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Droits des étrangers ou le changement dans la continuité
2014-07-25 08:58:37 « La France est une terre d'immigration et une terre d'asile. Elle doit le demeurer ; les pays refermés sur eux-mêmes sont condamnés au déclin », affirmait le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve qui a présenté en conseil des ministres le 23 juillet deux projets de loi relatifs à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile. Ces deux textes ultra-sensibles, qui ne seront examinés au Parlement qu'à la fin du premier semestre 2015, avaient été préparés par son prédécesseur Manuel Valls qui espérait passer « d'une logique de suspicion à une logique d'intégration ». A l'instar des Français, le changement pour les immigrés et les demandeurs d'asile ce n'est pas maintenant, après examen de ces deux textes. Certes, il y a une volonté de simplification administrative, l'ouverture des centres de rétention aux journalistes étant actée et une réforme de l'accès à la carte d'étranger malade est engagée, mais un grand nombre de ses dispositions suscitent toutefois une forte désapprobation et le compte n'y est pas pour les étrangers. D'une part, malgré l'instauration de titres de séjour pluriannuels, on constate un renforcement du pouvoir discrétionnaire et omnipotent du préfet. Par ailleurs, le « Passeport talent » consacre une approche utilisatrice et restrictive de l'immigration en privilégiant des « élites » étrangères. Enfin, la rénovation et le désengorgement du système d'asile est un trompe-l'œil avec une logique de contrôle et de surveillance avec « l'hébergement directif ». Ceci est surtout dicté par l'impératif de transposer en France des directives européennes avant juillet 2015. D'où la déception et l'inquiétude des immigrés et des structures défendant leurs droits. I°) Des titres de séjour pluriannuels aléatoires ou le pouvoir discrétionnaire et omnipotent du préfet Cette disposition concerne 700 000 étrangers sur les 5 millions d'immigrés que compte la France et qui, jusque-là, pouvaient prétendre à un titre de séjour d'un an renouvelable chaque année. Au bout de 5 ans, l'étranger pouvait obtenir une carte de résident de 10 ans. Mais ce mécanisme a engorgé les préfectures et a surtout précarisé les étrangers en quête d'un logement et/ou du travail. Dorénavant, l'étranger titulaire d'une carte d'un an pourra acquérir, dès qu'elle arrivera à échéance, une carte de 2 ans s'il est parent d'un enfant français ou conjoint de Français. Il pourra ensuite demander une carte de 10 ans. Par ailleurs, la personne relevant du regroupement familial pourra obtenir un titre de séjour de 4 ans après celui d'un an, puis postuler un titre de 10 ans. La délivrance d'une carte de résident après les 5 premières années sera toutefois conditionnée à la capacité à lire et à comprendre. Mais un collectif d'associations (GISTI, CIMADE, LDH...) a lancé une campagne fin juin pour demander au gouvernement de renoncer à ce titre pour relancer, à la place, la carte de résident de 10 ans qui n'est délivrée que dans une minorité de cas. II°) Le « Passeport talent » ou l'approche utilisatrice et restrictive de l'immigration III°) Le système d'asile : une logique de contrôle et de surveillance La France a enregistré une hausse continue des demandes d'asile qui se sont élevées à 66 000 en 2013 entrainant un flux, un engorgement à tous les niveaux. L'objectif de la réforme vise à raccourcir les délais de traitement en les ramenant à 9 mois contre 2 ans aujourd'hui. Pour rénover « un système à bout de souffle », selon Manuel Valls, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), qui juge les recours en cas de décision négative, resterait compétente mais il lui faudra juger en 4 mois (contre 9 aujourd'hui), voire 1 mois en cas de « procédure accélérée ». Il est également question de répartir les demandeurs d'asile sur tout le territoire, en supprimant les allocations à ceux qui refuseraient un lieu donné, voire en fermant leur dossier en cas de départ des centres. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la CNDA bénéficieront de moyens supplémentaires. Mais, l'étranger devra rester dans l’hébergement attribué et n’aura pas le droit de le quitter sans autorisation. Une manière de le garder sous surveillance et de l'expulser plus facilement si sa demande est rejetée. Le cantonnement, les contrôles et la surveillance priment ainsi sur les libertés individuelles et le demandeur d'asile est alors vu comme un débouté plus que comme un réfugié. « Ce projet s'inscrit dans la même logique que celui des quinze dernières années. La suspicion de l'étranger prédomine et les quelques améliorations la cachent difficilement » selon Pierre Grenier, délégué national de la Cimade. Pour l'Association chrétienne de lutte contre la torture (ACAT), « les droits des demandeurs sont amputés par des mesures en apparence techniques ». IV°) Déception et inquiétude des immigrés et des structures défendant leurs droits CONCLUSION : Par la réduction des délais d’attente, c’est aussi le coût des demandes de régularisation que le gouvernement souhaite combattre. Le seul coût général de l’asile est estimé à 1,5 milliard d’euros. Un réservoir d’économies pour l’État, soucieux de baisser ses dépenses. Mais pour la mise en œuvre des deux projets de loi présentés par Bernard Cazeneuve quid des moyens budgétaires et humains qui seront mis à sa disposition dans un contexte d'austérité ? Par ailleurs, il aurait été préférable de rétablir la carte de résident de 10 ans créée en 1984 sous François Mitterrand (1916-1996) pour permettre aux étrangers de poser leurs valises en France et d’avoir le temps de s’intégrer. En 2013, 17 000 cartes ont été délivrées contre 40 000 en 1984. La logique a été inversée : aujourd’hui vous devez prouver que vous êtes intégré pour avoir une carte de résident. Le titre pluriannuel valable 2 ou 4 ans, proposé aujourd’hui, n'est pas sécurisant pour l'étranger vu que le préfet pourra le lui retirer n’importe quand. Il demeure toujours en arrière-plan cette philosophie de la suspicion et de l’arbitraire : on continue à considérer que l’étranger va tenter de frauder et son sort dépendra du pouvoir discrétionnaire du préfet et des injonctions faites à son administration. Le Premier ministre d'origine catalane Manuel Valls espérait passer « d'une logique de suspicion à une logique d'intégration ». Mais le modèle d’intégration français pour les immigrés, dont ont également bénéficié l'ancien Président N. Sarkozy l'hongrois et Claude Bartolone l'actuel Pdt de l'assemblée nationale d'origine italienne, est toujours en panne, dans l’impasse pour les immigrés africains. En effet, l’intégration passe inévitablement par quatre conditions cumulatives, liées : une bonne formation et qualification, ensuite un emploi gratifiant, un logement décent et un droit de vote et d'éligibilité aux élections locales. On est encore loin du compte.
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH Paris, le 24 juillet 2014
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