L'appel que Jacques lance doit s'adresser sans équivoque à tous les Guinéens comme il l'a toujours fait. La marginalisation de la Guinée-Forestière est une réalité de longue date à laquelle l'ensemble de la Guinée devra apporter des solutions.
En ce qui concerne cette région, j'ai toujours été étonné qu'on ait retenu le vieux vocable de la période de conquête coloniale de "Forestiers" pour désigner ses habitants comme s'il s'agissait d'une ethnie monolithique. Sans que cela apparaisse comme des manœuvres de division, il faut reconnaître que des aires culturelles parfois très voisines coexistent pacifiquement depuis longtemps, certes, mais avec des spécificités. Aussi, la désignation de Forestiers, m'est toujours apparue comme une désignation "résiduelle". La conquête coloniale, au cours de sa progression, a respecté ailleurs les appellations sous lesquelles les habitants se désignaient eux-mêmes : mandingues, peuls, soussous etc. Il existait des noms spécifiques sous lesquels les habitants de la région forestière se désignaient. Mais comme des résidus de la colonisation, on va leur appliquer l'appellation générique du couvert végétal de leur région. Pourquoi, n'a-t-on pas appelé les habitants de la savane :" Les Savaniers" ? C'est pour dire que dès l'origine, la désignation de Forestiers a une tonalité résiduelle et une connotation péjorative qui date de cette époque et qui, curieusement, a été conservée avec consciemment ou inconsciemment cette condescendance vis-à-vis du Forestier que d'ailleurs (il faut le reconnaître) la révolution du PDG a atténuée à sa manière. En Afrique comme en Europe, dans les contes pour enfants, le forestier, "l'homme des bois" n'a pas une image gratifiante. Dans ce qui est désigné aujourd'hui comme la Guinée -Forestière et qui englobe administrativement les territoires préfectoraux de Kissidougou, Guékédou, Macenta, Yomou, N'Zérékoré, Lola et Beyla, des espaces entiers échappent totalement ou partiellement à la zône proprement forestière (Beyla, Kissidougou ) mais il faut bien que les frontières administratives passent quelque part. La préfecture de Kérouané qui fait partie de la haute-guinée, faisait partie du cercle de Beyla de 1892 aux réformes administratives du PDG.
Pour la Guinée -Forestière actuelle, aux habitants de longues souches anciennes de la vraie partie forestière, de loin, les plus nombreux : Kpèles, Manons, Konos, Tomas, Kissis sont venus s'ajouter par vagues migratoires successives des Koniankés, des Tomamanias (Tomas-Malinkés), des Kourankos, tous d'origine mandingue. Plus tard, sous la colonisation, des commerçants Malinkés et Peuls sont devenus tous, au long des années des résidents permanents et donc des Forestiers comme d'autres venus d'ailleurs de Guinée sont devenus en quelque sorte Peuls, Soussous ou Malinkés au moins culturellement dans les régions respectives. Cette diversité doit conduire tous ceux qui vivent en Guinée -Forestière à collectivement se soucier de l'avenir de son développement économique et social.
J'indiquais plus haut ce qu'a de dévalorisant le vocable "Forestier", dans la bouche d'autres Guinéens et il ne s'agit nullement de quelque ordre de complexe que ce soit de la part des Forestiers mais des séquelles de la définition résiduelle de départ. Alors, on pourrait penser avec l'accord des Forestiers, quand la Guinée sera entrée dans la normalité des nations, à un changement de nom des Forestiers. D'ors et déjà, pourquoi ne pas suggérer aux historiens et géographes guinéens de réfléchir à une appellation consensuelle des habitants de la Guinée-Forestière à partir de sa situation au sud-est du pays ou de son histoire. Cette idée me vient en référence à des exemples d'ailleurs comme en France, ici, où des habitants ont débaptisé dans les années 60 des départements dont le nom remontait à 1790. L'ancien nom dont dérivait l'adjectif désignant les habitants était jugé dévalorisant.
On reconnaît aux Forestiers, en Guinée, des qualités d'hommes intègres, honnêtes, humbles mais ces constatations n'effacent pas chez certains d'entretenir des fantasmes et des légendes sur le Forestier. C'est pourquoi, je recommande plus haut que tous les Guinéens habitants de la guinée-forestière, de souches anciennes ou d'implantation récente de participer à la promotion de cette région. Les brassages de notre population entamés sous la colonisation et qui se poursuivent toujours doivent renforcer les solidarités régionales. C'est la raison pour laquelle, les appels qui doivent être lancés pour une région guinéenne ne doivent pas l'être en termes ethniques. L'enclavement et le retard de développement économique et social de la Guinée-Forestière doivent concerner tous ses habitants comme de tels appels devraient concerner tous les habitants des trois autres régions guinéennes.
Les intellectuels guinéens qui écrivent, doivent prêter une grande attention à ces problèmes. Ils peuvent être des émissaires positifs dans notre intégration nationale comme ils peuvent être des éléments désintégrateurs.
Je souhaite que ce soit les premiers qu'on entende plus.
Ansoumane Doré
Dijon, France
E.Mail: ansoumanedore@yahoo.fr

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