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Bon Diagnostic Monsieur le Président. Et maintenant quel traitement ?


  2013-11-10 19:50:51

« Ceux qui ont été victimes sur la  première République ont été bourreaux sur la deuxième République. Mais ce qui  est important aujourd’hui, c’est de rendre justice  à toutes les victimes et trouver les  moyens de réparer.

Il ne faut pas occulter une partie de l’histoire, mais assumer tous les crimes afin qu’on reconnaisse les torts et que les guinéens se pardonnent. »

"Pr Alpha Condé", président de la République

 Monsieur le Président comment voulez- vous que les guinéens reconnaissent leurs torts et se pardonnent sans s’expliquer ? Comment peut-on se pardonner sans se parler ?

Comment rendre justice aux victimes sans les identifier, surtout sans parler avec elles ? Comment éviter à notre pays d’autres bourreaux et d’autres victimes ?

  Un proverbe du pays dit bien :

« Lorsque la personne qui cherche une aiguille par terre met le pied dessus,  elle ne peut pas la retrouver ».

En marge de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO qui s’est tenue les 24 et 25 octobre 2013 à Dakar le Président Alpha Condé a réagi à la manifestation  des victimes des massacres du 28 septembre 2009 qui dénonçait la lenteur de la justice dans le traitement de leur dossier.

 Je le cite «  On parle de 28 septembre, mais en Guinée, il y a eu  1985, 20066 2007 avec  tous ces évènements, il y a eu des massacres. Moi je dis que la Guinée doit s’assumer, assumer son passé, son aspect positif comme son aspect négatif.

 Il s’agit de rendre justice aux guinéens. Un mort égal un mort. Ceux qui ont perdu leurs parents au camp Boiro, ou bien en 1985, 2006 ou 2007 ont les mêmes droits que ceux qui ont perdu leurs parents en 2009.

 Je ne veux pas être enfermé uniquement sur les évènements du 28 septembre. Il faut voir le problème de la guinée dans son ensemble. »

« Ceux qui ont été victimes sur la première République ont été bourreaux sur la deuxième République. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est de rendre justice  à toutes les victimes et trouver les  moyens de réparer.

Il ne faut pas occulter une partie de l’histoire, mais assumer tous les crimes afin qu’on reconnaisse les tords et que les guinéens se pardonnent. »

Lorsque j’ai lu cette interview  je me suis dit que : la Guinée est comme un grand malade au chevet duquel se trouve un médecin, en l’occurrence le Président de la république  qui décrit  les symptômes de la   maladie  mais malheureusement n’apporte aucun traitement !

Le médecin peut passer tout son temps à expliquer toutes les manifestations de la maladie au patient, mais tant qu’il ne lui applique pas le bon traitement le malade ne pourra pas guérir.

 A la lecture de l’interview, j’ai également envie  de poser deux questions au Président de la république :

 Première question : Monsieur le Président comment voulez- vous que les guinéens reconnaissent leurs torts et se pardonnent sans s’expliquer ? Comment peut-on se pardonner sans se parler ?

Deuxième question : Monsieur le Président comme vous dites : « ceux qui ont été victimes sous la première République ont été bourreaux sous la deuxième république » comment faire pour qu’il n’y ait plus en Guinée ni de bourreau ni de victime ?

Le pays a besoin d'explications sincères et véridiques sur son passé pour une réconciliation débouchant sur un vrai PARDON, ainsi nous  pourrons enfin tourner ces sombres pages de notre histoire,  nous ne pouvons plus continuer à faire la politique de l'autruche.

 La Guinée a besoin de la Vérité et de la Justice: l'Etat de droit, cela se fait dans la transparence pour pouvoir poser les fondations  d'une vraie Démocratie. Le président Alpha condé  parle des crimes politiques qui ont jalonné et continuent de jalonner  notre histoire. Mais ces crimes ne sont que des effets de la  mal gouvernance  du système totalitaire du parti-Etat avec le clientélisme, le népotisme, l’ethnocentrisme le régionalisme.

 C’est aussi : l’insécurité, la criminalité, la corruption, la confusion sans parler de la misère socio-économique et le manque d’infrastructures de base : eau électricité, réseaux routiers.

 Comme dirait l feu Pr Alfa I Sow (paix à son âme)

 «  Comme la société guinéenne est bien malade depuis des décennies, seule la Conférence nationale peut nous unir à nouveau après nous avoir réunis pour nous expliquer et discuter : oser nous regarder en face, savoir enfin ce qui  nous arrivé : promettre solennellement et collectivement que cela ne se reproduira plus jamais demander pardon aux familles et aux amis des victimes ; réparer moralement et se souvenir collectivement des crimes et forfaits commis….C’est cela la saine réconciliation, et la preuve que l’inoubliable horreur pourrait tout de même se pardonner. Ce serait aussi la preuve que nous voulons corriger, nous ressaisir et promouvoir notre pays dans le respect de la justice et du droit. »

Notre pays est ruiné et délabré avec un peuple éclaté en ethnies rivales et opposées les unes aux autres, une société en pleine décomposition culturelle et morale, des populations malheureuses et humiliées réduites à la débrouillardise.

L’histoire politique  postcoloniale de la Guinée  a toujours été  marquée par la violence, et tout laisse à penser que cette violence fait désormais  partie de la culture politique du pays.

 Le Président de la république dit lors de l’interview :

 «  Nous avons mis en place un tribunal qui étudie les dossiers et lui donnons tous les moyens. Mais nous nous penchons sur l’ensemble des problèmes dont les guinéens ont été victimes. »

Le système de parti-Etat dont a hérité le RPG et qu’il veut perpétuer est basé sur   l’impunité, l’injustice, l’arbitraire, surtout l’absence de l’Etat de droit, car tout le monde sait que la Justice n’est pas indépendante dans notre pays.

Est-ce possible de construire un immeuble de plusieurs étages sur du sable sans aucune fondation? Qui peut sérieusement prétendre faire  un  Etat de droit ou à plus forte raison une  Démocratie dans un système totalitaire de parti-Etat?

C’est totalement illusoire de dire qu’on veut faire une démocratie pluraliste sans Etat de droit, comme c’est aussi illusoire de prétendre faire un Etat de droit sans justice, mais il ne peut y avoir de justice sans vérité.

C’est pour cela que le Pr Alfa I. Sow (paix à son âme) a écrit en 1991 :

 « Dans la situation politiquement ingérable et bloquée où se débat la Guinée d’aujourd’hui, la Conférence nationale souveraine s’impose comme procédure incontournable d’instauration de la démocratie véritable. »

« Seule la conférence nationale nous donnera l’occasion de nous débarrasser d’un passé de  haines et d’humiliations, pour remettre notre pays sur la voie du changement, de l’unité véritable et du travail….. En définissant les nouvelles règles du jeu démocratique, qui ne peuvent être des règles octroyées, elle nous permettra de jeter les bases d’un nouveau contrat social…. La CN  nous engagera aussi bien devant notre peuple que devant le monde à renoncer définitivement aux mauvaises habitudes de notre passé. »

Si le Président veut réellement ;

 « Voir le problème de la Guinée dans son ensemble, et se pencher sur l’ensemble des problèmes des guinéens et rendre justice à toutes les victimes » 

Il lui reste une dernière chance  que lui conseillerait feu son frère et ami le Pr Alfa I. Sow (paix à son âme) :

« Convoquer une conférence nationale des forces vives du pays pour dresser ensemble un état crédible des lieux, s’entendre sur le diagnostic, le bilan, les projets, les idées  et les personnes, s’entendre sur la nature, les caractéristiques et la durée de l’effort et des sacrifices à demander au pays. »

Vive la Guinée

Vive la Paix

Dr.B. Diakité


 

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VOS COMMENTAIRES

Thierno A DIALLO11/11/2013 05:45:35
Bakary Diakité est "formidable". Il est probablement l'un des rares guinéens à donner "raison" à celui qui tue la Guinée par tous les moyens. Comportement assez commun chez certains intellectuels de la Haute-Guinée: une incapacité à dénoncer clairement ce qui ne va pas.
Le problème de la Guinée, ce n'est pas de nous "pardonner", mais de dire le Droit. Vous le savez bien, vous qui vivez en Europe. Pourquoi le droit fait-il si peur à certains, et jusqu'à quand?
Cessez de tromper avec ces histoires de "Conférence nationale des forces vives".
C'est cela tendre un verre de thé à quelqu'un qui se noie.
Etre à la Présidence est une chose, y être légitime est autre chose. Même après la plus régulière des élections, cela se mérite.
Dommage Diakité, on comprend bien qu'à ce niveau vous faites exprès de vous moquer de la souffrance des Guinéens.
malick sakho11/11/2013 07:43:14
oui c'est normal de rendre justice, mais c'est le bon dieu seul qui peut juge un cadavre. les juges de guinee ne son pas bon dieu pour faire ça. respecton la lois et la stabilite sera eternel dans votre pays la guinee, si non nous on va prandre notre guinee forestier. notre l'independen est tout possible.
Barros Diallo11/11/2013 15:00:16
Dr Diakité voudra bien nous expliquer comment quelqu'un qui a été TUÉ par la 1ere République a-t-il pu devenir bourreau sous la suivante. Je le dis tout de suite, je ne crois pas aux zombies ni aux revenants.
En reprenant ces maximes genre « victime devenu bourreau », on ne risque pas de faire mieux que le CMRN avec ce bavardage (conférence) national : faire chanter « unité nationale » et clamer partout que « tous les Guinéens sont coupables et victimes » . Mais alors pourquoi parler de reconciliation dans ce cas ?