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Mieux connaître l’Islam


2014-09-27 11:52:23

La religion est une  affaire de conscience individuelle, de foi, de lien direct entre DIEU  L'OMNISCIENT et tout individu. Ce n’est pas un ménage à trois où toute  interférence extérieure ne saurait être admise ; qu’elle provienne d’une  personne physique ou d’une institution quelconque.

Tout Etat devrait observer le sacro-saint principe de laïcité qui doit garantir, dans une stricte neutralité, toutes les convictions philosophiques et religieuses aussi bien de ses nationaux que des étrangers résidant sur le territoire national. Cette garantie passe notamment par la protection des lieux de cultes.

Ce principe républicain intangible, inaltérable peut encore être battu en brèche avec les émeutes de Trappes dans la banlieue parisienne et la question relative au port du voile intégral appelé la « burqa » (qui recouvre entièrement le corps de la femme) et le « niqab » (qui laisse apparaître les yeux) : c’est un habit traditionnel, un vêtement porté par les femmes musulmanes dans certains pays comme l'Afghanistan.

Le débat sur les signes religieux ostentatoires se voit ainsi relancé, avec en creux, la défense du principe de laïcité en France. Pourquoi aborder nécessairement ce débat par le seul prisme religieux et non sous le prisme de la coutume, de la tradition ?

Pour mieux faire respecter, voire faire aimer l’Islam ne faudrait-il pas le faire connaître davantage, le vulgariser auprès du grand public ?

Il n’est pas question ici de faire du prosélytisme, de zèle pour recruter de nouveaux adeptes, d’une quelconque propagande, d’une intoxication des esprits. Mais ce n’est qu’une démarche de « salubrité publique ». Car l’Islam, contrairement aux idées répandues, aux préjugés d’obscurantisme, est une religion qui prône la paix, la concorde, le progrès.

L’Islamisme, qui est une doctrine politique, et surtout un alibi, un prétexte des Islamophobes, n’a rien à voir avec l’Islam que l’on peut découvrir à travers sa doctrine variée.

I°) Les quatre doctrines de l’Islam

Les Fouqahas (les docteurs de droit musulman) définissent les 4 écoles juridiques (madhahib) comme étant la tendance juridique adoptée pour l’interprétation des lois charaïques. Ces doctrines se différencient selon les méthodes adoptées par leurs fondateurs dans l’Ijtihad (le fruit de l’effort de réflexion du savant musulman appelé « Moujtahid ») et dans la déduction des lois ou des prescriptions à partir du Coran et de la Sunna.

Une cinquantaine d’écoles ont vu le jour entre le deuxième et le troisième siècles dont la majorité a disparu. Aujourd’hui, seules 4 écoles dites « sunnites » sont suivies, auxquelles s’ajoutent des courants « Salafis » qui ne penchent pas vers l’adoption d’une école juridique déterminée.

Les écoles juridiques ont connu trois étapes distinctes :

- l’étape de la construction qui a duré presque 3 siècles, jusqu’à la chute de Bagdad en 656 ;

- l’étape du Taqlid (imitation d’une école juridique) à partir du huitième siècle de l’hégire;

- l’étape du renouveau à partir du dix-neuvième siècle.

Dans l'ordre chronologique d'apparition, on a :

a) L'école Hanafite

Elle est fondée par Abu Hanifa al-Nu'man Ibn Thabit (696-767 ou 80-150 AH) ; H est l’initiale du mot hégire qui signifie en arabe « émigration » et désigne la journée du 9 septembre 622 où se produit le départ des quelques premiers compagnons du Prophète Mahomet de La Mecque vers l’oasis de Yathrib, ancien nom de Médine.

Cette école est apparue en Irak, à Kufa et s'est répandue à Bagdad. Ses fondements comprennent, en plus du Coran et de la Sunna, l'istihsân, al ‘urf (la coutume) et qawl as-sahâbî (les paroles des compagnons du Prophète). Elle est caractérisée surtout par l'utilisation de la raison et de l'opinion personnelle (Ar-ra'y). Elle est considérée comme l'école la plus libérale et est répandue de nos jours en Afghanistan, en Inde, en Turquie, en Iran, en Syrie, en Russie et en Chine.

b) L'école Malékite

Elle est fondée par Malik Ibn Anas (711-795 ou 93-179 AH) et apparue à Médine, cette école met l'accent sur l'avis des compagnons du prophète et sur la pratique des Médinois qui sont les descendants des compagnons du prophète. Elle donne aussi une place importante aux coutumes de la société s'ils ne contredisent pas la loi divine ainsi qu'à l'établissement des normes juridiques à partir de l'intérêt général de la société, appelé « al masâlih al mursala ».

L'imam Mâlik était réputé pour sa narration du « Hadîth » ; la plupart de ses disciples sont partis en Afrique du nord et en Espagne. Cette école s'est répandue en Andalousie, en Afrique du nord, au Soudan et au Khurasan (une vaste région de l'est de l'Iran).

c) L'école Shafi‘ite

Elle est fondée par Muhammad Ibn Idriss Ash-shafi‘i (767-820 ou 150-204 AH) qui a vécu à la Mecque, puis en Iraq avant de s'installer en Egypte, cette école valorise la sunna comme source de droit et une grande importance est donnée au consensus de toute la communauté (Ijma). Elle s'est répandue en Egypte, au Koweït, au Yémen, et dans certains pays de l'Asie comme l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.

d) L'école Hanbalite

Elle est fondée par l'Imam Ahmad Ibn Hanbal (780-855 ou 164-241 AH) et pratiquement née du conflit qui a opposé Ibn Hanbal aux Mu'tazilites et aux autorités politiques qui les soutenaient. Persécuté et emprisonné sans jamais se renier, il est considéré par un grand nombre d'ouléma (savants de la loi) comme un traditionaliste (homme de hadith) plutôt qu'un juriste. Il n'était pas d'accord avec son maître Ash-shâfi‘i pour ce qui est de l'utilisation de l'opinion personnelle. Il a primé le hadith du Prophète auquel il a dévoué un recueil appelé « al musnad » et qui comprend environ 40.000 hadith. Cette école adopte l'interprétation rigoureuse du Coran et de la sunna et rejette le raisonnement par analogie, l'hérésie mu'tazilite, source d'innovations pécheresses et de division de la communauté, selon lui.

Cette école se développa et ses missionnaires apportèrent leur pensée dans des contrées lointaines, notamment dans le nord de l'Iran où allait naître le Sheikh Abd al-Qâdir al Jilânî grand organisateur du « soufisme confrérique ».

Le théologien Ibn Taymiyya (1263-1328) fut l’un des principaux défenseurs de cette école et son approche va donner naissance à ce que certains historiens appelleront la « Salafiyya » (salafisme) à cause de sa rigueur méthodologique ; mais elle n'a pas connu une grande expansion si ce n'est après son adoption par le royaume d'Arabie Saoudite et exclu tout compromis avec la modernité: ce qui va être appelé le « salafisme Wahhabite » dû à Muhammad Ibn 'Abdel Wahhâb (1703-1793) qui s'est renforcé encore plus après la chute de l'empire Ottoman en 1924 et s’est imposé dans plusieurs pays musulmans, également grâce aux pétrodollars. Le wahhabisme ne reconnaît que le Coran et la sunna comme sources de jurisprudence.

II°) L'Islamisme, le bon alibi des Islamophobes

L'islamisme est un courant de pensée du monde musulman, apparu au 20ème siècle essentiellement pour pallier l'échec des politiques de modernisations économiques et sociales entreprises par les nationalistes arabes, comme ceux du Parti « Baas » en Irak et Syrie, sur fond de résurgence identitaire.

Historiquement, cet échec est du fait de l'inertie de la société arabe et de l'opposition des puissances colonisatrices qui n'avaient pas intérêt à permettre ce renouveau. Face à cet échec, certains politiques et religieux musulmans ont préconisé un retour aux valeurs fondamentales de l'Islam. On peut concevoir ainsi la mouvance islamique comme un mouvement d'opposition politique dans un contexte souvent non démocratique : c’est une vision politique de la religion qui cherche un retour à la pureté par le projet politique.

L'intégrisme conteste le pouvoir en termes religieux, défendant la nature théocratique de l'Etat musulman (pouvoir politique détenu par les religieux) ; il prône la rupture avec l'Occident, un retour aux sources de la charria et à l'âge d'or de Mahomet et des premiers califes.

Le concept d'islamisme est de création française et l'usage de ce mot est attesté en français depuis le dix-huitième siècle avec Voltaire (1694-1778).

Certains analystes considèrent que les « Frères musulmans », groupe fondé en Egypte par Hassan al Banna (1906-1949) en 1928, seraient à l'origine de l'islamisme en opposition à l'occupation britannique.

A partir de la fin des années 60 s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme :

- la défaite des pays arabes contre Israël lors de « Guerre des 6 jours » ;

- le libéralisme économique des années 70 auquel il est reproché de porter atteinte à l’aide sociale, aux services publics et d'accroître les inégalités sociales ;

- le choc pétrolier des années 70 a favorisé certains Etats (Arabie saoudite et Iran) qui ont financé l'islamisme pour étendre leur sphère d'influence sur d'autres Etats ;

- la « Révolution des Ayatollahs » iraniens en 1979 a conforté les islamistes.

Les décennies suivantes sont marquées par des actes terroristes spectaculaires (11 septembre 2001 aux USA, attentats à Madrid et Londres, etc...).

La « nébuleuse intégriste » actuelle englobe des organisations très diverses à travers le monde ; profitant du vide laissé par les pouvoirs en place, une oligarchie, en matière sociale, sanitaire, culturelle et éducative, les mouvements intégristes mènent de nombreuses actions d'ordre social auprès des plus démunis qui adhèrent ainsi en masse à l'idéologie islamique. Elle profite de la faillite de « l’Etat Providence » : c’est son terreau de prédilection.

Les principaux opposants aux mouvements islamistes, généralement des musulmans intellectuels également opposés aux oligarchies, sont l'une des principales cibles de certains courants islamistes, comme en Algérie. En effet, seules ces couches éduquées des sociétés musulmanes sont susceptibles de représenter auprès des populations une voie intermédiaire entre les pouvoirs en place et les islamistes.

Faire un amalgame, la confusion entre l’Islam et l’Islamisme ne peut-être que de la mauvaise foi, voire de la malveillance et un mépris à l’égard des Musulmans.

Il serait grand temps que les pouvoirs publics en France mènent une lutte impitoyable, sans merci à l’égard des Islamophobes de tous bords, notamment par le biais d’une législation à l’image de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme qui a fait ses preuves.

C’était devenu le cheval de bataille du député socialiste Malek Boutih (ancien président de SOS Racisme) qui s’était déclaré candidat à la présidence de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) une autorité administrative créée par la loi du 30 décembre 2004 mais qui a montré ses limites.

III ) Burqa non grata ou l’hystérie islamophobe

a) Un débat surréaliste et décalé

Avec les émeutes de Trappes, la question relative au port du voile intégral est un débat surréaliste et décalé au moment où la France traverse la plus grande crise financière, économique et sociale de son histoire, où les comptes publics et les déficits explosent, où le chômage augmente à une allure vertigineuse, exponentielle, où la question lancinante, récurrente de l’intégration des immigrés et des français de confession musulmane (assimilés systématiquement à tort à des intégristes, des terroristes potentiels) demeurent irrésolue.

Il n'est pas opportun de relancer une polémique » sur les signes religieux mais il faudrait plutôt mettre en garde contre les amalgames », une « mise en cause de la religion musulmane », éviter les solutions « simplistes » sur le voile intégral. L'urgence est qu’on s’occupe plutôt de l’insertion de ces populations ».

Le sociologue Jean Bauberot, spécialiste des questions de laïcité estime qu'il est moins question de la laïcité que de problèmes « d' ordre public », comme « la reconnaissance de l’identité de la personne que l’on a en face de soi 

Selon lui, « il y a aujourd’hui une confusion sur la laïcité. Ses principes fondateurs, actés sous la IIIème République sont la liberté de conscience, l’égalité des citoyens devant la loi, la séparation du religieux et de l’espace public. Il s’agissait d’empêcher la domination du religieux, non son expression. On peut, bien sûr, regretter que des femmes portent la burqa mais on ne libère pas les gens malgré eux ».

La France a déjà pris des initiatives dans ce domaine en 2004 avec l'interdiction du port de signes religieux ostentatoires, comme le voile, à l'école et dans la fonction publique. Mais cette tenue vestimentaire relève de la liberté individuelle.

Les positions clivées, exprimées ces jours-ci sur les émeutes de Trappes, risquent, effectivement, d’engendrer des tensions aux conséquences imprévisibles, voire dramatiques dans la société française.

b) Les garde-fous juridiques contre l’intolérance

et l’exigence d’égalité de traitement


La censure de la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur Internet dite loi HADOPI par le Conseil constitutionnel (décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009) avait remis au gout du jour les principes et valeurs de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 :

- « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », article10.

Il n’est pas inutile de rappeler les deux articles relatifs à la Liberté, droit naturel et imprescriptible de l'Homme :

- « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi », article 4.

- « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société », article 5.

Cet ensemble pose un principe et sa restriction. Le principe, c'est la liberté, la restriction exige, quant à elle, que l'exercice de cette liberté ne nuise pas à celle des autres, à l'ordre public ou à la société.

La burqa menace-t-elle l'ordre public ? Empêche-t-elle le libre exercice de toute autre  religion sur le territoire français ? Est-elle nuisible à la société ? Ces questions essentielles méritent d’être posées et résolues rationnellement, sereinement et sans passion.

Je ne suis pas un défenseur, un apôtre de la burqa, mais est-ce que l'on s'est penché sur le sort des religieuses catholiques dont le corps est également recouvert de tissus épais ne donnant à voir que l'ovale de leur visage ?

Au nom de quoi juger ? Au nom de qui juger ?

Ne doit pas reconnaître à chacun cette liberté ultime d'aliéner sa liberté au nom de sa religion si cela lui chante et tant que ça ne dérange pas la liberté des autres ?

Pourquoi aborder nécessairement ce débat par le seul prisme religieux ?

c) Barack Obama : l’apôtre de la tolérance et de l’équité

Barack Obama clama le 4 juin 2009 dans son discours à l'université du Caire (Egypte) que « Le monde musulman ne peut se résumer au terrorisme et au fanatisme ». Il avait « invité les pays européens de tradition judéo-chrétienne à ne pas empêcher le libre exercice de la religion musulmane sur leur territoire, y compris dans ses aspects vestimentaires ». Il estima, à juste titre, « que ces manifestations minoritaires ne doivent pas occasionner de restrictions légales pour cause d'ethnocentrisme culturel et religieux car ces restrictions imposées par la contrainte nuisent à la construction de sociétés harmonieuses et polyreligieuses ».

Le port de la burqa est-il subi ou revendiqué ? C’est la question centrale.

Les changements internes à une religion sont liés à une dynamique sociale, à un climat général, pas à une approche autoritaire.

Faudra-t-il en arriver à interdire tout signe extérieur, ostentatoire d’appartenance religieuse dans un endroit public ? La Kipa des Juifs ? La barbe et le turban des

Sikhs qui sont tolérés dans la fonction publique en Grande Bretagne ? Toute petite croix religieuse portée autour du cou ?

Bientôt ne va-t-on pas interdire les repas Hallal dans les cantines scolaires ?

L'obtention du permis de construire de la mosquée de Marseille fut une guérilla juridique. La cour administrative d'appel de Marseille a validé le 19 juin dernier le permis de construire de sa grande mosquée dont la première pierre avait déjà été symboliquement posée en mai 2010. Le tribunal administratif l'avait annulé le jeudi 27 octobre 2010.

Certains souhaitent une interdiction totale de la burqa en France ? Mais les princesses saoudiennes avec leurs pétrodollars seront-elles « porte-monnaie non grata » en France dans les boutiques de la Place Vendôme ou de l’avenue des Champs-Élysées ?

Un adage populaire sénégalais dit que « deux personnes qui ne se comprennent pas, sont deux personnes qui ne se connaissent pas intrinsèquement ». J'espère que cette modeste contribution permettra à certaines personnes de mieux comprendre, appréhender l'Islam, d'une part, et qu'elles s'approprieront également cet axiome sénégalais. Bon mois de Ramadan à tous !

Que Dieu donne la sagesse aux ennemis de l’Islam !

Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr


Paris, le 23 juillet 2013


 

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