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2013-06-15 23:05:02
Chaque fois que notre président Alpha Condé doit se prononcer devant les journalistes, je retiens mon souffle dans l’objectif de saisir ses argumentations. Rien ne m’intéresse, parfois, qu’il dise la vérité ou non. Je me préoccupe uniquement pour trouver la cohésion dans ses idées.
Cette cohésion, je ne l’ai trouvée, malheureusement, nulle part dans les argumentations du président guinéen. Depuis son accession au pouvoir en 2010, j’ai suivi toutes ses interviews officielles.
Ce mercredi 12 juin, le président guinéen en visite à Paris, et face aux journalistes, répond aux questions sans jamais me convaincre ni me persuader.
Comment est-ce possible qu’un président de la république, en la personne d’Alpha Condé -qui aurait un nombre important de diplômes académiques- se permette de soutenir que dans la Constitution guinéenne, aucune disposition n’est prévue concernant la participation aux législatives des guinéens vivant à l’étranger? Qu’il applique ce qu’il a trouvé sur le terrain.
Comme rappel, en matière de droit, une disposition est une décision qu’une autorité ou un mandataire prend pour expliquer que tel doit se faire et comment.
Par exemple, il y a seulement quelques semaines, le gouvernement autorisa aux partis politiques de manifester, mais en les obligeant à suivre certains itinéraires bien précis de la capitale : pas question que les manifestants empruntent certains axes.
Le droit de manifester est définie dans la Constitution. Mais le gouvernement peut prendre des décisions pour indiquer dans quelles conditions ces manifestations doivent se dérouler. Cette réaction du gouvernement se traduit par une décision ou disposition.
Le président Condé admet qu’aucune disposition n’est prévue qui autorise les guinéens vivant à l’étranger de participer aux législatives. Il ajoute : « Jamais les guinéens de l’extérieur n’ont voté aux législatives. Ils ont toujours voté aux présidentielles ».
C’est bien vu de la part du président !
Cette disposition permettant aux guinéens vivant à l’étranger de participer aux présidentielles et non aux législatives, a été dictée par le gouvernement de Lansana Conté.
Cependant, il faut noter qu’il y a une base fondamentale, construite autour de l’article 22 de la Constitution qui stipule : « Chaque citoyen a le devoir de se conformer à la Constitution, aux lois et aux règlements. Chaque citoyen à le devoir de participer aux élections, de promouvoir la tolérance, les valeurs de la démocratie, d’être loyal envers la Nation ».
Si le gouvernement de Lansana Conté dicta une disposition de régularisation à propos du vote des guinéens vivant à l’étranger, qu’est-ce qui empêche celui d’Alpha Condé d’en faire autant ? La Constitution permet à tout citoyen guinéen de voter. Et des dispositions sont un privilège des gouvernements pour orienter les types d’actions accompagnant nos lois.
Pourquoi le « professeur » Alpha Condé ne peut-il pas dicter une disposition qui puisse permettre aux guinéens vivant à l’étranger de voter, aussi, aux législatives ?
Comment le président Alpha Condé peut-il accepter et maintenir le statu quo depuis Lansana Conté, alors que quelque part, il ose déclarer qu’à son arrivée au pouvoir en 2010, qu’il a trouvé un pays sans Etat ?
Si la Guinée était un pays sans Etat, je trouve paradoxal, que le président Condé maintienne encore, les habitudes électorales qui caractérisaient terriblement le régime de Lansana Conté.
Lorsque la Guinée aura terminé sa transition, et qu’elle aura permis à ses députés de travailler en toute conscience, la question d’éligibilité du président de la république serait un terme central à débattre.
Ne pourra être président qui le veut.
Naby Laye Camara
Bruxelles