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2013-09-27 12:23:51
« Le bourreau tue deux fois : d’abord par la mort, ensuite par l’oubli ! » selon un axiome, un vieil adage. Le bourreau mise ainsi toujours sur l’oubli et l’impunité pour ne pas répondre de ses actes devant la justice.
« La femme est l’avenir de l’Homme ; elle est la couleur de son âme ! » clamait hier Louis Aragon (1897-1982) le poète, romancier, journaliste et essayiste français.
La femme est sacrée dans notre société : elle donne la vie et, d’après le Coran, « c’est aux pieds de sa mère que se trouve le Paradis pour son enfant méritant ».
« Qui viole une femme souille toute l’humanité ! » : le capitaine Moussa Dadis Camara est entrain de mesurer à ses dépends, actuellement en exil forcé à Ouagadougou, la gravité de cette axiome et du carnage du 28 septembre 2009 qui trace une ligne rouge dans l’absolu de notre conscience et de celle de toute la communauté internationale qui est venue à la rescousse de notre pays ; notamment avec le rapport accablant et nominatif onusien de Mohamed Bedjaoui du 15 décembre 2009 qui aurait dû être un tournant dans la lutte contre l’impunité.
Pour tromper l'opinion nationale et internationale, les autorités d'alors avaient mis en place une commission d'enquête nationale ; mais elle n'avait jamais fonctionné faute de dotation financière de la part du gouvernement de Lansana Kouyaté, l’ancien Premier ministre de consensus.
Par ailleurs, on avait assisté à la manifestation d’une justice nationale laxiste et aux ordres du pouvoir militaire du CNDD avec le verdict ignominieux de la CENI (commission nationale d’enquête indépendante, qui n’était indépendante que de nom) sur les évènements, les massacres et viols du 28 septembre et mise en place par l’Ordonnance N° 053/PRG/SGG du 7 octobre 2009.
Cette CENI avait rendu, en effet, sa conclusion le mardi 2 février 2010 par l’entremise de Siriman Kouyaté. Elle avait absou, disculpé les forces de sécurité et inculpé Aboubacar Toumba Diakité et ses hommes, mis en cause tous les leaders politiques présents au stade et victimes d’exactions. C’est le comble du cynisme : le bourreau s'était mué en justicier !
Il n’est pas inutile de rappeler qu’un membre de cette CENI, Mme Pierrette Tolno la « négationniste », avait nié l’existence de ces viols : « il n’y a jamais eu de viol le 28 septembre (…) des femmes ont été payées 40 euros chacune pour faire de faux témoignages » (sic).
Paradoxalement, pendant qu’à Conakry on disculpait des criminels et violeurs, de jeunes Guinéens, qui étaient indignés et révoltés à juste titre par les massacres du 28 septembre et avaient saccagé sous le coup de l’émotion les locaux de l’ambassade de Guinée à Paris, ont été jugés au TGI de Paris le 08 février 2010. Tout ceci témoigne d’une disproportionalité, d’une forme d’injustice.
En Guinée, des familles pleurent encore des morts, des disparus, soignent des blessés et des victimes de viols, de la violence d’Etat depuis les années 50 à nos jours. La violence politique de l’Etat, de ses démembrements, de ses forces paramilitaires contre les individus, les citoyens est un fléau qui y perdure. Pour trois raisons majeurs :
- d’abord, le massacre et les viols du 28 septembre 2009 au stade du même nom (plus de 300 personnes en majorité des jeunes) sont la conséquence logique de l’accommodement à la culture de l’impunité, de l’injustice, à la violence, aux nombreux et répétitifs manquements aux droits de l’Homme depuis les années 50. Le sinistre camp de détention dénommé Boiro fut le lieu, l’illustration parfaite de la violence politique, en somme de l’avilissement de la personne humaine.
- ensuite, l’absence de rupture avec le passé, « d’aggiornamento ».
- enfin, l’absence de « clarification » dans le jeu politique guinéen. Nous passons d'un régime à un autre sans faire le bilan de ce qui nous est arrivé. C'est comme si on rachète une entreprise privée sans regarder l'actif et le passif. On n'a pas fait de « background check », comme disent les Américains.
Les auteurs et commanditaires des tueries, du carnage notamment des 12 juin 2006, 22 janvier 2007 et 28 septembre 2009 courent toujours.
L'anniversaire de ce dernier est entrain de passer sous silence par les nouvelles autorités du pays et les grands acteurs de la scène publique et politique nationale.
La Guinée demeure, hélas!, un exemple d'accommodement à la culture de la violence, de l’impunité et de l’injustice. Il est grand temps de l’éradiquer.
Depuis décembre 2009, nombreux étaient ceux qui croyaient à la fin de ces fléaux, tares congénitales dans notre pays après la publication du rapport de Mohamed Bedjaoui ; mais le désenchantement, la désillusion demeurent, perdurent.
La condamnation de l’ex-président libérien, Charles Taylor, à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité, a été confirmée hier en appel par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), à La Haye (Pays-Bas). Il était accusé d’avoir soutenu des milices à l’origine de massacres, de mutilations et de viols lors de la guerre civile en Sierra Leone dans les années 1990 en échange de diamants notamment. Donc la peine est confirmée pour C. Taylor.
Pendant ce temps, les producteurs de violence courent toujours et continuent de bénéficier en Guinée d’une totale impunité, de promotions et tout est fait pour qu’un drap d’oubli soit jeté sur leurs méfaits. Au détriment du droit à la vérité, à la justice, à la réparation, à la réconciliation, à l'exorcisme de frustrations légitimes.
La violence politique et l'impunité demeurent les alliées des forces de la restauration, du déficit démocratique et du marasme économique qui sont des tares intimement liées.
« Quant à vouloir s’imposer à ses concitoyens par la violence, c’est toujours chose odieuse même si l'on se donne pour but de réformer des abus », disait Caius Sallustius Crispus dit Salluste le militaire et historien romain.
« La violence se manifeste toujours lorsque le pouvoir est menacé ou aux abois! », comme dirait l’autre.
Que Dieu préserve la Guinée !
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr
Paris, le 27 septembre 2013
VOS COMMENTAIRES | |
| Ibrahima Kalil | 27/09/2013 15:41:23 |
| M. Soumah est un océan de savoir. Une source de sagesse et d'information. Je voudrais seulement signaler que deux erreurs se sont glissées dans son présent texte: 1. "La femme est sacrée dans notre société : elle donne la vie et, d’après le Coran, « c’est aux pieds de sa mère que se trouve le Paradis pour son enfant méritant »; 2. "Pour tromper l'opinion nationale et internationale, les autorités d'alors avaient mis en place une commission d'enquête nationale ; mais elle n'avait jamais fonctionné faute de dotation financière de la part du gouvernement de Lansana Kouyaté, l’ancien Premier ministre de consensus". Pour le premier, je voudrais vous dire que la phrase entre guillemets n'existe pas dans le Coran. Elle est, à peu près, la traduction d'un hadith du Prophète PSL qui dit: " Le Paradis se trouve sous les pieds de mamans" (Aldjannatou tahta aqdaamil oummaahat). Pour le deuxième, je rappelle simplement que M. Lansana Kouyaté a été démis de ses fonctions de PM le 20 mai 2008. Meilleures salutations. | |
| Bokar B LY | 27/09/2013 17:20:42 |
| : « Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l'indifférence ou la résignation ». Ainsi parlait Lafayette.La guinée est un pays de l'indifférence et de la résignation.Sinon,ce ne sont pas les mêmes hommes et les mêmes pratiques qui survivront aux "changements" de régimes du PDG au CMRN à celui du RPG. | |
| Bangaly Traore | 28/09/2013 00:41:32 |
| Du courage les victimes un jour il aura la justice dans notre pays.En tout cas,l'eloignement physique du dictateur criminel Moussa Dadis etant un signal fort. | |