Il était une foi, dans un village, un jeune homme qui s’appelait Afolabi Kamatigui. Il se réveilla un beau matin pour trouver que toute sa famille ainsi que son voisinage avait été massacrés. La nuit précédente, un animal étrange avait visité le village et dévoré ses victime en ne laissant que les traces de mordues qui témoignent de l’intensité de la violence la nuit précédente. Le roi du village décida alors de convoquer tous les bras valides du village pour faire face à la menace. Chaque nuit, trois hommes, étaient armés et mis devant l’entrée du village pour surveiller et neutraliser cet animal mystérieux qui visitait ces victimes la nuit. Comme il était le seul survivant de sa famille et pour éviter que son acte soit un acte de vengeance pour sa famille, le jeune homme fut refusé d’y participer malgré son insistance.
C’est seulement après que tous les hommes qui furent envoyés pour neutraliser l’animal ne revinrent pas, qu’on accepta qu’Afolabi aille lui aussi remplir son devoir. Après la cérémonie d’au revoir, Afolabi reçut du roi un couteau, des gris-gris et une bouteille d’eau contenant du poison qu’il devait donner à l’animal au cas où il n’arrivait pas à le tuer physiquement. La nuit venue, Afolabi se dirigea vers sa mission. Conscient qu’il allait servir de repas à l’animal, tout comme ceux qui lui précédèrent, Afolabi boit l’eau lui-même tout en attendant impatiemment cet animal mystérieux pour l’affronter. Entre temps, il s'aperçut d’une belle femme qui se dirigeait vers lui, demandant son aide à transporter un coli. Sans hésiter, il se mit à l’aider et c’est en ce moment que la femme, qui n’était autre que le monstre, lui dévora.
Le lendemain, personne n’était surpris qu’Afolabi ne revienne pas. On décida d’aller récupérer son corps ou ce qui restait de son corps. Arriver à la scène, Afolabi gisait au sol, un bras par ci et le torse par là. A quelque mètre du corps d’Afolabi se trouvait la bête sauvage, couchée à terre, ne faisant aucun mouvement. On se rend compte vite que la bête est morte; mais comment? Elle ne montrait aucune blessure ou trace. On se rend compte plus tard que la bête a été empoisonnée après avoir dévoré Afolabi. Même mort, Afolabi fut plus fatale à l’ennemi. Quelle belle résistance!
Ce mythe, qui vient des Maasaï du Kenya, nous enseigne du devoir de commettre la violence pas à cause d’une vengeance ou haine contre l’agresseur mais plutôt comme un acte altruiste dont le but est de mettre fin à la violence commise par l’agresseur à l’autrui. Des différentes versions de ce mythe existent dans plusieurs cultures ou un peuple ou une communauté en danger fait appel à l’un de ses fils ou filles qui se sacrifia pour sauver son peuple ou sa communauté. C’est souvent le cas dans les films aussi tel que Spiderman, Superman, Batman ou le héros use de son pouvoir surnaturel pour affronter et neutraliser un danger qui guette une société.
Ces mythes nous enseignent aussi des valeurs importantes pour la survie humaine car ils naissent de l’expérience commune de l’homme sur terre, datant de plusieurs siècles. Le fait que ce genre de mythes existe dans plusieurs cultures fait de lui un outil d’enseignement de valeurs universelles possédant des avantages éternels. A quoi sert ce genre de mythe qui encourage l’autodéfense. A-t-on besoin d’encourager la violence chez l’homme qui est déjà assez violent?
Origine et rôle de la violence intra spécifique
Bien que l’homme a une tendance à être plus violent que pacifique, la violence de l’homme ou tout autre animal contre des membres de la même espèce que soit n’est pas naturelle (Grossman, 2000). Je dis ceci pour expliquer la réticence de beaucoup de gens à recourir à la violence comme solution à la violence (voir les commentaires sous l’article d’Ibrahima Kyle Diallo). Cette réticence explique par exemple pourquoi, selon le Brigadier Général, S. L. A. Marshall, historien de l’Armée Américaine durant la deuxième guerre mondiale, seulement 15 à 20% des militaires tiraient sur leurs ennemis. La plupart tirait par hasard sans viser l’ennemi, préférant être tué que de tuer. Par contre, les hommes tuent aisément les animaux d’autres espèces.
Chez les autres animaux, cette réticence se voit dans l’apparition des traits physiques dont le but est de signaler sa hiérarchie sociale face à un potentiel adversaire pour éviter une confrontation physique (Grossman, 2000). Les cerfs rouges par exemple, pendant la période d’accouplement, poussent leurs cornes et s’affrontent en affichant la taille de leurs cornes. Ceux qui ont les plus grandes cornes sont les dominants et les dominés reconnaissent cela en cédant les femelles aux dominants afin d’éviter de subir la violence du dominant. Deux lézards s’affrontent aussi en prenant une posture qui consiste à déplacer la tête verticalement a plusieurs reprises. A travers cette posture, le dominant confirme sa supériorité et le dominé s’incline. Les dominés s’en sortent sain et sauf mais perdent le partage équitable des ressources communes. Par contre, lorsqu’il s’agit des membres d’une autre espèce, la violence est infligée gratuitement sur le plus faible.
Nous sommes tous soumis à l'évolution et à ses règles. L’évolution dicte que si un trait existe chez des membres de différentes espèces, alors cela veut dire que ce trait a été choisi dans le passé car il est avantageux ou est lié à un trait avantageux (Pickrell, 2006). Par exemple, on trouve le système nerveux dans la plupart des animaux multicellulaires tel que l’homme, les primates, les oiseaux, les vers etc…Donc, on déduit que le système nerveux qui permet à l’animal de senser et de réagir aux demandes de son environnement intérieur et extérieur est très important pour l’animal. De même, cette résistance de faire du mal à un membre de la même espèce est un trait avantageux pour les animaux car il permet la survie de l’espèce dans un monde caractériser par l’agression des mâles. Pourquoi donc l’agression, source de toute violence, existe-t-elle chez les mâles? Est-elle aussi soumise aux règles de l’évolution ? Quel avantage pourrait avoir l’agression pour qu’elle continue d’exister dans la quasi-totalité des males de toutes espèces ? L’avantage de l’agression est que la vie se nourrit de la vie. Pour survivre, tout animal doit manger quelques choses qui étaient une fois en vie. Donc, dans le passé, nos ancêtres dont l’activité principale était la chasse, avaient besoin d’être agressif pour, non seulement, se défendre contre les prédateurs mais pour capturer des proies, source de nourriture.
Pourquoi alors ce phénomène anormal qui est la violence intra spécifique est-elle valorisée quelque fois dans nos légendes malgré qu’elle ne soit pas naturelle ? Elle est valorisée car dans ce monde animal, il y arrive parfois ou seule la violence intra spécifique peut mettre fin à la violence intra spécifique. Il a fallu que les Etats-Unis, l’Union Soviétique, l’Angleterre et autres puissances commettent des violences féroces contre l’Allemagne pour que la violence commise par celle-là à l’encontre des Juifs, homosexuels, handicapés et autres, cessent. Personne ne doute que la violence et seule la violence a pu mettre fin à la violence commise par l’Allemagne Nazie. Donc encore une fois, nos légendes nous donnent des leçons nées de l’expérience humaine. A nous de s’en servir ou de les ignorer.
Conclusion :
En reconnaissant la légitimité d’une guerre défensive ou l’autodéfense physique, on admet par inadvertance le rôle légitime de la violence dans certains cas. Le leader des droits civiques Américain Malcom X disait autrefois que « je n’appelle même pas cela la violence lorsqu’il s’agit de la légitime défense. J’appelle cela l’intelligence.»
La force la plus puissante et la plus efficace pour garantir le maintien à long terme du pouvoir abusif n'est pas la violence déployée par la partie dominante contre celle dominée, mais plutôt le consentement des dominés dans leur propre domination.
Voici un scenario sur lequel il faudrait sérieusement méditer dans les jours, mois et années à venir. Il s’agit de deux conducteurs venant du sens opposé qui s’approchent l’un à l’autre au niveau d’un pont sur une trajectoire de collision. Si les deux maintiennent leur accélération durant la collision, ils ont 20% chance de survie chacun. Si l’un ralenti et l’autre ne ralenti pas, celui qui a ralenti à 30% chance de survivre pendant que celui qui n’a pas ralenti sortira indemne a 80%. Si les deux ralentissent, ils ont 100% chance de survivre tous les deux. Laquelle des stratégies préférez-vous dans ce cas? Et si dans le passé, vous avez eu à faire avec le même conducteur qui avait préféré la stratégie d’accélération pendant que vous vous avez ralenti, ralentirez-vous cette fois aussi, avec 30% de chance que vous sortirez indemne. Mes frère et sœurs, la stratégie d’Alpha Condé, l’autre conducteur a été la violence (l’accélération), choisirons nous la soumission (le ralentissement) avec 30% chance qu’on survivra. L’accélération des deux conducteurs est certainement la plus mauvaise des options si on mesure la chance de survivre une telle collision. Par contre, si l’objectif c’est de neutraliser ce danger que représente ce chauffeur, qui vous a déjà montré qu’il préfère la stratégie d’accélération, alors cette option reste la meilleure. Comme le montre l’exemple d’Afolabi Kamatigui, la violence doit être un acte altruiste et non un acte de vengeance. Demain si nos enfants nous demandent qu’avons-nous fait pour arrêter ce danger, j’espère qu’on sera fier de notre réponse à cette question. Wassalam.
Souleymane Etienne.
Connu sous le pseudo SE
Références
Grossman, Dave (2000). «Aggression and Violence». In Killogy Research Group. [En ligne]. Page consultée le 8 Fevrier 2014. http://www.killology.com/article_agress&viol.htm
Pickrell, John (Septembre 2006). «Introduction : Evolution». In NewScientist. [En ligne]. Page consultee le 8 Fevrier 2014. http://www.newscientist.com/article/dn9953-instant-expert-evolution.html#.UvcCq4zTnUM

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