Manifestement, l’opposant historique, Alpha Condé n’en peut plus. Il y a compréhension que M. Condé s’est réellement battu pour le pouvoir, et non pour la démocratie. Et quand on lutte pour le pouvoir, on ne cherche que le pouvoir. Peu importe les moyens. Et lorsque les moyens importent peu, eh bien, il n’y a pas la moindre honte pour ses actes.
Notre Président Alpha Condé, paraît-il, a beaucoup de diplômes universitaires. Voilà que quelque part, j’ai lu et appris qu’il serait diplômé, aussi, en Sociologie. Et tout de suite, et comme toujours, j’ai essayé de prendre les choses à la lettre. Parce que, je suis un studieux de toujours. Aussi un lecteur passionné. Et cette expérience livresque me donne une sensibilité très forte. Mais aussi une sorte d’ignorance rationnelle.
Je me dis : un mathématicien a la vertu des mathématiques. Un économiste, la vertu des économies. Un philosophe, la vertu de la philosophie. Un biologiste, la vertu de la biologie. Un sociologue, celle de la sociologie. Je veux dire, qu’on ne feint pas d’avoir la vertu d’une connaissance qu’on ne possède pas. Alors, quand j’ai appris qu’Alpha Condé a la vertu de la sociologie- en plus de ses diplômes en sciences politiques, économie et en droit-, je ne suis pas allé par quatre chemins pour croire – je suis un ignorant rationnel- que le président guinéen a le sens du savoir-faire.
Parlant de la sociologie, je pense au père de cette science, le français Auguste Comte. Ce qui me plaît de cet homme, c’est qu’il a réussi à formuler le projet d’une grande réforme sociale. Pour lui, le sens de l’histoire est celui de l’esprit humain. C’est la cause fondamentale des changements. A chaque développement de l’esprit doit correspondre un ordre social adéquat. Ce progrès est nécessaire et irréversible, au point de renvoyer à une loi : la loi des trois états.
Il y a l’état théologique. A ce stade, l’homme explique les causes des choses en se référant aux forces surnaturelles et invisibles. Le deuxième stade, c’est l’état métaphysique. Là, l’homme explique les choses en recourant à des principes d’explication plus abstraits. C’est la phase du raisonnement. C’est-à-dire que l’homme commence à connaître, juger et agir conformément aux principes. En fin, cet état métaphysique transite vers l’état positif qui pose la question du relativisme de toute connaissance possible par l’homme. Il s’agit de connaître à partir de l’observation et de la mesure. A cette étape, l’intelligence humaine se libère des mythes et entre dans la positivité rationnelle.
Toute une théorie historique. On pourrait dire que la Guinée à la chance d’avoir un président sociologue. Donc, qui a lu et compris la positivité rationnelle du père de la sociologie, Auguste Comte. Lire la positivité rationnelle et en faire un comportement. Une véritable aubaine pour le pays. Car en Guinée, une bonne partie des gens vivent encore dans l’état théologique. Une bonne partie de la population chez qui le sentiment et l’imagination prévalent encore sur la raison.
Un président éclairé dans un tel pays, serait plus que souhaitable. Il aiderait cette partie de la population à rejoindre cette étape cruciale de l’intelligence humaine, celle de l’observation des faits lui permettant de juger objectivement.
Cependant, tout le contraire se passe actuellement en Guinée. Un projet de propagande minutieusement élaborée est mise en place pour amadouer l’opinion publique guinéenne. Le but est d’empêcher cette catégorie des guinéens qui vit encore dans la subjectivité, à ne jamais apprendre la vérité. Que cette catégorie des guinéens ne doit pas observer des faits par soi-même pour en dégager des explications objectives.
Un peu à la manière soviétique, ou de l’époque du Pouvoir Révolutionnaire Local (PRL) de Sékou Touré, Alpha Condé et son gouvernement sont en train de mettre en place toute une stratégie politique destinée à garder la Guinée dans l’ignorance.
Porte par porte, ils passent des messages aux familles d’aller se recenser et de soutenir les actions et les décisions du pouvoir en place. Que ces familles n’ont aucune raison de méditer longtemps : « recenser-vous, n’écoutez pas les ennemis de la Guinée. Ils ont dirigé ce pays, ils veulent encore revenir pour le détruire ».
J’aime mon pays, et je suis convaincu que le pouvoir actuel est dans une logique de mensonge. Anciens ministres ou non, ce qui est en jeux, c’est le respect strict des règles démocratiques. Une fois sur le ring de combat, aux citoyens d’observer les faits et de juger objectivement.
Les anciens ministres sont-ils mauvais ? Les nouveaux leaders sont-ils les meilleurs ? Aux citoyens guinéens d’en décider et, librement. Si le pouvoir est convaincu que les anciens ministres sont mauvais, et que la population guinéenne pense la même chose, alors il suffit de respecter les règles démocratiques et les urnes ne se tromperont pas. La vérité jaillira.
Mais si le pouvoir met tant de bâtons dans les roues pour une organisation transparente des élections, c’est qu’il y a doute dans son affirmation que les anciens ministres ou premiers ministres sont des « incapables ».
Le fait que les manifestations des opposants réussissent à paralyser, presque, toute la capitale guinéenne, est une preuve que tout le monde ne partage pas l’avis du pouvoir. En démocratie, ceci compte beaucoup. L’opinion publique guinéenne est divisée en deux. Ne pas tenir compte de cette réalité, c’est faire vouer à l’échec tous les projets visant à construire le pays.
Les propagandes sont une réussite à court terme. Jamais à long terme. Et comme le court terme n’arrange pas le pays, aux guinéens de tous les bords de réfléchir.
L’espèce humaine, notre société et notre culture sont le résultat d’un long et complexe processus évolutif. Les premiers hommes, avec leurs constitutions physiques médiocres - comparées au reste des êtres vivants-étaient des proies faciles. L’humanité n’aurait pas survécu de la fameuse loi du plus fort. Les premiers hommes n’avaient pas une gabarie musculaire des autres espèces, ni leur rapidité ni la résistance de leur peau qui pourrait les protéger du froid. Cependant, ces hommes arrivèrent à se faire des êtres forts. Fondamentalement à partir de leur caractère social. En se regroupant et en coordonnant leurs actions, ils ont réussi à développer une culture qui leur a permis de se maintenir sur terre en domptant tous les autres êtres vivants.
Des mauvaises politiques ne doivent en aucun cas diviser les guinéens. Nouveaux dirigeants ou anciens dirigeants, nous sommes tous des guinéens. Nous vivons dans la société qu’il faut organiser. Et cette organisation peut être aidée par une forme de consensus : la démocratie. Le respect strict des principes démocratiques ne trompent pas. C’est la meilleure forme du gouvernement après la chute du communisme. Il faut en profiter et cessons de nous importuner par des ambitions égoïstes qui ont des conséquences néfastes pour tout le pays. Réunissons-nous en respectant nos lois tout en donnant priorité au dialogue.
Les manifestations de l’opposition sont objectives. Le pouvoir d’Alpha Condé le sait bien, mais la passion aidant, il ne veut rien concéder. A la population guinéenne de méditer comme le faisait les premiers hommes, il y a deux millions d’année, pour dompter l’injustice et imposer ce qui est de droit.
Naby Laye Camara
Bruxelles

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