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Tabou politique, C’est notre tour


  2014-02-06 23:34:45

Permettez-moi  d’abord de faire la remarque suivante: «Tout manque d’alternance  politique conduit à des imbécilités ».

Qu’on me qualifie d’ethnocentriste ou d’ethnophobe qu’importe. Ce n’est pas par méchanceté ou par jalousie, mais je persiste et signe qu’il est nécessaire d’avoir un certain équilibre communautaire et régional au niveau des grandes institutions de l’état, exclure d’emblée une communauté ou une région du partage des grands postes de responsabilité de l’état n’est pas seulement un fait regrettable, mais c’est un acte scandaleux. Dans une Guinée auto-fragilisée dans ses contradictions et avec une population enfoncée dans de frustrations excessives, un pays désorientée par des crises relationnelles intercommunautaires et une Guinée qui survit, non par le salaire, par la redistribution, plus le recrutement du personnel de l’état est large, plus la société s’y reconnait. Et ceci est une question vitale pour le pays.

Lors d’une campagne politique déclara feu Bah Mamadou « c’est notre tour ». Cette déclaration du politiquement incorrect brisa un tabou en son temps. Au  vu et au su de tous sur les dérives de la gestion actuelle des grandes institutions du pays, je me demande où sont passées les consciences nationales et les critiques acides des pan-régionalistes contre l’esprit de la thèse de feu Bah Mamadou ? 

Il est temps de lever l’hypocrisie sur le tabou répondant au nom „c’est notre tour“. Finement le gros  des politiques  agissent plus tribal que national. Les partis politiques et les hommes politiques cultivent plus le mythe du clan communautariste chez leurs militants et sympathisants et, ils les éduquent moins à la démocratie en devenir. Au lieu d’éclairer la population sur la notion de démocratie, ils l’égarent de plus. D’ailleurs aucun parti ne tient un congrès pour renouveler démocratiquement ses instances du parti. Dans ces conditions il ne faut pas se lamenter, si la population suit cette défaillance politique pendant les élections. Car ce stratagème de pièges politiques contribue à l’extrême vulnérabilité des populations.

J’observe que les partis politiques et les hommes politiques intègrent la stupidité de leur électorat dans leur stratégie. Il arrive même que cela constitue l’Alpha et l’oméga de leur stratégie de conservation ou de la conquête du pourvoir. Aucun des politiques ne critique cette niaiserie tactique, ni même ne le dénonce chez les parties adverses. C’est pourquoi, il faut bien parler d’un tabou politique.

Pourquoi ce tabou du politiquement incorrect se brise peu à peu aujourd’hui?
Depuis la mise, par le régime Condé, en application du partage des importantes institutions républicaines qui privilégie trois régions au désavantage de la quatrième région, (la présidence pour la haute Guinée, la primature pour la basse Guinée et l’assemblée nationale pour la Guinée forestière et rien pour le Foutah), le tabou du politiquement incorrect a volé en éclat avec Alpha Condé. Le modus vivendi reposait autre fois sur l’équilibre des régions dans le partage du pouvoir.

Quelles sont les conséquences de la brèche d’un tel Tabou ?

Elles sont énormes dans un pays comme le notre. La conséquence principale de cette situation est le développement de doctrines paranoïaques. Pour cela des forces maléfiques et cachées sont mises en pratiques pour ourdir des concepts de complot et de confrontations fratricides, pour élaborer la théorie de misère organisée par les autres ou par les anciens premiers ministres. Il n’ya pas de discussion sur les valeurs et sur des programmes de société. La stratégie de ma propre communauté, doit s’affermir sur les autres, est mise en action. Et même l’ennemi venant de l’extérieur est vu comme de moindre souci qu’une communauté autre que la mienne vienne au pouvoir. Pauvre de mon pays !

Quel paradigme faut-il utiliser pour répondre au tabou de la ruse ethnique ?
En tout cas le paradigme créatif du gouvernement de copains et coquins a créé plus de mécontents dans le partage du gâteau de pouvoir. Pour des raisons diverses, bon nombre de guinéens commencent à s‘affranchir de leurs passivités pour ne plus accepter que le pays soit gouverné, sans résistance, par une caste d’oligarques. Ils revendiquent un paradigme d’une République méritocratique, où chacun a sa chance, et, indépendamment du genre et des provenances régionales, des origines communautaires ou religieuses. Il faut supprimer la structure politique basée sur le paradigme ethniciste de gouverner.

La nomination du nouveau gouvernement a réveillé des jugements qui s’étaient tassés jusqu’ici même au sein du parti présidentiel. Lorsque le partage du pouvoir se fait sur des bases irrationnelles, la moindre omission des uns ou des autres est considérée comme un casus belli. (Voir la réaction des jeunes du RPG de Conakry et les remous au sein du parti présidentiel à travers la Guinée profonde). Le président doit savoir que son droit à l’erreur s’épuise peu à peu même au sein de son clan.

Monsieur le président, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ce n’est pas pour les communications verbales, mais pour les nominations. La distribution de postes a entamé plus vite le capital de confiance du président que ne l’ont fait les circonstances de son élection en 2010. Les communicants ne peuvent pas remplacer le charisme, le parcours, la réputation de la fermeté contre l’injustice et le sens de responsabilité.

L’état guinéen est plus que la somme des régions et de ses contradictions inter-, et intracommunautaires. Le gouvernement de la république a le devoir de faire, sans discrimination, l’intégration de tous les citoyens avec leurs différences, en un grand ensemble unitaire pour le développement équilibré du pays. Nous devons refuser l’incohérence savamment mise en scène, qui consiste à confondre le politicien d’une communauté à la communauté d’un politicien. Car, en dehors de la politique, les relations séculaires entre toutes les communautés restent encore intenses et toujours saines.

Moussa Bella Barry


 

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