et la tentative d’assassinat du 18 est-il un message ? Le président veut-il nous dire que les auteurs de la tentative d’assassinat sont opposés à la réconciliation nationale et au dialogue politique avec l’opposition ? C’est probable, mais faiblement défendable.
La théorie de la machination du président lui-même souffre de quelques problèmes d’avantage comparatif. Le président a certainement lu Machiavel. Mais il est difficile de croire qu’à son âge, qu’il accepte que des coups de feu soient tirés tout près de lui ou sur sa demeure. A quoi peut servir une machination de cette ampleur pour un homme qui inaugure son mandat ? Très peu. Cette tentative qu’elle soit réelle ou manigancée affaiblit le président. Elle suggère un niveau d’animosité élevé envers sa personne. Elle dit aussi aux investisseurs étrangers que la Guinée reste un pays risqué. Pour toutes ces raisons, on peut conclure que cette tentative d’assassinat, qu’elle soit une machination ou une réalité, est préjudice au règne d’Alpha CONDE.
Le président Alpha CONDE ne perd pas sur toute la ligne si cette tentative d’assassinat est une machination. Il peut imaginer qu’une épuration de l’armée assaisonnée de quelques adversaires politiques, les plus virulents, vaut la chandelle. Et puis, cette tentative permet d’occuper le « petit peuple » et le désintéresse de la question du riz et de l’électricité.
Pour ma part, je persiste à croire que machination ou pas, cette tentative réelle ou manigancée sera préjudiciable pour le règne d’Alpha CONDE. Les militaires, chassés par la grande porte, reviennent par la fenêtre en réinstaurant les barrages de leur gagne pain quotidien. Ils risquent de garder aussi les 40% du budget qu’ils avaient réussi à obtenir de Lansana CONTE, au lendemain du pilonnage de sa présidence.
Pour toutes ces raisons, aux deux premières hypothèses, j’en ajoute une troisième. Alpha CONDE serait de bonne foi. La machination serait préparée par son entourage militaire, ceux qui procèdent aux arrestations. Cette hypothèse est plausible. Elle pourrait expliquer les contradictions dans les propos du président, l’incohérence du scénario, le flou constaté et les dérives dans les arrestations actuelles.
Le scénario serait le suivant. Le lobby qui contrôle le président et la présidence monte un complot. Le président est informé et des preuves lui sont fournies. Il ordonne de suivre le dossier et de l’en informer. Des officiers « rebelles » sont ciblés avec des civils gueulards, du genre BAH Oury et les journalistes du Défi. Les maîtres d’orchestre du complot (ancien du PDG et de la seconde République) demandent au président de quitter son domicile sans indiquer l’ampleur du phénomène. Les artilleurs des nuits sous le règne de Lansana CONTE font le feu d’artifice dans la nuit du 18 juillet. La suite, on la connaît.
Si cette hypothèse se confirme, la Guinée peut dire adieu à la réforme de l’armée et de l’Etat. Alpha CONDE, après Lansana CONTE, sera une marionnette entre les civils manipulateurs et les barbouzes « sauveurs » de son règne.
Ly SAVANE
VOS COMMENTAIRES | |
| KABA | 21/04/2013 10:53:34 |
| BONNE REFLEXION AVEC MOINS DE PASSION.C'EST INTELLECTUEL. | |
| Camara D. | 21/04/2013 15:30:59 |
| Moi ce qui m'intrigue dans cette histoire.C'est le fait qu'ils savaient tous que quelque chose se preparait mais ils n'ont meme pas pris le soin de mettre le president en zone sure. C'est comme si on experimentait quelque chose! | |
| Ly SAVANE | 22/04/2013 00:05:48 |
| Je précise que cet article a été rédigé et publié dans le Lynx une SEMAINE APRES LA TENTATIVE D'ASSASSINAT D'ALPHA CONDE. Ly SAVANE | |