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Interview du Président de l’UFD au journal l’IndépendantReçue de Ousmane Baldet
2008-07-28 22:10:59 Question 1 : Vous venez de rentrer de Douala après quelques mois d’absence du pays. Quelle lecture faites vous aujourd’hui de la situation politique en Guinée ? Réponse : Effectivement, j’étais hors du pays lorsque sont intervenus les derniers événements politiques et militaires qui ont agité notre pays. Comme vous le savez, je dirige l’UFD, tout en continuant mes activités professionnelles d’expert-comptable. Je partage donc mon temps entre la Guinée et le Cameroun. Sur le plan politique, je crois que nous sommes encore dans une période confuse où il n’est pas possible de déterminer avec certitude, la direction du vent. Mais pour schématiser, on peut dire que pour toutes les forces du changement, pour toutes celles et tous ceux qui aspirent vraiment à voir notre pays sortir enfin de cette crise perpétuelle et cette misère qui dure depuis 50 ans, tous les signaux d’alerte sont actuellement au rouge. Question 2 : Vous avez suivi le limogeage de Lansana Kouyaté comme Premier Ministre et son remplacement par un des fidèles du Président, en l’occurrence, le Dr Ahmed Tidiane Souare. Quelle a été votre première réaction en apprenant cette nouvelle ? Réponse : Comme tout le monde le sait, la tension entre la mouvance gouvernementale et la mouvance présidentielle était persistante depuis fort longtemps. Toute la vie politique était désormais rythmée par les incessantes querelles et affrontements en coulisses entre les deux camps, au point que tout était pratiquement paralysé. Vous connaissez en tant que journaliste l’ampleur des rumeurs qui ont circulé depuis pratiquement un an sur le départ de Lansana Kouyaté. Il était clair que cette situation ne pouvait plus durer. L’épilogue a donc été son éviction. Son remplacement par le Dr Ahmed Tidiane Souare n’a été qu’une demie surprise, car ce nom circulait depuis janvier 2008. Tout indiquait donc que le clan présidentiel était enfin arrivé à bout du fameux gouvernement de consensus déjà très affaibli et isolé, pour n’avoir pas tenu ses promesses. La suite n’a été que la confirmation de la mise en route du processus de restauration du pouvoir ayant sévi dans le pays avant les révoltes populaires de janvier-février 2007. Question 3 : Que pensez-vous de la structure gouvernementale de l’actuel Premier Ministre ? Réponse : Je pense que la modification de sa structure a été tout à fait conforme aux exigences de la mouvance présidentielle. Il fallait satisfaire les appétits d’une multitude da groupes, de clans et de tendances qui la composent. Pour cela, il fallait fabriquer d’innombrables postes ministériels. Ainsi, est-on passé de 22 à 36 postes, soit une augmentation de plus de 50% ! Je ne voudrais pas faire au Premier Ministre un procès d’intention, mais je doute fort qu’il soit parti d’une exigence d’efficacité de l’équipe gouvernementale pour créer autant de portefeuilles ministériels. Il s’est tellement creusé la cervelle pour avoir des postes à distribuer, qu’il en est arrivé à créer même des ministères d’affaires quasiment inutiles. Je crois plutôt que le pauvre Premier Ministre, assailli de toutes parts, a surtout été contraint de satisfaire le maximum de demandes pour avoir la paix dans le contexte actuel. Beaucoup de ces « ministères » n’ont même pas de locaux à l’heure actuelle ! La meilleure preuve de tout ce que j’avance est que le décret réorganisant le gouvernement est sorti quelques jours à peine avant l’annonce de la composition du gouvernement. S’il s’était agi d’un travail de réflexion sur la meilleure façon de structurer le gouvernement, l’annonce en aurait été faite beaucoup plus tôt et en tout cas bien avant que les consultations pour sa composition ne soient engagées. Question 4 : Pourquoi l’UFD n’a-t-elle pas voulu répondre à la main tendue d’Ahmed Tidiane Souare aux partis politiques ? Réponse : A ce sujet, nous devons faire une mise au point. Nous sommes un parti attaché à la concertation et au dialogue. Nous n’avons jamais refusé et ne pouvons pas refuser de dialoguer avec les acteurs politiques guinéens, même lorsque nous ne sommes pas d’accord avec eux. Nous pensons que dans la démarche du Premier Ministre pour un dialogue avec les partis, il y a eu certainement quelque part une manipulation nous concernant. En effet, il semble que son Service du Protocole ait demandé à ce que les partis viennent le voir par « Alliances »et non individuellement. Nous lui avons écrit le 29 mai 2008, au plus fort de la mutinerie des militaires, pour lui dire que nous sommes disponibles pour le rencontrer directement, sans aucun intermédiaire. Nous ne sommes l’appendice d’aucun autre parti et n’avons mandaté personne pour nous représenter auprès de lui. Il n’a jamais répondu à ce courrier. Ce n’est donc pas nous qui n’avons pas voulu le rencontrer. C’est lui qui ne semblait pas intéressé. Je me suis d’ailleurs laissé dire que certains, dans l’entourage du Premier Ministre ne voulaient absolument pas que nous le rencontrions. Allez savoir pourquoi… Question 5 : En tant que leader politique d’opposition, qu’attendez vous de ce gouvernement ? Réponse : En fait, nous en attendons si peu, que la seule chose que nous sommes en droit d’exiger de lui, au minimum, c’est qu’il respecte son engagement de tenir les élections législatives avant la fin de l’année 2008. Aujourd’hui, c’est primordial pour que le pays revienne à une vie constitutionnelle normale. Nous sommes dans une situation inacceptable de blocage politique et de confiscation de la souveraineté du peuple de Guinée, privé de son droit à choisir ses représentants à l’assemblée. Des élections libres et équitables doivent se tenir sans délai. C’est la priorité des priorités. Aucune manœuvre dilatoire, d’où qu’elle vienne, ne doit avoir pour effet de les reporter indéfiniment. Question 6 : Comment votre parti prépare-t-il les élections législatives ? Réponse : Nous faisons consciencieusement le travail de sensibilisation et d’implantation du parti sur le terrain, à travers tout le territoire, conformément à notre orientation politique de rassembler les Guinéennes et les Guinéens sans distinction d’origine communautaire, de langue ou de religion. Nous travaillons à l’épanouissement de la culture démocratique, en fort déficit dans notre pays. Tous nos bureaux communaux et préfectoraux ont activement participé à la mise en place des démembrements de la CENI et des commissions administratives de recensement des votes. Nous sommes heureux de constater que l’UFD est représentée dans ces structures, dans la très grande majorité des préfectures et sous-préfectures. A présent nous continuons la formation et la mobilisation de nos cadres politiques, en tenant des conférences par région naturelle. La première conférence, celle de la Basse Guinée, regroupant nos responsables communaux, préfectoraux et sous-préfectoraux, se tiendra à parti de mercredi 23 juillet 2008 à 9h00 à l’Hôtel Camayenne à Conakry. Elle se clôturera par une conférence de presse au même lieu jeudi 24 juillet à 15H. Question 7 : Etes-vous optimiste quant à la tenue d’élections libres et transparentes ? Réponse : Je crois que nous n’avons pas être optimistes ou pessimistes sur la volonté de ce gouvernement de tenir des élections libres et honnêtes, pour ne pas dire transparentes. Vous le savez, en 50 ans, le pouvoir en Guinée n’a jamais tenu de telles élections. Aujourd’hui, c’est une exigence du peuple, pour le respect de son droit souverain à choisir librement ses dirigeants. Le pouvoir actuel ne fera jamais de cadeau au peuple. Il ne faudra pas compter sur sa bonne volonté et ses proclamations de foi. Le peuple, particulièrement la jeunesse, doit lui-même se mobiliser pour défendre ses droits et veiller à ce que les prochaines élections soient réellement libres et équitables. Propos recueillis à Conakry le 19 juillet 2008 par Mamadou Dian BALDE
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