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Réaction à Mr Guilavogui

De Ibrahima Diallo- Ollaid


2008-07-02 22:02:06

Suite à l’intervention écrite de Mr Guilavogui, nous allons réagir sous forme de débat d'ensemble au lieu de répondre point par point, ce qui réduirait l'intérêt pédagogique de l'ère "sekoutouréenne ". Nous lui rafraîchirons la mémoire et préciserons certains points exagérés au delà du raisonnable. Notre réaction ne sera pas académiquement structurée tant il y a des choses à dire de façon instinctive.

Tout d’abord, le débat sur l’indépendance est falsifié et historiquement arrangé : Mr Guilavogui nous dit bien que le PDG était membre du RDA, ce qui est vrai. Mais alors comment explique t-il que Sékou Touré se soit désolidarisé de la consigne du mentor du RDA, Houphouët-Boigny, de voter "oui" ? Tout porte à croire qu’il est plutôt monté dans le train majoritaire du "non " et a fait de la récupération politique : c’est l’explication la plus logique.  Et puis quelle fierté excessive à avoir pour une indépendance offerte sur un plateau, juste un référendum, comparée à celle de la Guinée Bissau où elle a été arrachée dans la douleur. Nous savons tous que c’était une promesse de la France pour notre effort de guerre (1939-45). Comme tout les pays africains francophones, avec où sans Sékou Touré l’indépendance serait venue ! Tous les ressortissants des ex colonies ont désigné un des leurs lettré en français pour diriger le pays à la place des colons : s’il ne s’appelait pas Sékou Touré, il aurait pu être Diané, Barry ou autres ; pour preuve, Albert Bernard Bongo a même été envoyé en France faire son stage de président (sic) pour succéder à Léon Mba au Gabon. En résumé : la lutte d’indépendance a été plus une bataille collective sous régionale comme l’atteste des structures comme le RDA que le fait d’un seul homme : vous citez vous-même Madeira Keita du Mali que Sékou Touré a remplacé.   A  l’image de Cabral ou Mandela, citez moi les sacrifices et souffrances physiques (car mentales, lui seul pouvait le dire) de Sékou Touré pour lui valoir tant de gloire. Il est connu que toute nation a besoin de s’inventer des héros pour son orgueil national mais sachons garder le triomphe modeste. Et nous exagérons le mérite d’avoir été indépendant en 1958 alors que le Ghana l’a été en 1957, le Maroc et la Tunisie en 1956. Et si c’était un critère de progrès ou un avantage, Haïti (indépendant en 1804, première république « noire » du Monde) serait le/la plus avancé(e) de nous tous !   Le plus important n’est pas la liberté de décider de son destin mais c’est ce que les pères de l’indépendance en ont fait une fois libres, eux mais manifestement pas le peuple.  Sékou Touré a certes été victime du racisme du Général De Gaulle – qui n’a pas supporté qu’un Africain lui parle de la sorte- mais cela ne peut justifier sa dictature.  En Afrique, il y a eu des patriotes comme Senghor qui a initié un début de démocratie volontairement et Houphouët-Boigny qui a instauré une dictature éclairée non sanglante pour le développement de son pays ; et ceux comme Sékou Touré qui ont asservi leur peuple pour se maintenir au pouvoir sans développement, sans démocratie ; rien que souffrances et deuils : vrai ou faux ?  Regardez les populations du Pays, ont-elles été heureuses depuis 1958 ? Combien de familles ont perdu leurs  membres tués par leurs propres compatriotes ?  Combien sont devenus orphelins à cause du PDG?  Encore une fois : souvenez vous de l’état du pays et de celui du peuple/des habitants en 1984.  Pour aller à Kindia à l’époque il fallait emprunter le bas-côté de la route en voiture ; et pour Labe, n’en parlons pas : le goudron était parti et la voie était faite de cratères!  Si vous avez oublié, regardez encore les archives. Est-ce un héritage dont quelqu’un peut être fier ?

Quant à la culpabilité des victimes de Sékou Touré, demandez aux survivants comme Mr Alseni Gomez, Mr Portos, le "Vieux " Cellou Dalein et bien d’autres s’ils étaient coupables ou impliqués dans un quelconque complot. Ils sont vivants, ils ou les journalistes pourront les faire réagir.

Quant aux luttes de libération, en homme politique intelligent, Sékou Touré a très tôt compris qu’il fallait se faire passer pour un freedom fighter pour rompre l’isolement, être populaire, recevoir l’aide et surtout l’appui protecteur du camp opposé aux Occidentaux, l’URSS et ses alliés : ça ne coûte rien ; que des discours démagogiques pour abrutir les citoyens et utiliser la " révolution" comme opium du peuple ( il n'a pas lu Karl Marx pour rien, la religion peut être remplacée par quelque chose d'autre). Comment pouvait il libérer d’autres populations alors qu’il embastillait la sienne ?  Les Guinéens pouvez t-ils sortir et rentrer librement ? Non !  Les gens pour aller dans les pays environnement étaient obligés de prétendre d’aller à Bamako, d’où ils se cachaient pour aller ailleurs clandestinement. Un habit mentionnant Abidjan ou Dakar pouvait vous conduire au Camp Boiro.  Siaka Touré ne montait il pas dans les avions en escale à Conakry à la recherche d’éventuelles victimes ? Bien sûr que oui ! 
Quant au "syli", l’éléphant, tout comme Hitler n’a pas inventé la croix gammée, le symbole a été détourné pour servir de sigle identifiable au PDG et à Sékou Touré après l’indépendance : ne nous faites pas croire que sa résurrection et son emplacement sont fortuits.  nous ne sommes si nigauds !  Pourquoi se faisait il appeler "le grand Syli" alors ? Au passage, silly en anglais veut dire stupide.

Mugabe est un très bon exemple, il pourrait s’appeler Sékou Touré, vu que ce sont des Occidentaux qui ont servi de facteur déclenchant de leur folie despotique: il a été préféré aux autres combattants par les Zimbabwéens ; il avait bien commencé et sous prétexte d’hostilités occidentales, il est prêt à violer toutes les lois et droits de l’homme pour rester au pouvoir et faire souffrir son peuple : ce qui compte c’est lui, son clan et son orgueil.  Le passé d’un homme lui donne t-il tous les droits, surtout d’avoir le monopole du pouvoir ? Encore une fois, Mandela aurait pu faire comme eux et s’installer à vie à la présidence et se venger de tout ce dont il a souffert. Eh non ! Mandela est un vrai patriote, pas un démagogue profiteur.  Malheureusement le Zimbabwe comme la Guinée ne commenceront à connaître une paix sociale et la réconciliation nationale qu’au fur et à mesure que la génération complice de ces dictateurs disparaîtra : la majorité d’entre eux lient leur progrès social au despote sans lequel ils pensent, à tort, qu’ils seraient restés de simples citoyens ou de "seconde zone".  Pas étonnant donc qu’ils lui soient dévoués même après sa mort: ce n'est pas de la fidélité, c'est tout simplement de la délusion !  Mr Guilavogui aurait dû s’étendre sur la manière dont le pays a été gouverné, l’éducation, la santé et surtout le bien-être général des Guinéens sous son idole. Quel bilan peut il en tirer ?  N’oubliez surtout pas que les archives sont là et que les mémoires ne sont pas toutes séniles encore.  Nous répétons encore une fois: si Sékou Touré avait été exemplaire, le Pays ne serait pas aussi divisé sur sa personne comme au Chili!  Dans la sous-région, la Guinée est le seul territoire où le "père de l’indépendance" ne fait pas l’unanimité. Pourquoi ?     

Chacun et surtout les jeunes pourront tirer eux-mêmes leur conclusion en comparant nos interventions et éventuellement mener leur propres investigations.  Nous restons ouverts au débat dans la cordialité et la sérénité.

Ibrahima Diallo- "Ollaid


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Solo Keita05/07/2008 22:53:20
Monsieur Diallo,
je vous félicite pour la lucidité et la solidité de vos arguments! Seuls les frustreux de perdre un pouvoir clanique voudraient voir en Sékou Touré un héros ou type à respecter en Guinée qu'il avait transformée en grande prison. Tout le pays était une prison. Le camp boiro n'était qu'un centre de torture.