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Leçons de Politique d’ailleurs et de Guinée


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Ibrahima Diallo

2008-08-05 17:02:58

L’exercice du pouvoir dans les pays occidentaux et les conflits en Afrique sont pleins de leçons sur le plan politique pour nous.  Mais le plus instructif étant directement concerné vient de notre Guinée et des compatriotes de la diaspora.  
Tout d’abord en terme de démocratie, nous pouvons dire que nous sommes tous dans la course ; en Afrique  certains sont juste sur la ligne de départ, d’autres déjà dans le peloton; et la Guinée encore en échauffement. En ce qui concerne les pays occidentaux que nous aspirons tous à imiter, ils sont sur la route et ne sont pas encore arrivés - c’est une notion relative-.  En effet, ces monarchies et républiques sont des nations de grandes libertés individuelles (notamment d’expression) mais où la démocratie a encore du chemin à faire : le peuple n’a voix au chapitre que pendant les élections ; après les choix politiques (même les guerres) lui sont dictés ; excepté des pays comme la Suisse et certains pays scandinaves où les électeurs sont consultés fréquemment pour les grandes décisions. 
En résumé sur ce plan, si nous nous referons aux USA (où de nombreuses personnes ne sont pas autorisées à voter pour diverses raisons) et à la Grande Bretagne (où l’exécutif peut changer sans consultations populaires car c’est le parti qui est élu et non une personne) pour ne citer que ces deux exemples, nous pouvons faire mieux en terme de constitution démocratique même si en terme de culture de liberté individuelle et d’expression nous sommes très loin derrière malgré l’alibi d’Al Quaeda qui les a énormément réduits en Occident.  Néanmoins, nous pouvons les rattraper avec un bon leadership sans complexes et très ambitieux en terme de démocratie. 
Leçon une : l’Homme peut se passer de démocratie s’il est libre et si l’économie lui permet de jouir de ses libertés.  Mais la démocratie est impossible sans les libertés.

Les mentalités "colonialistes"(racistes) et de "colonisés"(complexés) sont toujours bel et bien vivantes mais de façons beaucoup plus subtiles et sophistiquées. Les cas du Zimbabwe et du Darfour sont des exemples intéressants pour illustrer nos propos : Mugabe n’est pas une exemption en Afrique, comparé aux Moubarak (Egypte), Kadhafi (Libye) ou Bongo (Gabon) mais il a eu le malheur de s’en prendre à certains de ses compatriotes qui ne sont pas " noirs " mais " blancs ".  Au Darfour, la tentative de « génocide » a cours depuis des années (mêmes décennies) mais il a fallu que les Américains soupçonnent Al Bashir/El Béchir (Soudan) d’être un sympathisant d’Al Quaeda et qu’il refuse d’être utilisé pour leur lutte anti-terroriste pour qu’ils révèlent "bruyamment" au Monde ce qui s’y passe depuis belle lurette et déjà connu.  Au Rwanda, auraient ils laissé les massacres se poursuivre si les victimes été Occidentales (malgré la bureaucratie de l’ONU) ? J’en doute !  En Cote d’Ivoire, les tueries des escadrons de la mort après la tentative de coup d’Etat contre Gbagbo n’ont pas ému outre mesure les pays occidentaux.  La philosophie politique des USA et de ses alliés satellites européens est : ce qui bon pour les USA est bon pour le Monde et ils ont le monopole de la civilisation, d’où le terme de Pays « civilisés ».  Et pour gagner cette bataille, ils ont troqué les armes de guerres et la Bible pour les puissants  media, les Universités et surtout les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) et l’USAID.  Et paradoxalement, la mentalité de "colonisé" se manifeste par des signes extérieurs de rejet de l’influence occidentale comme l’habillement alors que l’habit ne fait pas le moine.  Par contre, leurs langues et les progrès techniques tels que les voitures et autres biens de consommation de luxe sont prisés par ces mêmes complexés.  En même temps, l’amitié avec un Occidental ou en embaucher un (même sous qualifié) est privilégié par rapport à ses compatriotes ou un autre Africain.   
Leçon deux : le Monde se comporte comme s’il y avait les 100% Homme (les Occidentaux) - auxquels nous tentons tous de ressembler sans l’avouer ou en niant- et les autres.  L’Histoire montre que la culture qui maîtrise les sciences et l’économie phagocytera toujours les autres dont les plus vaillantes deviendront partie intégrante.

En Europe, lorsque le Gouvernement échoue dans un domaine en particulier sous réglementation européenne, c’est toujours la faute de l’Union Européenne (UE) comme si ce pays n’en fait pas partie et n’avait pas ses propres commissaires qui participent et font les règlements pour être appliqués par tous les membres. Par contre, lorsqu’il y a des progrès ou bénéfices liés à Bruxelles, ces gouvernements se les attribuent aisément sans mentionner l’UE.   
En Afrique, bien qu’indépendant -au moins en théorie- lorsque l’on fait preuve d’impéritie, c’est la faute de l’ex-colonisateur qui nous sabote ou d’une autre puissance qui n’y connaît rien en matière de développement qui nous a trompé.  Pourtant être libre implique faire des choix judicieux et en assumer les conséquences.  Les USA, quant à eux, trouvent aisément l’ONU pour ses problèmes plutôt dus à son arrogance et sa méconnaissance des autres cultures.  Lorsque l’économie connaît un boum les gouvernants l’attribuent à leur génie mais dès que tout va mal, c’est la faute à la conjoncture internationale qui ironiquement n’est mentionnée que dans ce cas.
Leçon trois : tous les leaders se considèrent des "lumières " et infaillibles et leurs échecs sont toujours d’origine exogène ; si ce n’est pas carrément des complots contre eux. Ils sont des héros ou des victimes ; jamais des pécheurs.  La démagogie est à la politique ce que les cosmétiques sont à la femme.

Maintenant en "zoomant" en particulier sur notre Guinée ; les différentes interventions sur le Net qui a la vertu de permettre d’entendre tous les sons de cloche, propagande comprise, à coté des attitudes des compatriotes au Pays, nous pouvons dire que la vie est vraiment une école et une formation continue ; et comme on dit: tout individu évolue, seuls les imbéciles ne changent pas.
En effet, nous avons noté que le vainqueur électoral de nos pères de l’indépendance en 1958 -malheureusement pour nous, de par ses qualités de charmeur hors pair- reste apparemment plus populaire que nous aurions pu le penser, même au sein de ses victimes.  La "révolution" en Guinée et cette fois son unique et incontesté géniteur ont réussi littéralement à avoir un effet d’opium sur une bonne partie des Guinéens mêlé à équivalent du syndrome de Stockholm.  D’où l’amnésie sélective, l’indifférence ou/et même la compréhension qui sont choquantes. 
En Grande Bretagne, Tony Blair a réussi le tour de force de convaincre son parlement -quand même composé de personnalités averties- d’engager son pays dans une guerre sur des rapports mensongers dont un carrément plagié d’un ex-étudiant en Ph.D sur l’Irak en  Californie (et révélé à l’époque). 
Leçon quatre : un leader charismatique peut tromper tout un peuple et le laisser dans le mythe et la délusion.  En plus, le coté diabolique de la nature humaine prend plus facilement le dessus lorsqu’il s’agit de faire du mal à d’autres hommes.

En Guinée, la plupart des personnes en vue actuellement sur le plan politique sont soupçonnées d’enrichissement illicite.  Mais le particularité de notre pays est que tous ceux qui ont eu un poste de responsabilité, sous Conté, sont devenus riches ou tout au moins financièrement aisés avec la "bénédiction"(tolérance et admiration) de la société en Guinée.  D’où la question à savoir : peut on punir tout ce monde ? Pourquoi s’acharner sur une élite et laisser les autres en paix ? Ce serait une justice inique !  Il n’est donc pas surprenant que cela ne soit pas un handicape pour faire de la politique en Guinée.  Ces personnes seront probablement associées à l’exercice du pouvoir si elles ne sont pas carrément à la tête du Pays.  Et il faut aussi admettre que sans ce laxisme en terme de gouvernance, notre Général ne serait certainement resté aussi longtemps : ça arrangeait et arrange tout le monde au Pays, même ceux qui critiquent.
Leçon cinq : par pragmatisme, à moins d’en avoir les preuves et être prêt à porter plainte devant un tribunal, il faut faire fi de ces crimes financiers du passé et prendre des dispositions draconiennes pour l’avenir.  Autrement, ne pas agir et se limiter aux suspicions et accusations n’apportent rien au débat surtout qu’en Guinée, où l’essentiel se passe, on en a totalement cure. Les détournements de deniers publics et abus de biens sociaux ne sont considérés choquants et comme des crimes que par nous qui n’en avons pas bénéficié étant à l’étranger.

En France, nous avons vu jack Lang, Bernard Kouchner faire faux bon au parti socialiste pour collaborer avec Nicolas Sarkozy. Aux USA, le Sénateur Liebermann, Démocrate, est devenu indépendant pour appuyer G.W.Bush dans sa guerre " anti-terroriste".  En Afrique et en Guinée, ce phénomène de transhumance politique est si courant que certaines  personnes n’hésitent plus à en faire une carrière. 
Leçon six : la politique des idéologies et fidélité au parti cèdent le pas à celle des intérêts et ambitions  personnels d’où les débauchages faciles même en Occident (où les hommes politiques sont sensés avoir moins faim).

La lecture de certains articles de compatriotes faisant de façon partisane l’apologie de crimes et de la mal gouvernance qui ont conduit le pays au fond du gouffre me fait réaliser combien les mauvais intellectuels peuvent être dangereux pour un pays.  En effet, maîtrisant l’art du raisonnement et de la pensée, ils concoctent des sophismes pour disséminer leur idéologie qui mine la nation à bâtir : ils conceptualisent leurs intérêts personnels et ceux de leur groupe/clan qui finit par effilocher le tissu social.  L’intellectuel qui se met à la disposition d’une politique est à celle-ci ce que le scientifique est au département de R&D (recherche et développement) ; à la différence que le produit du premier est abstrait et peut se répandre insidieusement et s’incruster dans le subconscient du peuple et devenir un dangereux "inconscient collectif".  Par exemple en Guinée, cela peut se traduit par les termes de « anti-Guinéens », « diaspos » ou « cinquième colonne » ou de « l’ivoirité » en Côte d’Ivoire.       
Leçon sept : Les mauvais intellectuels sont les éléments les plus caustiques pour le tissu social et par là même pour la nation : au lieu d’avoir une entité nationale, nous aurons une mosaïque de micros "nations" formées par réaction de solidarité politique au groupe auquel on pense appartenir- car cela est devenu très relatif de nos jours à cause des mariages- tout en cohabitant sur le même territoire  et devant partager le même destin.

Les arrestations de Radovan Karadzic, Charles Taylor, et d’autres pour le génocide rwandais ainsi que les procès intentés contre Pinochet après sa retraite, nous permet d’espérer que si les victimes sont suffisamment déterminées pour attirer l’attention de l’opinion internationale - particulièrement occidentale, hélas- elles peuvent toujours obtenir justice et réhabilitation quelle que soit l’échelle du temps. Pour la Guinée, le combat et la détermination de Mme Nadine Barry pour la mémoire de son mari devrait être une source d’inspiration et un exemple.  Les crimes de sang devraient être les seuls imprescriptibles quelles que soient les raisons car Dieu donne la vie, un humain ne peut la supprimer et être absous.  Là encore, il y a deux poids deux mesures car Tony Blair et George.W.Bush ne seront certainement pas inquiétés bien qu’ils aient causé des milliers de morts innocents à travers une invasion  "illégale" de l’Irak. Par contre, les dirigeants du Soudan et du Zimbabwe passent pour des barbares alors qu’ils ne sont pas différents des deux premiers.  Sans parler des actions passives de la France et de la Belgique au Rwanda.
Leçon huit : La politique qui a pris abusivement des vies humaines devra rendre compte à la société tôt ou tard.  Néanmoins, la communauté internationale applique une justice et des résolutions à deux standards, l’un très stricte pour les pauvres et un autre compréhensif et tolérant pour les riches et culturellement dominants. Il faut admettre que la politique du ventre des pays « en développement» favorise ce traitement inique.           

Combien de fois avons-nous lu ou entendu les Guinéens vanter les richesses de notre sous-sol !   Particulièrement les plus vieux qui en parlent avec émotion et nostalgie au point que nous sommes tous convaincus qu’en quelques années de bonne gouvernance, notre pays peut surpasser tous les autres de la sous-région.  Hélas, rien n’est moins sûr car les autres aussi ne font pas du surplace. Si les richesses minières  faisaient le progrès, la République Démocratique du Congo (ex Zaïre) serait le plus avancé car il regorgerait de pratiquement tous les éléments du tableau chimique de Mendeleïev ; et l’Ile Maurice serait parmi les plus pauvres or c’est tout le contraire.  Certes le pétrole apporte de la richesse mais ne conduit pas forcément au développement (Nigeria, Gabon etc…).   
Leçon neuf : un pays ce sont ses hommes (une lapalissade, néanmoins non évidente pour beaucoup) ; sa réussite/son développement dépend du travail de ses habitants et non des richesses ou potentialités du territoire qui ne peuvent être que des atouts. 
La vraie richesse d’un pays est la "matière grise", le génie des hommes !

Les sieurs Mwai Kibaki, au Kenya et surtout Morgan Tsvangirai, au Zimbabwe n’ont pas renoncé à aller aux élections malgré tous les signes qui annonçaient que les présidents sortants feraient tout pour tricher et se maintenir.  Particulièrement Mr Tsvangirai qui a été auparavant battu et emprisonné à plusieurs reprises sans parler de tous ses supporters assassinés.  Ils ont su faire en sorte que les yeux de l’opinion  internationale soient fixés sur leur pays. Après le scrutin, ils ont eu le courage de contester et dénoncer le pouvoir en place.  En créant ainsi une situation de crise sous- régionale, ils donnent l’opportunité à la communauté internationale de s’immiscer dans leurs affaires internes et venir ainsi à leur secours.  Mais le plus instructif est que sachant qu’ils ne peuvent se débarrasser d’un coup du président en place, ils se sont fait violence- surtout pour Mr Tsvangirai - en acceptant de tenter un compromis qui les rapproche du Pouvoir ; plutôt que de jouer à l’intransigeance qui les en éloignerait.    
Leçon dix : L’orgueil et les sentiments personnels subjectifs prenant le dessus sur la politique sont les pires ennemis du leader politique et freinent sa progression vers le Pouvoir.

En Conclusion, nous n’avons pas à désespérer en terme de démocratie et de développement (la course continue, rien n’est encore définitivement acquis ; le retard est relatif).  Tout reposera sur notre force mentale et volonté de nous forger une route qui correspond à nos aspirations dans un cadre de globalisation inévitable dont nous devons forcer la porte pour devenir participant plutôt que spectateur.  Nous avons parlé de force mentale car nos parents et aînés ont surtout péché par timidité et complexes par rapport à l’Occident qui a tout fait pour les intimider mentalement afin de continuer notre exploitation et rester sur leur piédestal (comme Sarkozy et  Berlusconi parmi d’autres).  De quelle manière ?  Quelqu’un de célèbre ( ?) disait que le vrai esclave n’est pas celui que l’on capture et enchaîne de force mais c’est plutôt  celui qui l’accepte et l’admet mentalement et moralement. Donc, désormais après un demi siècle de cycle/courbe d’apprentissage (learning curve), la balle est bel et bien dans notre camp.  Malgré les "propagandes" insidieuses (réunions du G8) et autres insinuations en euphémismes (Francophonie et Commonwealth), nous sommes juste des hommes et femmes capables comme tous les autres ; pour peu que le verrou mental saute : pour exemples, Cuba sur le plan des sciences et l’enseignement(ça va ensemble) , le Mali et surtout le Burkina Faso qui s’est décomplexé grace à Thomas Sankara et joue désormais pleinement son rôle dans la sous-région alors qu’avant le pays était plus un satellite de la Cote d’Ivoire et internationalement timoré.  Donc, plus de mythe basé sur une notion discriminatoire de pays « civilisés » qui est plus une vue d’esprit qu’une réalité concrète !
Quant à la demande de justice (par rapport au passé), cela devrait rester un épiphénomène en relation à nos nouvelles aspirations.

 

Ibrahima Diallo - "Ollaid"


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Kamin Souh Mahomy05/08/2008 19:06:58
Monsieur Ibrahima Diallo,
Juste pour vous adresser mes vives félicitations à propos de votre article ci-dessus. Encore merci.
Malgré la longueur de ce texte, je l'ai lu et relu car il est intéressant dans ce contexte actuel de la politique guinéenne, plein de réalisme que tant d'autres que nous avons souvent lus sur nos sites guinéens n'ont pas. Une analyse politique doit tenir compte des réalités parpantes et autres paramètres des situations vecues, présentes et à venir.
Malheureusement, les intllectuels guinéens se sont plongés dans des exercices de dénigrments des uns et d'adoration des autres en s'autodétruisant alors que l'avenir de ce pays en est autre.
Encore merci, maintenant ça change, peut-être nous assisterons à un rapprochement à la République et au profit du peuple loin des démonstrations des cursus.
Les uns sont adorateurs de l'occident, donc les différents systèmes font et défont nos souverainités, d'autres sont aveuglés par un esprit de revanche et un troisième camp pétri d'égoisme, dont les acteurs sont prèts à vendre même leurs propres geniteurs pour des interets presonnels.
Barry A.06/08/2008 13:14:56
Excellent Mr Diallo. Je suis à 100% d'accord avec tout ce que vous avez écrit ici. C'est comme si vous êtiez entrain d'écrire mes pensées. Malheureusement pour moi, je ne peux pas les exprimer comme vous. Je vous dis merci et courage.
Solo Keita06/08/2008 13:49:35
Félicitations monsieur Diallo! Vos analyses sont très bonnes et instructives.
Issa07/08/2008 10:39:24
Merci Mr Diallo. Vous me facinez dans vos textes. Vos opinions sont toujours supportes par des arguments solides et des examples concrets. Je crois avec vos opinions vous ouvrez des bonnes voies pour notre pays enquete de repere si les gens devenaient comprehensifs