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Réaction à l’article de Jacques Kourouma

« L’opposition politique guinéenne au gouvernement Souaré ? »


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Ansoumane Doré

Dans un récent article: " Que pouvons-nous attendre ? ", j'avais suggéré que les leaders de l'opposition politique guinéenne ne devraient pas rejeter l'offre de participation au gouvernement d'union que pourrait leur faire le  Premier Ministre Souaré. Une suggestion de ce type suppose, bien sûr, le préalable de discussions. L'idée d'une telle suggestion est que, de toute évidence, nous sommes en fin du  règne personnifié par Lansana Conté, il ne faut pas se voiler la face. Il me semble que  la date  fatidique de cet évènement doit trouver l'opposition, toute l'opposition, plus exactement sa représentation, dans les rouages de l’appareil d'Etat. Cette présence ne peut être que bénéfique pour la démocratie. Se cristalliser dans la position qu'accepter d'y être, c'est se " placer à l'ombrage du système Conté" est une analyse courte. Lansana Conté n'est pas éternel, il faut anticiper l'après-Conté  car le système qu'il va laisser en place à été à bonne école et ne se laissera pas facilement évincer même au nom de la loi. Pour l'opposition, être dans les rouages de l'Etat sera déjà, même modestement, un début de conquête  du pouvoir avec les moyens d'Etat, encore une fois  même modestes au départ. Beaucoup ont critiqué l'inefficacité de cette opposition  et ces critiques n'étaient toujours pas sans fondement. Toutefois l'explication en tenait pour l'essentiel à son manque d'unité d'action et au manque de moyens qui s'en est  suivi. J'ai dans des articles comparé les leaders de l'opposition de notre pays à des rivières dans l'imaginaire de bien des militants de leurs partis. Pour bon nombre de ceux-ci, ils sont apparus comme des rivières dans lesquelles, on peut aller puiser à volonté. La preuve est qu'il fut un temps, la cour des leaders politiques, ressemblaient, aux heures de repas, à la Cour des Miracles ou plus modestement à des cantines scolaires ( pour militants ) et tout cela suppose des moyens. Les mécènes qui les soutenaient au départ ont petit à petit disparu. Toute cette évolution a contribué à l'affaiblissement de l'opposition, sans parler des traquenards du Pouvoir.

Entrer par conséquent dans les rouages de l'Etat pour bénéficier des moyens d'Etat pour le réorganiser, n'est pas  synonyme de venir s'associer à des pilleurs de deniers publics. Cela ne constitue pas non plus un  adoubement  du  système qu'on critique depuis si longtemps. Si affirmer cela en direction d'hommes et de femmes à qui l'on n'a rien à reprocher, paraît naïf, alors je veux être naïf. En effet, croire que si l'on participe au gouvernement à former, c'est accepter de servir Conté, c'est encore croire que celui-ci est immortel. Au contraire une présence dans ce gouvernement montrera à la population, à qui on l'aura expliqué par le canal de son parti, qu'on n'est pas animé seulement par le pouvoir mais par le redressement du pays. Si l'on est empêché de faire ce qu'on peut faire, on aura tout de même montré toute sa disponibilité pour le service de la Guinée.

Voilà l'argumentaire que je n'avais pas suffisamment développé.

Jacques Kourouma avec lequel j'ai souvent des échanges, hors sites Internet, a, comme une réplique à ce que je viens de poser, une approche différente. Il parle de " critères de participation de l'opposition politique à un gouvernement placé sous l'ombrage du système Conté ? " et toutes les magouilles qui entourent un tel gouvernement. Je réponds que tout ceci est connu mais va-t-on continuer à regarder en spectateur? Je pense que non pour ceux qui se sont engagés dans le combat politique.

Il est plus que temps de sortir des "Mythes révolutionnaires du Tiers monde" si bien décrits par Gérard Chaliand en 1976. Des comportements de ce type n'ont, le plus souvent, conduit nulle part. Les exemples abondent en Afrique et en Amérique Latine. Sur ce continent dont on cite volontiers  les exemples, le manque de réalisme de certains hommes qui ne manquaient pourtant pas  de qualités les a conduits ou maintenus longtemps ou définitivement dans l'impasse. C'est le cas des hommes du Sentier Lumineux  du Pérou ( 1980-2000) ou encore ceux des FARC de Colombie depuis 1964 et dont les dirigeants vieillissent et meurent dans la forêt équatoriale  alors que la situation du pays qu'ils voulaient changer demeure inchangée.

Quand Jacques Kourouma écrit " Au lieu d'entrer dans un gouvernement ombragé par le système Conté, les partis d'opposition auraient mieux fait de former un gouvernement parallèle de transition  si le système Conté s'opposait à toutes les options présentées ". La question  est ici alors comment une opposition divisée, faible et sans moyens peut-elle constituer ce gouvernement parallèle? Si le système Conté  se sent frontalement attaqué, en l'état des choses, il se redressera et c'est de son côté que "les mutins" de l'Armée se rangeront.

La réalité est que ni l'opposition guinéenne ni la population n'ont  les moyens que Jacques leur recommande. Les Guinéens sont  recrus de misères depuis cinquante ans et quand Jacques parle de sacrifices nécessaires, cela faitpenser à une entrée dans le maquis, autrement dit à une  guérilla or la plupart des guinéens qui ont entendu ou ressenti les guerres  fratricides des pays voisins, ne souhaitent pas et surtout ne  veulent pas  une guerre civile.

Le souhait ardent que nous pouvons formuler c'est l'émergence de leaders moralement, intellectuellement  et physiquement capables de transcender des positions qui semblent figées pour arriver à une situation de renouveau de la Guinée. Malgré les désillusions, cette vision est du domaine du possible.

                         

Ansoumane Doré
Dijon, France


 

2 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

kylé diallo08/06/2008 14:59:36
Encore une fois, N'koro Ansoumane fait preuve de réalisme !
Faute de mieux, il vaut mieux transformer le "monstre" de l'intérieur.
Participer à un gouvernement d'union nationale ( je préfère dans le contexte guinéen le l'expression "unité" ) ne signifie pas être à la botte de Conté.
Barry A.10/06/2008 16:54:31
Tout à fait Mr Doré, il est bien possible de mener une politique plus éfficace d'opposition à l'interieur même d'un gouvernement. Conté le sait très bien, c'est pourquoi il a toujours refusé d'associer l'opposition à la gestion du pays. Curieusement, ce que Kouyaté aurait dû faire, peut être c'est Souaré qui le fera. Qui l'eut crut? Kouyaté est vraiment nul. Nous devons encourager tous les patriotes de l'opposition à entrer dans ce gouvernement non pas pour cautionner une quelconque mauvaise gestion, mais pour l'empêcher. S'ils se sentent impuissants, à eux de prendre la porte et de le faire savoir à la nation. La politique de la chaise vide, ne mène pas loin. On peut ou moins changer de stratégie.