2008-07-01 13:43:15
Depuis un certain temps, fleurit sur le net guinéen une "nouvelle race" de critiques. On pourrait dire d'opposants "féroces" à Lansana Conté. C'est vrai qu'il faut faire bouger les lignes, tout le monde est d'accord sur ce point. Mais enfoncer des portes ouvertes emmène, comme dans la pièce de Corneille, le Cid, à un "triomphe" sans gloire.
Vous avez compris que nos critiques, sous leurs oripeaux de grands révolutionnaires (de salon), évitent sans exception, de remettre en cause l'ex-premier ministre Kouyaté (cela ne se fait pas, ceux qui s'y essaient sont traités d'ethno, le mot à la mode), ou ne lui retiennent que des peccadilles. Il ne faut surtout pas retracer l'origine bien connue de toutes nos dérives, initiées par "le père de la nation", l'illustre Responsable suprême. Car là aussi, nos chers grands connaisseurs soutiennent mordicus que ce premier "président" était d'une magnanimité et d'une probité sans faille. Parmi eux, se trouvent ceux qui affirment, sans sourciller, pouvoir prouver que tous les morts des années de plomb étaient coupables. C'est mieux que les jugements des membres du "tribunal révolutionnaire", à sessions nocturnes, sans appel, de très sinistre mémoire, et dont certains membres tiennent toujours le haut du pavé à Conakry. Ou des discours incitatifs, du type" Egorgez-les, et rendez compte !" dont l'auteur, pour ceux qui "oublient", était justement le "Serviteur Suprême du peuple, l'absolu stratège président "Ahmed Sékou Touré. Avoir la mémoire courte, ou très sélective, ou pas du tout, telle est la question, pour paraphraser Shakespeare.
Leur argumentaire peut se résumer ainsi :
- Sékou l'homme providentiel, seul artisan d'une indépendance arrachée de haute lutte.
- Comme un chevalier du moyen âge, il a défendu la veuve, et l'orphelin.
- Les personnes qu'il a joyeusement massacrées étaient toutes coupables de félonie.
- Les tribunaux révolutionnaires (un national et plusieurs régionaux) ont fait un remarquable travail de salubrité publique.
- Il a conduit une remarquable politique de développement humain et social, qui place aujourd'hui notre pays dans le peloton de tête des pays les plus développés.
- Nous devons oublier les quelques rares fautes commises, car on ne fait pas d'omelette ans casser des œufs. Cela fait si longtemps qu'il ne faut plus en parler, sauf si l'on est rancunier sans espoir.
- Nous avons très démocratiquement un seul droit, celui d'encenser Sékou, et de blâmer Conté, autrement nous sommes voués aux gémonies, traités d'anti-guinéens (cela doit vous rappeler quelque chose.)
Si Sékou a effectivement "défendu" la veuve, c'est presque toujours après avoir massacré l'époux, et accessoirement l'orphelin. Le peuple dans son optique ne pouvant être constitué que de "militants du PDG" ou "miritant" = "ceux qui ne réfléchissent pas", en langue mandé, comme le raillaient les habitants de la Haute-guinée. Ou de "militants en uniforme", plus simplement des militaires, l'armée actuelle en étant une parfaite illustration. Il se trouve encore des personnes qui se posent des questions sur l'origine du comportement de "nos" vaillants soldats.
Derrière toute cette agitation de nos néoconservateurs (néo-cons, pour faire court) se dessine en filigrane le groupe très rancunier des Kouyateistes chroniques, toujours non consolés de la chute de leur champion, assommés de ne plus avoir et, plus grave, de ne plus être des références. Sans oublier tous les nostalgiques PDGistes, en réalité craignant le jour ou leur participation peu glorieuse aux années de plomb sera mise sur la place publique. Dans ce bataillon on n'oubliera pas les anciens et nouveaux enrichis, sur la misère des guinéens. Le pays change, mes bons messieurs, lentement, certes, mais sûrement, ils le savent, et en ont peur. C'est à dessein que je n'emploie pas le terme "peuple", tellement galvaudé par des politiques médiocres que tout le monde s'en méfie.
Le vrai et grand danger vient du fait que les néo-cons, porteurs d'œillères, se posent en champion d'une supposée ethnie brimée, ou de "Forestiers", ce terme révélateur d'un mépris non déguisé à l'égard de plusieurs de nos compatriotes. Il faut malheureusement constater que leurs arguments vénéneux parviennent à convaincre certains concitoyens. Car se sont de véritables empoisonneurs de conscience. D’où les innombrables écrits, réduits à une vision arithmétique du gouvernement Souaré, ressassée jusqu'a plus soif. Les momies politiques du genre gualéma Guilao (à l'occasion autoproclamé Professeur des universités) sont retirées de leur placard, soigneusement dépoussiérées, astiquées et remises en circulation, après un léger cirage au pseudo-bon sens.
Leurs jeux et combines à la petite semaine ne trompent personne, et ne convainquent que les "déjà convertis" à la chapelle de l'intolérance. Le jour ou notre état sera redevenu de droit, les tribunaux se chargeront de dire la vérité, pas celle du "ministre" Gualéma et autres, comme si justement définie par l'un des rescapés du Camp Boiro.
Le très honnête Sékou, qui ne citait jamais l'origine de ses emprunts (dans le cas d'espèce Abraham Lincoln), répétait souvent : On peut tromper tout le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps, mais jamais tout le peuple tout le temps. En oubliant que ceci était valable pour lui aussi. Non néo-cons seraient bien inspirés de ne pas l'oublier.
Thierno A. Diallo médecin
thiernoad@hotmail.com

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