2008-06-19 20:46:54
Comme beaucoup de Guinéens, nous avons été scandalisés de lire un article présentant Kassory Fofana comme le messie qu’il faut pour sauver la Guinée. Le journaliste ne cache pas sa colère du fait que le nouveau Premier ministre, le Dr A. T. Souaré, n’aurait pas porté le nom de Kassory sur la liste du nouveau gouvernement qui n’est même pas connu encore :
« De source proche de la Primature, la liste des membres composant le gouvernement a été donnée au duo Sam Soumah, le secrétaire général à la Présidence, et Idrissa Thiam, chef du protocole d’État pour signature par le président de la République. Mais très malheureusement, le nom de l’ancien patron de Souaré, n’y figure pas… »
Ce passage mérite une grande attention ! Ce « journaliste » n’a donc connu le contenu de ce document (censé être secret d’Etat) qu’une fois entre les mains de Idrissa Thiam et de Sam Soumah. En effet, depuis que ces deux personnages se trouvent dans l’entourage du Président, il y a toujours eu non seulement fuites d’informations sur les grands dossiers en Guinée mais aussi, il y a toujours eu des complications si le contenu ne leur convient pas. Il ne faut donc pas s’étonner qu’aucun organe de l’Etat ne fonctionne comme il faut !
Le plus révoltant, c’est d’entendre un « journaliste » parler de l’amitié comme une raison d’être choisi ministre d’Etat ! Pour lui, l’amitié entre deux hommes doit primer sur les intérêts de l’Etat !
« En tous les cas, tout semble indiquer désormais que Souaré a déjà sacrifié son amitié avec son ancien patron Kassory pour s'accommoder aux faveurs incertaines qu'il tirera de sa nouvelle position, … »
C’est dommage qu’en Guinée la médiocrité ne se limite pas qu’aux seuls militaires ! De toute évidence, notre pays a plus de problème que nous ne semblions le réaliser. Tout est pourri, du caporal au Président de la cour suprême, en passant par l’Assemblée Nationale.
Nous rappelons au journaliste en question que c’est surtout grâce à son site que nous avions pu apprendre, dans le passé, la teneur des malversations et crimes économiques dont Kassory Fofana s’est rendu coupable en Guinée. Certains parleront même de 6 milliards détournés par l’ancien ministre des finances et ses complices.
A propos, le 11 novembre 1999, LA LETTRE DU CONTINENT avait titré :
<<
GUINEE : LES "ROIS DE L'ARGENT"
Il a fallu que le président Lansana Conté soit "briefé" de première main par le directeur général du FMI, Michel Camdessus, pour qu'il s'interroge sur la disparition des milliards F CFA de redevances de Friguia Pechiney ! (...)
>>
Lire : http://www.africaintelligence.fr/C/modules/login/detailart/LoginDetailArt.asp?lang=fra&service=art&comment=&context=arc&doc_i_id=58550
Cela va conduire donc le Président à confier l’enquête au grand policier Hervé Vincent Bangoura. Dans le rapport de ce dernier, Kassory Fofana et Facinet Fofana étaient bien des principaux responsables. Théâtre à Conakry : au lieu des voleurs, c’est l’enquêteur Hervé Vincent qui sera arrêté et séquestré ! Avec les pressions internationales, Conté finira par limoger son ministre chouchou qui part s’exiler aux USA. Et l’on nous parle du retour « du messie » pour la Guinée en la personne de ce monsieur ?
Nous vous ramenons ci-dessous un autre article paru dans Jeune Afrique en décembre 2000. En attendant, nous voulons dire à ceux qui nous informent que Kassory jouit d’une grande popularité en Guinée, que le peuple doit d’abord se prononcer sur l’ancien ministre et ses amis comme Cellou Dalein Diallo avant qu’ils ne reviennent encore aux affaires en Guinée. Qu’ils se présentent aux élections et demander le mandat de diriger la Guinée au peuple ! Car, ils ne sont pas les seuls Guinéens aptes à gouverner la Guinée.
Nous espérons que le nouveau PM ne cèderait pas aux chantages !
SADIO BARRY
Sidya Touré : « Qui se sent morveux qu'il se mouche. »
GUINÉE - 5 décembre 2000 - par SAMIR GHARBI
L'ex-Premier ministre guinéen Sidya Touré répond ici aux accusations portées contre lui par l'ancien ministre de l'Économie et des Finances Kassory Fofana. Le premier s'est exprimé dans J.A.I. n° 2050-2051 (25 avril), le second dans le n° 2079 (14 novembre). Pour Jeune Afrique/L'intelligent, le débat est désormais clos.
Dans mon interview à J.A.I n° 2048, j'ai évoqué en ces termes la situation en Guinée, sans citer nommément personne : « L'argent qui commençait à affluer dans les caisses de l'État avait attisé les convoitises de quelques cleptocrates. Ces derniers ont organisé un système mafieux, lequel est actuellement au centre de la crise socioéconomique que connaît le pays. »
En sortant lui-même de sa cachette (J.A.I. n° 2079), M. Kassory Fofana révèle au peuple guinéen son rôle central dans les malversations en cause. Il lui reste à rentrer au pays pour se mettre à la disposition
de la justice qui a ouvert le dossier sur la corruption, au lieu de prolonger ses « congés » à l'extérieur.
Pour ma part, je suis et reste un des responsables de l'opposition guinéenne - je ne sais pas si c'est la meilleure façon de promouvoir mes prétendues affaires ! Aussi, la stratégie qui consiste à attiser la tension entre le chef de l'État et des personnalités de l'opposition ne trompe plus personne. Elle n'efface pas les faits incriminés.
Lors de la constitution du gouvernement dont j'ai eu à assumer la primature en juillet 1996, M. Kassory Fofana avait sollicité le ministère de l'Économie et des Finances. Je me suis opposé à sa demande en raison de son manque évident de formation et d'expérience. En vain. Nommé malgré tout au Budget, il assiégera les services de la présidence par diverses intrigues et parviendra à ses fins en février 1997 en prenant le portefeuille convoité.
Son premier acte à la tête du ministère de l'Économie et des Finances consistera à faire éclater la structure du comité de Trésorerie qui réunissait le Premier ministre, deux ministres délégués et le gouverneur de la Banque centrale. La totalité des dépenses publiques se fera, désormais, sans engagements préalables et sur simple signature du seul ministre de l'Économie et des Finances, c'est-à-dire M. Kassory Fofana.
Deuxième acte : la mise en place d'un réseau d'amis et de partenaires pour soustraire les recettes de l'État et procéder à des dépenses sans contrepartie de services ou de fournitures. C'était cela le système mafieux.
Troisième acte : la succession des scandales obligera le chef de l'État à désigner une commission d'enquête dont la direction est confiée au commissaire Hervé Vincent, ancien ministre, que j'ai rencontré pour la première fois après mon départ du gouvernement. Ce sont donc les rapports Hervé qui mettront au jour le réseau de prédation dont l'acteur central ne pouvait être que, permettez-moi l'expression, le « voleur qui crie aujourd'hui au voleur ».
L'un de ces rapports a fait état notamment de divers détournements au détriment de l'usine d'alumine de Friguia et de l'Agence nationale d'aménagement des infrastructures minières ; d'émissions de valeurs et de titres par un réseau parallèle ; de double paiement de la dette publique extérieure, de transferts frauduleux à la société russe de travaux publics Enco-5, d'un détournement de plusieurs milliards de francs guinéens dans le cadre du contrat avec la société suisse SGS passé par M. Kassory Fofana en tant que directeur des grands travaux, par-dessus la tête du ministre des Finances de l'époque... Et j'en passe.
À ces enquêtes, il faudrait ajouter le rapport de l'Union européenne qui porte sur la dilapidation des fonds de contrepartie (aide budgétaire) ainsi que les déclarations du président de l'Assemblée nationale, Boubacar Biro Diallo, au sujet du pactole amassé par l'ancien ministre de l'Économie et des Finances.
Au lieu de réagir à la publication des éléments du rapport Hervé par le journal L'Indépendant, M. Kassory Fofana a préféré user de son pouvoir pour le fermer et embastiller son propriétaire, comme il utilisera plus tard le prétexte de soins médicaux à Dakar pour quitter le pays et se mettre à l'abri d'éventuelles poursuites judiciaires.
Qu'il ait été désigné par Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée, comme l'un des principaux responsables de son arrestation est une indication sur son rôle prépondérant dans le durcissement du régime en cette période.
Quel crédit peut-on accorder aux propos d'un homme qui démontre par lui-même que sa conscience est chargée et qu'il a besoin d'un arbre pour cacher l'étendue de la forêt des charges qui pèsent sur lui ? C'est pourquoi je ne réagis même pas à ses affabulations, comme celles portant sur un investissement imaginaire de 10 millions de dollars que j'aurais effectué en Guinée. Il est désespérant qu'un ministre des Finances que j'aurais supplié d'entrer au gouvernement pour ses compétences soit inscrit à des cours de techniques bancaires quatre ans après. Sans parler de l'ignorance qui ramène l'Osiwa à une cellule de distribution d'argent... L'Osiwa n'est autre que la Fondation Soros pour la promotion des idées libérales et démocratiques, dont je suis membre aux côtés de diverses personnalités telles l'ancien président malien Amadou Toumani Touré, le juge sénégalais Kéba Mbaye et l'ancien ministre libérien Ellen Johnson Serlaf. Enfin, évoquer mon rôle de directeur de cabinet à la primature en Côte d'Ivoire (1990-1993) relève, bien entendu, de la pure intrigue.
Pour ce qui me concerne, ce débat est clos dans les journaux à l'extérieur. Néanmoins, il continue de se dérouler sur le terrain en Guinée, où nous attendons tous le retour de M. Kassory Fofana pour clore, cette fois, le dossier sur la corruption qui reste ouvert au niveau de la justice guinéenne.

Revenir en haut de la page