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2014-02-07 06:45:56
Nous allons aborder le problème sous l’angle d’état des lieux avec l’utilisation d’un outil bien connu des spécialistes de l’étude diagnostique et de l’évaluation. Il s’agit de la grille AFOM (1) qui permettra de mettre en évidence la situation réelle du secteur d’approvisionnement en eau potable de la Capitale. Deux facteurs (internes et externes) seront étudiés selon qu’ils soient liés ou non à la société SEG (2) en charge de la production et de la distribution de l’eau dans les centres urbains guinéens.
Même si la problématique de l’accès à l’eau potable est nationale, dans cette analyse nous nous limiterons à Conakry pour mesurer avec précision le degré de déficit du secteur mais aussi en analyser les causes et tirer une conclusion.
Tout d’abord, il faut préciser que la situation difficile de l’accès à l’eau potable n’est ni nouvelle ni spécifique à la Guinée. Mais le manque de volonté politique des gouvernements successifs de notre pays aggrave encore plus une situation déjà difficile.
Et pourtant, depuis le 28 juillet 2010 date à laquelle l’Assemblée Générale de l’ONU (3) a adopté une résolution reconnaissant l’accès à l’eau potable et à l’assainissement un caractère de droit fondamental, ce manque de volonté politique constitue une violation de droit de l’homme. Si cette résolution onusienne ne fait pas encore bouger les choses à cause de son caractère non contraignant, nos dirigeants politiques devraient mesurer l’importance de l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le processus de développement de nos pays et évaluer les conséquences de son déficit. L’enjeu est majeur d’autant plus que chaque année, le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement cause la mort d’environ 3 millions de personnes dans le monde (soit l’équivalent de toute la population de Conakry) et d’un enfant toutes les 3 secondes. Selon les statistiques de l’OMS (4) l’utilisation d’eau non potable ou polluée entraîne la prolifération de maladies hydriques (diarrhées, des diphtéries ou des épidémies de choléra) et tue chaque année plus que le sida, la tuberculose, le paludisme, la rougeole, les accidents de la route ou les guerres.
Selon les estimations (très contradictoires en fonction des sources), la population actuelle de Conakry et ses Environs est évaluée aux alentours de 3 600 000 habitants. Si on estime la norme de besoin en eau par habitant dans des régions à faible niveau de développement économique comme la Guinée à 75 litres par jour et par personne, le besoin journalier actuel de toute la population de Conakry sera de 270 000 m³ par jour. Or la capacité de production actuelle d’eau pour Conakry est de 164 000 m³ par jour. Autrement dit, il y a actuellement un déficit de 106 000 m³ d’eau par jour sans compter les pertes sur le réseau !
A l’horizon 2030 c’est-à-dire dans 16 ans, lorsque la population de Conakry aura atteint 5 800 000 habitants, les besoins journaliers en eau avoisineront 500 000 m³ par jour. Soit 3 fois la capacité de production actuelle. Si rien n’est fait maintenant, nous allons droit dans le mur.
Pour pallier à ce déficit il n’y a pas cinquante solutions. Il faut des investissements certes importants mais indispensables au risque de fragiliser considérablement le développement économique de la capitale, moteur de l’économie nationale, et de mettre en danger la santé de millions de citoyens.
Malheureusement, face à un tel défi la solution trouvée par les autorités guinéennes actuelles consiste à acheter de petits équipements pour faire du water trucking (c’est-à-dire la distribution d’eau par camion-citerne) dans les quartiers. Ce dispositif est utilisé pour des interventions en urgence humanitaire (cas de catastrophes naturelles, de conflits armés, de guerres civiles, etc.) pour une courte période mais en aucun cas en développement compte tenu de son coût exorbitant et de son impact dérisoire. L’autre solution de bricolage tout aussi dérisoire consiste à aménager des forages en pleine zone urbaine et à faire du délestage pour fournir les populations alternativement un jour sur deux.
Ce déficit en eau potable de la capitale guinéenne est d’autant plus incompréhensible que le pays regorge d’immenses potentialités rendant les coûts de construction d’un système complet d’approvisionnement en eau potable moins onéreux que ceux de la plupart de pays africains.
Et pourtant les secteurs de l’eau potable et de l’énergie sont annoncés en fanfare comme étant des priorités de l’action gouvernementale. Mais comme toujours, entre les annonces politiques et les actes posés il y a un fossé pour ne pas dire un océan. En effet le coût total de l’ensemble des investissements permettant de palier totalement au déficit en eau potable de Conakry jusqu’en 2030 est de 700 millions de $ US. C’est exactement le montant versé par Rio Tinto au Gouvernement Guinéen en avril 2011 suite à la signature de l’accord transactionnel de l’octroi de la concession minière de Simandou. D’ailleurs, où est passé tout cet argent ?
Ainsi, attendant la réalisation de ce fameux 4ème Projet Eau de Conakry tant annoncé et toujours attendu, les populations pauvres de Conakry continueront à consommer une eau de mauvaise qualité et à mourir dans l’anonymat le plus total.
Abdoul Diaila BAH
Liège, Belgique
abdoul.diaila@gmail.com
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1 AFOM : Atout-Faiblesse-Opportunité-Menace
2 SEG : Société des Eaux de Guinée
3 ONU : Organisation des Nations Unies
4 OMS : Organisation Mondiale de la Santé
VOS COMMENTAIRES | |
| Kadiatou Barry Saram | 08/02/2014 00:33:59 |
| J'aime ce genre d'article qui nous éclaire sur les carences de l'administration guinéenne et le manque de planification sur ce qui nous attend à long terme en tenant compte de l'augmentation de la population guinéenne. Qu'attendons-on pour que ce pays qui regorge d'autant d'experts que vous Mr Bah mette dehors le locataire de la présidence pour que ce pays commence à enfin travailler et à rattraper cet énorme retard et qu'enfin on ait de l'eau potable à volontiers, de l'électricité, des routes , qu'on vive en toute sécurité, des soins de santé, des écoles .........etc, il nous faut un vrai messie, à bon entendeur, salut | |
| Diallo M Saidou | 08/02/2014 11:19:34 |
| Un article très intéressant;ce qui me permet de systématiser un problème institutionnel majeur depuis le retrait des partenaires étrangers (SAUR,CGEaux de France)sous la responsabilité du PM de l'époque,ME Lamine SIDIME et du Ministre de l'Energie d'alors Mr Sagno Denis Foromou,actuel DCabinet du PM Said Fofana;ils sont rendus responsables de la non reconduction du contrat d'expoitation décennal(juillet 89 àjuillet 99) passé entre la SEEG et la SONEG ,Société de patrimoine,100% Etat;l'AGGP actuel Mr Thalès CONDE,alors Financier de la SONEG et Mr Diallo Saidou,PCA SONEG ont,à l'époque fait tout pour empêcher cette rupture.Malheureusement,le GG a décidé de rénationaliser le secteur en fusionnant la SEEG et la SONEG en 2002.Les arguments avancés étaient:"après 40ans d'indépendance,on est capable de gérer".Sur cette base,le secteur urbain de l'eau potable a été bloquée tout comme l'électricité.Voilà sommairement,la cause profonde de la dégradation des secteurs de l'eau et de l'electricité apres le départ des partenaires SAUr CGE,EDF et HQI.Et depuis,le secteur de l'eau et de l'électricité en poussant les professionnels vers la sortie ont connu et connaissent encore cette descente aux enfers.conclusion:restructuration institutionnelle en créant une société de Patrimoine pour les Investissements et une Société d'Expoitation avec des partenaires stratégiques professionnels du secteur et un management "déclanisé" | |
| A. A. DEM | 11/02/2014 13:11:41 |
| Non, ce n'est pas d'un messie dont le peuple a besoin. C'est plutôt d'une prise de conscience et d'une volonté d'action. Il est vrai que le peuple a besoin de dirigeants éclairés pour conduire les mouvements de révendication des droits fondamentaux. Plusieurs s'y sont essayés. Pour tirer les leçons de leur échec à faire aboutir les révendications du peuple, il conviendrait de ne pas se contenter de critiquer, critiquer et seulement critiquer. Moi en tout cas je ne me bas pas pour Paul ou pour Pierre. Je cherche autant que faire se peut à connaitre mes droits, quiconque essaie de les bafouer ou de chercher à me les priver me trouvera sur son chemin. Pour réussir le sursaut national et virer la médiocratie, les Guinéens épris de progrès (Dieu sait qu'ils sont nombreux et même majoritaires) individuellement prit ont besoin d'une prise de conscience. Tu es pauvre, tu ne lutte pas, tu resteras pauvre. Tu n'en voudras à personne et Dieu ne fera rien pour toi. | |