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| Ibrahima Diallo |
Nous sommes encore surpris de lire des prises de position et des critiques sans apporter de solutions ou d’alternatives au statu quo. Pire, la majorité des intervenants n’intègrent pas dans leurs analyses les 14 mois passés sous Kouyaté qui a complètement changé la donne en rendant le déjà fragile tissu social encore plus précaire, au bord de l’implosion. La Guinée de février 2007 est très différente du pays d’aujourd’hui : notre raisonnement doit évoluer en conséquence car il y a eu un recul évident en terme de cohésion sociale.
De nombreux internautes accablent volontiers Lansana Conté qui est certes responsable de la pagaille et de la paupérisation de la majorité de la population ; mais il faut avoir aussi l’honnêteté de reconnaître notre part de responsabilité : combien de Guinéens aux postes de responsabilités ont choisi leur conscience et intégrité morale par rapport à leur intérêt matériel immédiat dans les moments décisifs? Seuls le Vieux Biro, feu Jean Claude Diallo et François Fall, nous pouvons citer !
Il est très aisé de faire passer Conté pour seul responsable du "mal Guinéen" afin de disculper notre part de responsabilité (tout comme sous Sékou Touré d’ailleurs). A ce propos, citons Gustave Lebon (socio psychologue Français) : « Un dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables ».
Remettons les choses dans leur contexte. Se focaliser sur Conté qui est complètement dépassé par les événements est une erreur d’appréciation énorme pour apporter les réponses au défi actuel. Chaque chose en son temps ! A l’heure actuelle, tout le monde défie tout le monde ; aucune autorité n’arrive à s’imposer pour rétablir l’ordre et la discipline ; toutes les corporations menacent d’aller en grève pour des raisons matérielles ; il n’y pas de chef suprême de l’Armée qui soit respecté ; et ce sera l’anarchie totale sous peu si Mr Souaré tarde encore à prendre ses responsabilités en publiant la liste de son gouvernement et surtout commence à travailler. Dans ces conditions, demander et appeler un vide constitutionnel est irresponsable et surtout fait montre de manque de discernement : quels que soit les sentiments que nous avons envers le Général, l’intérêt de la Nation et la cohésion sociale doivent primer sur les ressentiments. Penser que Lansana Conté aurait baissé les bras après l’affront (pour lui) de l’année dernière en lui imposant un PM relève de la naïveté politique. Il a manœuvré intelligemment grace à Kouyaté. Nous devons blâmer les syndicats et Société Civile (parties prenantes) pour avoir été "activement" passifs et laisser la dérive des "exécutifs" se faire au point de remettre Conté en charge ! C’est vraiment faire preuve de toupet en accusant Conté de tous les maux alors qu’il a agi comme nous même aurions fait à sa place pour survivre. Nous masquons ainsi notre faiblesse et impuissance; et les mots n’y changeront rien.
Si Dieu en décide autrement, nous prendrons alors nos responsabilités ; mais pour le moment la seule option salutaire est de réaliser une transition en "douceur" par l’organisation d’élections. C’est à la fois une façon "civilisée" et responsable de faire de la politique vu que nous avons depuis longtemps perdu l’initiative. Ceux qui appellent à boycotter la formation d’un gouvernement « d’ouverture » pour certains ou « d’union nationale » pour d’autres tant que Conté est Président n’ont pas proposé une alternative réaliste et viable à la place, dans l’état actuel des mentalités et surtout des humeurs. Quelle structure ou entité assurerait et organiserait la transition et dans quelles conditions légales ou légitimité sans provoquer des contestations majeures (guerre civile) ? Autant que nous sachions, en général, il y a soit une coalition de partis politiques ou une sorte de conférence nationale (politiques et Société Civile) ou encore l’Armée pour combler ce vide constitutionnel. Or malheureusement, en Guinée, les leaders politiques n’ont jamais pu faire d’alliance objective pour combattre Conté, ce n’est pas lors d’enjeu aussi important que la prise de pouvoir qu’ils s’entendront ; la Société Civile n’a ni vocation ni moyen de gouverner ; quant à l’Armée, cela ne doit plus être une option a fortiori telle qu’elle est en ce moment. La morale en est donc que grace à Kouyaté, en juin 2008 (comparé à février 2007) les conditions sur le terrain font que le Général Conté est un moindre mal en pis-aller par rapport à l’incertitude et surtout au manque de confiance et suspicion ambiantes des uns envers les autres. Dire que tout est la faute de Conté est simpliste et relève de la manipulation pour couvrir beaucoup d’autres responsables qui lui ont apporté support et complicité. C’est aussi une échappatoire aisée pour les alliés de l’ex PM pour relativiser le mal fait pendant ses 14 mois de "conspirations" mégalomaniaques.
Le moment n’est pas aux blâmes mais plutôt à l’union nationale pour rétablir l’autorité de l’Etat, l’ordre et la discipline pour pouvoir organiser les élections prévues. Quant à qui a fait quoi et autres récriminations, les journalistes d’investigation devront avec des historiens enquêter de 1961 à nos jours, pour rétablir les faits, la Vérité et la responsabilité de chacun dans les événements qui ont déchiré le Pays. Quant à la Justice, pour quelle puisse siéger et rendre son verdict, elle a besoin de sérénité dans la paix sociale et surtout que des plaintes avec preuves soient déposées. Soyons sérieux et sachons raison garder, la Guinée a trop souffert ! Il faut arrêter les "pyromanes" : ce n’est pas parce que les choses ne se font pas selon votre vision qu’il faut souhaiter le chaos !
Pour finir, rappelons cordialement et humblement aux "jusqu’au-boutistes" qu’en politique, plus qu’ailleurs, tout est relatif et rien n’est absolu ; on ne dit pas « fontaine, je ne boirai jamais ton eau ». On peut renier ses principes pour la cause sans renier ses convictions. Il n’y a rien d’incohérent et surtout politiquement préjudiciable ; c’est faire de la politique !
Ibrahima Diallo- "Ollaid"