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2014-02-02 17:36:13
Bref conte réaliste sur les tribulations grotesques du pouvoir de Conakry. Toute ressemblance avec des faits et situations vraies est volontaire.
Attiré par l’odeur de l’argent et la soif de pouvoir, un Étranger grimpeur, un marginal sans scrupules sorti d’on ne sait où, attaque en Juin et Décembre 2010 des bandes rivales qui se disputent la suprématie de la mainmise sur une contrée qui regorge de pierres précieuses et d'importants gisements de minerais de toutes sortes.
Notre Étranger grimpeur, plus culotté que ses concurrents, caressait malicieusement le désir de devenir le sheriff du Comté, afin de faire mains basses sur les richesses de cette localité. Il entreprend alors une guerre féroce, sans merci, contre ces bandes rivales en semant la terreur et la zizanie entre elles.
D’après un des chefs de bande capturé avant d'être apprivoisé, l’homme est rusé et dangereux car il n’en est pas à sa première tentative.
Pour faire diversion, l'étranger se présente alors aux habitants du comté comme étant lui-même un authentique et fervent défenseur du faible et de l’opprimé, parce que lui au pouvoir, il ferait du bien et rendrait justice. Il déclara même qu’il serait le « neveu » des Sousous alors qu’il n’y était pas obligé. Avait-il quelque chose à cacher ? La question mérite d’être posée.
Pour parvenir à ses fins, il utilise d’abord le N° 3 de la bande pour trucider le N°1 avec la complicité du bras droit de ce dernier, évaporé depuis, dans la nature malgré la traque des affidés du N°1 qui comptent bien lui faire la peau.
Dans ce tohu-bohu généralisé le N°3, coiffe au poteau le N°2 et s’accapare du fauteuil de sheriff et dit gérer provisoirement le comté. Il en profite pour vider complètement les caisses. Plus un sou, il rafle tout et racle même les fonds des caisses. Il attaque toutes les diligences.
Le N°3 aussi est un fourbe, un retors tout aussi notoire qui pense être plus rusé que tous.
Mais l’Étranger a plus d’un tour dans sa besace. On n’apprend pas à un vieux singe à faire de la grimace.
Toujours est-il que les amis de l’Étranger qui convoitent les minerais du comté convainquent le N°3 moyennant beaucoup d’argent, de confier alors les rennes du pouvoir à leur ami. Ce serait provisoire lui dirent-ils. Le temps que tu te fasses la main car tu es encore jeune et notre ami lui n’a plus le temps. Il est vieux et handicapé, ses jours sont comptés.
D’ailleurs tu occuperas le poste stratégique de Général en chef des forces de Pillards que tu connais bien.
Après moult tractations, le Comté tombe entre les mains de l’Étranger. Il a enfin réussi son tour de passe-passe à 75 ans. Il a enfin un CDD (contrat à durée déterminée). Il lui faut cependant un CDI (contrat à durée indéterminée) qu’il veut à vie, car il a 50 ans de galère à rattraper.
Première mesure de l’Étranger : le N°3, pour service rendu, est exilé dans une contrée lointaine, très loin de ses bases. Et pour couronner le tout ses affidés sont pourchassés et ceux qui ont eu la malchance de tomber entre les mains des sbires de l’Étranger, sont ligotés et exécutés comme des bêtes sauvages.
Pensant pouvoir museler son « Comté » et ses autochtones, il inventa en juillet 2011 une « attaque » contre sa propre demeure afin d’accréditer la thèse d’un complot qui viserait à le renverser. Il fera arrêter, emprisonner, torturer des dizaines de jeunes autochtones (hommes et femmes, militaires et civils). L’auto-attentat, c’est sa seule réussite dans son Comté.
Tous ceux qui l’ont approché, de près ou de loin, vous le diront. Son parcours est jonché de cadavres de ceux qui lui ont toujours porté assistance pour l’aider à sortir des sentiers battus. C’est un ingrat notoire, sauf pour quelques affairistes que chaque autochtone du Comté connaît.
Avec ses amis, l’Étranger se lance dans une exploitation effrénée des minerais. Il faut faire vite, car ils savent que ça ne peut pas durer longtemps. Le Comté est hypothéqué, tout est à piller. C’est la ruée vers l’or avec tout ce que cela peut comporter comme conséquences pour l’avenir du Comté. Mais l’Étranger n’en a cure.
Les anciennes exploitations minières sont rétrocédées à des bandes armées pour quelques poignées de dollars.
Les nouveaux conquistadors créent de nouveaux saloons. L’alcool coule à flots, c’est l’un des péchés mignons de l’Étranger.
Mais le N°3 n’a pas accepté d’avoir été roulé dans la farine. Il fait la tournée des contrées voisines en espérant trouver une oreille attentive, peine perdue.
Partout on lui dit que celui qui sème le vent, récolte la tempête. Il apprend à ses propres dépens qu’il ne faut jamais confier sa chèvre à une hyène même si elle n’est pas affamée, à plus forte raison.
Eh oui ! Ainsi va la vie.
Malgré ses immenses richesses, les habitants du comté sont toujours de plus en plus pauvres et les soudards armés de l’Étranger sèment la terreur et la désolation sur toute l’étendue du Comté. Leur tragédie continue inexorablement.
Pris dans l'ivresse du pouvoir, l’Étranger grimpeur tente vaille que vaille de prouver aux habitants que tout va bien dans le meilleur des mondes. Il pense maîtriser la situation.
La fête de la Saint Sylvestre fut l'occasion rêvée pour lui et ses hommes liges de montrer ce qu'ils sont réellement : des guignols.
Dans un de ses saloons préférés, il dit aux habitants :
« Que voulez-vous de plus ? J'ai réalisé toutes mes promesses. La vie est belle non ! Votre comté est devenu un paradis sur terre ».
Dans l'euphorie il lance :
« Nous allons trinquer et danser. Alors musique ! ».
En bon noceur, il ouvre le bal. Il se déhanche comme un jeune de vingt ans. Des hourras surgissent de partout :
Bravo! Dja Mansakè koussa döna (bravo ! le chef sait danser).
« Silence, dit-il. Que croyez-vous ? Je suis et je resterais toujours un goby khamè ».
Et ainsi va la vie.
L’Étranger grimpeur prouve ainsi qu'il est un artiste truand mytho mégalomane. Alors que la descente aux enfers se poursuit, il trouve encore le temps de pérorer :
« C’est dans un climat de paix et d’unité nationale que s’achève pour votre Comté, l’année 2013… »
Il aurait dû ajouter par tautologie : « Circulez, il n’y a rien à voir. Ma médiocrité, ma fourberie, ma méchanceté sophistiquée et mes mensonges éhontés me rendent heureux, ils m’ont permis d’être aussi riches que Crésus et de garantir l’avenir de mon providentiel fils et de tous mes descendants. Il appartient donc aux habitants de ce comté devenu ma propriété privée, soit de profiter de mon système en picorant les miettes qui m’échappent dont j’ai de la peine à récupérer, à cause de mon lumbago, soit d’aller chercher leur pitance quotidienne ailleurs. »
Nous sommes vraiment dans le FAR WEST. Pour consolider son pouvoir, en bon petit futé l’Étranger crée de toute pièce une association hétéroclite d’anciens et nouveaux détrousseurs du Comté à la tête de laquelle il intronise le plus âgé, le plus petit, et le plus rusé du redoutable gang des FRERES DALTON : JOE DALTON, Fori Kori.
Dans cette ambiance délétère, il fait appel à CALAMITY JANE, la Tantie Nantou du comté, pour ligoter les râleurs de son propre camp.
Ah ! Bravo, l’artiste ! Bien joué, le casting était presque parfait.
Il croit avoir réussi le coup parfait. Le coup de sa vie. Il entend alors aller jusqu’au bout de son aventure.
Acrobate et audacieux, assis sur plusieurs chevaux à la fois, le terrible Étranger les fait galoper en même temps. Mais arrivé à la fin les chevaux s’écartent, c'est alors l'inévitable chute vertigineuse.
Là, tout bascule. Et sa tragédie commence.
Dr. Abdoul Baldé Rouen (France)
VOS COMMENTAIRES | |
| SADIO BARRY | 02/02/2014 22:07:16 |
| Docteur Baldé, merci ! C'est triste mais j'ai tellement ri que j'ai mal au ventre!!!! Si vous étiez philosophe ou écrivain, vous seriez un des meilleurs au monde. | |
| Babafouta | 02/02/2014 23:51:01 |
| DR BALDE ,à la lecture de votre article je pense à WILLIAM SHAKESPEARE dans LE ROI LEAR " AU PLUS HAUT, UN ROI. AU PLUS BAS, UN BATARD.LE ROI SE TIENT AU CENTRE ET AU COEUR DU PAYS;LE BATARD A GRANDI A L'OMBRE ET A L'ETRANGER.UN JOUR,LE ROI DECHIRE SON ROYAUNE ET JETTE SA COURONNE A TERRE.QUE S'EST-IL DONC PASSE ? C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles " | |