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2013-09-21 10:28:16
La Guinée est un pays singulier. Dans un accord conclu au mois de juillet 2013 entre le pouvoir, l’opposition et la CENI, sous les auspices de la communauté internationale, le pouvoir a « accordé » à l’opposition ce que la loi confère à tout guinéen en âge de voter à savoir : le droit de vote des guinéens de l’étranger. En échange, l’opposition a accepté le maintien du couple Waymark-Sabari, pourtant illégalement recruté et violemment combattu par cette même opposition durant plusieurs mois auparavant. Quant à la CENI, elle s’engageait à respecter désormais la loi et ce à commencer par son propre règlement intérieur ! En lisant ce document, l’esprit raisonnable est frappé par la hardiesse (ou la naïveté) de ceux qui l’ont signé : les guinéens osent non seulement violer les lois de la République mais – cerise sur le gâteau – ils osent le reconnaître sur papier et s’accorder à demeurer des hors-la-loi. Dieu sait combien j’aurais aimé être dans la tête de Said Djinit pour savoir ce qu’il pense de ce spectacle affligeant.
A quelques jours du scrutin annoncé du 24 septembre 2013, il semble bien que même le contrat de juillet 2013 n’a pas été convenablement exécuté. Contrairement à ses engagements, la CENI n’aurait pas enrôlé convenablement les nouveaux électeurs ; elle n’aurait pas épuré la liste des nombreuses anomalies qu’elle comporte ; etc. Pire, il est même apparu qu’elle a fait une répartition des bureaux de vote pour le moins irrationnelle pour ne pas dire plus. Deux articles particulièrement documentés rendent parfaitement bien compte de ce regrettable constat (http://guineeactu.info/debats-discussions/points-de-vue/3609-elections-legislatives-guineennes-des-erreurs-inacceptables-.html; http://guineeactu.info/debats-discussions/analyse/3599-analyse-de-la-variation-du-nombre-de-bureaux-de-vote-lopposition-a-t-elle-raison-de-sinquieter-.html).
Pourtant, dans le Jeune Afrique du 8 au 14 septembre 2013, le pouvoir s’est déjà félicité d’avoir organisé des « élections libres, transparentes et crédibles ». L’opposition quant à elle a battu campagne tout en – paradoxe guinéen – proférant des menaces de manifestations mais pas de boycott ! Quant à la CENI, elle maintient qu’elle est prête à organiser le scrutin et que les anomalies constatées seraient tout à fait insignifiantes. Comme ils jouent bien, nos acteurs électoraux ! Alors, comme pour faire durer le suspens, ils seraient entrain de se tirailler sur la date à laquelle il faudra tenir le scrutin. L’opposition veut un report mais ne semble pas proposer de date exacte tandis que le pouvoir tient coûte que coûte à la date du 24 septembre. Peut-être pour ne pas faire mentir Jeune Afrique.
Puisqu’au moment où cet article est entrain d’être rédigé nos acteurs électoraux sont en conclave, on peut toujours se permettre de leur rappeler ce que dit la loi en cas de report de la date du scrutin. Ils s’en foutent mais il ne coûte rien à l’auteur de faire la piqure de rappel. Ainsi donc, selon l’article 63 du Code électoral, les électeurs sont convoqués 70 jours avant le scrutin pour les élections législatives. En d’autres termes, s’il n’y a pas vote le 24 septembre 2013, il ne peut pas y avoir de vote avant le 4 décembre 2013. Toute autre date qui pourrait sortir par magie des discussions en cours et serait antérieure à la date du 4 décembre 2013 serait illégale.
Cela étant, que faut-il faire ? Résolument, il faut reporter le scrutin d’au moins 3 mois afin de corriger un maximum d’anomalies. Aller au vote le 24 septembre 2013, c’est courir le risque d’un conflit soit avant, soit pendant, soit après le vote. Reporter le vote de quelques jours, c’est déplacer le problème et surtout violer à nouveau la loi. La meilleure chose à faire pour le bien commun c’est de se donner au moins trois mois avant d’aller aux urnes.
Sékou Oumar Camara
VOS COMMENTAIRES | |
| barry | 21/09/2013 11:50:27 |
| Bien dit mon frere. Ces politiciens malhontes, verreux , sans foi, ni loi se moquent de nous le peuple.Luttons contre ces maudits movance et opposition confondues. | |
| alphonse kone | 21/09/2013 14:13:57 |
| Cette suggestion est également un report des problèmes qui en 3 ans n'ont pas pu être reglés!Alors il ne reste plus que "disqualifier le processus électoral",confier la maitrise d'ouvrage de l'ensemble du système électoral aux Organismes techniques indépendants compétents des Nations-Unies pour prévenir les éventuels dérapages post-électoraux dont les conséquences sont difficiles à prévoir !Que la sagesse habite les autorités pour prendre la mesure de leur responsabilité historique dans un pays meurtri par des décennies de malgouvernance et d'impunité | |
| SADIO BARRY | 21/09/2013 16:47:54 |
| Mon frère Sekou Oumar, félicitations pour cet excellent texte ! C'est vraiment étonnant, ce qu'on peut vivre en Guinée. | |
| Atika | 21/09/2013 17:21:03 |
| Excellente contribution, malheureusement la classe politique guinéenne est folle. | |
| Camara Ansoumane | 22/09/2013 01:17:06 |
| Monsieur Camara Vous soulevez dans votre article le cancer qui ronge la Guinée depuis très longtemps , à savoir le non respect de la Constitution par ceux qui ont prêté serment de la respecter et de la faire respecter. Cela a commencé par Lansana Conté, puis tous ses successeurs. Le second mal du pays est l'absence d'un minimum de confiance entre les acteurs politiques. Raison pour laquelle aucun accord signé par eux, depuis ceux de Ouagadougou jusqu'à ceux de juillet dernier n'ont jamais étés respectés. Tous ceux qui prétendent pouvoir gouverner la Guinée assistent avec complaisance à ces violations répétées . Le plus coupable toutefois est d'avoir laissé le second tour des présidentielles de 2010 se dérouler au delà du délai fixé par la constitution.puis d'avoir accepté la même chose pour les législatives. Aujourd'hui quel avantage politique les principaux partis de l'opposition ont ils à participer à une simulacre d'élections .La démocratie à ses exigences : le respect des règles et de la loi. Est il si difficile d'être un démocrate? | |
| minerai noir | 22/09/2013 13:11:56 |
| Monsieur Sékou Omar Camara, merci de cette excellente analyse, j'ajouterais seulement, que les élections soient ou pas reportées( je souhaite le report), le temps plaidera toujours en faveur hélas de alpha condé, car ce qui importe avant tout pour lui c'est de rester au pouvoir et la légalité de la procédure pour s'y installer n'est qu'un détail parmi tant d'autres.Il veut rester au pouvoir point barre. Quant à monsieur camara ansoumane ,je sais "qu'aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre d'années" et je suppose à tort peut-être que vous êtes jeune pour avoir soustrait des violeurs de la constitution le champion en la matière :sékou touré; à moins que vous n'ayiez une mémoire selective , car si sékou(que j'ai tristement connu) avait dès le départ appris aux guinéens le sens le respect universel de l'être humain , nous aurions pris une direction autre que celle que nous vivons aujourdhui et je rappelle que alpha condé se réclame de la pensée unique et totalitaire de sékou touré.. bien à vous .. | |
| Ansoumane CAMARA | 23/09/2013 23:43:35 |
| À celui qui se cache derrière un "minerai noir"; Vous vous trompez lorsque vous suposez que j'ai la mémoire sélective ou que je ne connais pas l'histoire politique de mon pays parceque (encore selon vous) sans doute plus jeune que vous. Si vous aviez bien connu Sékou Touré comme vous l'affirmez,vous auriez dû savoir qu'il a mis fin au multipartisme dès le 3 octobre 1958, que s'il avait pu, il l'aurait fait deux ans plus tôt. Lorsque je parle donc de la démocratie et des démocrates, je ne peux comparer Sékou Touré et son Parti- État aux principaux partis politiques d'aujourdhui et leurs leaders. La grande déception de bon nombre de nos concitoyens est que l'homme qui a proposé aux guinéens "d'aller au multipartisme avec deux partis politiques" a par la suite succombé aux maléfiques conseils de ses visiteurs du soir. La suite on la connaît. Où en serait aujourd'hui la Guinée si Lansana Conté n'avait pas modifiié la Constitution afin de pouvoir se présenter pour un troisième mandat? Voyez- vous "minerai noir", je n'ai pas la mémoire sélective et ne suis peut être pas plus jeune que vous. Pour terminer je dirai que si Monsieur Alpha Condé était dans l'opposition, il n'aurait jamais participé à des élections législatives qui auraient été préparées dans de telles conditions. Bien fraternellement. | |
| minerai noir | 24/09/2013 14:10:22 |
| Monsieur Camara Ansoumane, Vous et moi avons deux interprétations differentes de la situation dans notre pays, et c'est tout à fait normal.J'ai subi deux règnes, celui de sékou avec un séjour au camp alpha yaya, et celui de conté qui m'a redonné l'espoir perdu sous sékou.Il ouvrit aussi les differents camps de la mort dans notre pays et permit à chacun la possibilité d'entreprendre.C'est pour toutes ces raisons qu'on ne peut pas quelles que soient les formules et les explications que l'on veut donner faire fi du règne de la terreur: celui de sékou touré pour situer les les faits et gestes de nos gouvernants.J'accepte votre point de vue sans y adherer.Je choisis mille fois le règne de conté par rapport à celui de sékou et de ce que nous subissons actuellement. bien à vous. pour minerai noir, cherchez dans l'anthologie négroafricaine ,monsieur Réné Depestre , c'est derrière lui que je me cache. Vous avez été plus courtois. ceratains m'ont traité de félon(vassal; leur sujet) bien que je ne sache pas ce qu'il de glorieux d'écrire ou non son patronyme. | |