2013-08-16 15:05:57
Jacques Vergés, un avocat brillant, redouté, provocateur, parfois haï, est mort jeudi 15 août à l'âge de 88 ans mal remis d'une bronchite. Une pléthore de qualificatifs ont accompagné son singulier parcours.
« Il était physiquement affaibli mais intellectuellement intact ; il avait une passion pour la défense de tous les opprimés, les colonisés » a indiqué Me Christian Charrière-Bournazel, l'ancien bâtonnier de Paris.
« Il était un des deux ou trois avocats extraordinaires de ma génération et sa dimension intellectuelle dépassait de loin la sphère judiciaire », selon Maître Kiejman.
Pour Maître J. Coutant-Peyre « sa morale était d’être contre toutes les morales ».
Le petit Vergés avait grandi à La Réunion dans le même lycée que l’ancien premier ministre Raymond Barre (1924-2007). « Je suis fier d’être métis » clamait le fils de Raymond Vergés (1882-1957), ex-consul de France en Thaïlande où Jacques Vergés est né.
Le résistant ralliera « la France libre » en 1942 à l’âge de 17 ans et gagnera Londres. Ensuite, selon sa propre formule, il sera « un petit agitateur anticolonialiste au Quartier latin » contre la guerre d'Algérie à la tête de l'association des étudiants réunionnais.
Il sera, de 1951 à 1954, membre du comité exécutif, puis secrétaire de l'Union internationale communiste des étudiants dont il démissionnera pour retourner à La Réunion où il s'inscrira au barreau.
Durant le mois d'avril 1957, Me Vergés ira en Algérie pour défendre une jeune militante du FLN, Djamila Bouhired, qu'il épousera : « entre les Algériens et moi ce fut le coup de foudre" soulignera le héros du FLN qui le rebaptisera « Mansour, le victorieux ». Il se convertira à l'Islam et sera citoyen d'honneur de l’Algérie à son indépendance.
On le croisera un temps à Beyrouth aux côtés de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) avant de disparaître mystérieusement pendant huit ans.
Me Vergés, l’antisioniste passionné, l'ancien résistant anticolonialiste, défendra le terroriste vénézuélien Carlos, également en 1987 Klaus Barbie l'un des chefs de la Gestapo de Lyon de 1942 à 1944, Louise-Yvonne Casetta la trésorière occulte du RPR, Omar Raddad le jardinier marocain accusé du meurtre de sa patronne, ou Simone Weber accusée d'avoir coupé en morceaux son amant.
En octobre 2009, il s’illustrera, aux côtés de Maître Jean-Louis Kéita du barreau d'Aix-en-Provence, dans la défense de victimes guinéennes de vios et d’exactions commis le 28 septembre 2009 au stade du même nom.
Repose en paix Me Jacques Vergès, l’avocat de toutes les causes !
Nabbie Ibrahim Baby SOUMAH
Paris, le 16 août 2013

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