2008-08-10 02:11:44
Il y a des compatriotes pressés de tirer des conclusions hâtives du message que je leur délivre sur ma perception du mal guinéen. Dès lors qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils auraient aimé entendre ou lire, ils s’enragent de telle sorte que la compréhension de mon analyse leur échappe. Ils se transforment en critiques, censeurs et/ou ordonnateurs de la pensée ou idée de convenance. Je leur réponds que je suis un esprit libre. Ni les menaces, ni les insinuations, les injures et encore moins les diffamations n’auront jamais raison de ma détermination à livrer le combat auprès et avec les patriotes guinéens.
C’est pourquoi je ne ferai point de cadeau aux bouffons gouvernementaux qu’ils veulent que nous protégions et valorisions.
Valoriser ceux qui trichent avec succès, volent l’Etat, affament les Guinéens et s’enrichissent de leur malheur est une complicité criminelle.
> Recherchons le bon sens en analysant le mal guinéen avec sérénité, impartialité et en ayant pour seul objectif la naissance de la liberté et de la démocratie en Guinée. Alors la vertu couronnera le triomphe du combat.
La célébration des individus, de leurs gloires frelatées et éphémères quand ils n’ont rien apporté de positifs au progrès social, économique et à la justice sociale dans notre pays constitue un obstacle au changement que nous voulons.
Chaque Guinéen doit fournir au quotidien, les efforts nécessaires à la défense des valeurs indémodables qui font la force, la puissance et la grandeur des nations et devant lesquelles l’individu n’est qu’un sujet s’il y contribue, sinon il n’est rien surtout s’il a été aux affaires publiques. Cette attitude doit être une exigence pour nous tous, car on peut casser les ressorts d’un pays par aveuglement, légèreté, ignorance, incompétence, ou incurie, cupidité et irresponsabilité… Les exemples ne manquent pas dans notre triste et douloureuse histoire.
Pour cela, je dis que la Guinée ne guérira pas de son mal si nous ne modifions pas, si nous ne changeons pas radicalement l’approche et l’analyse des faits qui émaillent notre évolution.
La logique qui prévaut dans notre pays depuis l’indépendance et qui s’est exacerbée ces vingt dernières années est l’une des causes, sinon la principale de la décomposition de l’Etat à laquelle nous assistons presqu’impuissants.
En effet, sous le ciel du PDG, elle s’est reposée sur une vision statique de la nation qui avait donné naissance à la gestion familiale de l’Etat. Avec son successeur ; c’est le règne de la mafiaguinée. Ses animateurs se sont révélés piteusement médiocres ce qui permet l’information des Guinéens, en temps réel, de leurs agissements contrairement au temps du premier régime. Autant affirmer, ici, qu’ils ont vermoulu la République dans laquelle le secret d’Etat n’existe que dans sa forme criminogène, sinon tout se sait tout de suite après qu’il se soit pensé au sommet du pouvoir. Ce qui explique que les falsifications de décrets, qui ne datent pas seulement d’aujourd’hui, sont portées à la connaissance du plus grand nombre. Cela explique aussi la ramification des réseaux claniques plus corrosifs et pernicieux au sein de l’appareil d’Etat.
Le refus de cette logique est au cœur de mon engagement, chers compatriotes ! Il est l’essence de ma motivation à continuer le combat jusqu’au triomphe de la démocratie en Guinée.
Certes, le chemin peut être long, mais j’y donnerai toute mon intelligence, toute mon énergie, seul ou avec d’autres. Donc ce ne sont pas les fanfaronnades des uns, les injures et menaces des autres qui affaibliront mon inoxydable énergie de combattant de la liberté. Ce refus oriente toutes mes prises de position, irrigue mes démarches et alimente mes réflexions sur l’inhumaine condition de vie des Guinéens. Il m’autorise à les placer au centre de ma vision pour une Guinée renaissante dans laquelle tous ses enfants seront fiers d’elle parce que considérés sur un pied d’égalité par la République en droits et devoirs. Il me permet de mettre au cœur du projet de société que j’envisage pour mon pays, le progrès social et le bien-être de tous les Guinéens.
On me reproche de ne pas faire cadeau à Lansinè Kouyaté et Alpha Condé et de rappeler les crimes de l’ancien régime. Paradoxalement, si je mets du temps sans les évoquer, on provoque des contextes qui les ramènent comme sujet de débat. Ceux qui le font en ont-ils conscience ? Dans mon article : « Debout les morts !», je n’ai rien dit d’Alpha Condé, des commentateurs l’y ont invité. Alors voici quelques séquences qui pourraient aiguisé mieux leur hargne.
Je voudrais que ceux qui le disent montent, par exemple, aujourd’hui dans le navire RPG du capitaine Alpha Condé. Qu’ils comptent le nombre de passagers et reviennent nous dire les absents. Surtout qu’ils prennent en compte les ténors qui ont suscité des adhésions chez un grand nombre de nos compatriotes.
Mais avant leurs résultats, je m’interroge : Où se trouve aujourd’hui Sampil qui a tout donné au RPG contre le risque de se voir rejeter par sa communauté d’origine ? Où est passée N’na Saran Kourouma, énergique et brave militante ? Que sont devenus des gens comme Sékou Diawara et d’autres ? Qu’est devenu Antoine Soromou, jeune maire, en son temps, qu’admirait Lansana Conté qui aurait pu faire de lui un maillon fort de son régime, mais qui l’a refusé pour accompagner Alpha Condé jusqu’en prison ? Souvenons-nous que « l’Eminent » professeur s’était fait enturbanner imam à Pinè pour tenter de franchir la frontière ivoiro-guinéenne et qu’il y fut arrêté. Rappelons-nous que Sékou Souapé Kourouma est séquestré de nos jours à cause de lui et qu’il lui a tourné le dos en renvoyant tous ceux qui lui ont demandé d’intercéder pour sa libération. Pour la petite histoire, le RPG est devenu ce qu’il est dans notre pays grâce à ce jeune dévoué et engagé militant des premières heures de ce parti. Il a joué un rôle majeur dans son introduction et son implantation dans notre pays. Pendant dix ans, il a risqué sa vie pour Alpha Condé. Sa récompense ; c’est d’être abandonné dans la prison. Mais un jour viendra où tout se dira et se saura.
Dites-moi franchement, combien de leaders guinéens, depuis 1993, ont fourni tant d’habitants aux cimetières guinéens plus qu’Alpha Condé ? Deux exemples. Facinet Béavogui, émérite historien, après s’être exilé pour son militantisme dans le RPG, trouva la mort dans des conditions sombres dans les toilettes de l’appartement qu’il occupait à Abidjan. N’Vafing de Pinè mourut frappé de folie après une détention qu’il n’avait pu supporter et qui l’avait traumatisé. Ce garçon, père de famille, représentait la réussite à Pinè et constituait la sécurité de sa famille. Il adhéra au RPG. Le malheur voulut que dans sa fuite, Alpha Condé se réfugie chez lui. Voilà le crime qu’il commit et qui lui coûta la vie.
Après sa longue retraite à Paris, de sortie de prison, Alpha Condé avait effectué une tournée en Guinée. Arrivé à Lola, les pauvres parents de N’Vafing, escomptant recevoir quelque chose de lui, se seraient déplacés de Pinè à Lola. Une simple cola traditionnelle n’aurait même pas été sortie de sa poche pour présenter ses condoléances. La famille n’aurait eu droit qu’à une séance de photographie. Cela aurait démobilisé plus d’un militant.
Toutes ces histoires me posent problème dans la conduite des Hommes qui sont de potentiels candidats à des postes de commandement dans mon pays.
En 1958, Sékou Touré est passé entre les mailles de la vigilance des Guinéens. Les conséquences sont là, encore vivaces. Et l’on veut qu’on n’en parle pas.
Je dis : les Hommes politiques comme l’Etat doivent se référer à une éthique ; celle que nos traditions ont porté à travers le temps et les âges pour que nos sociétés soient. Je dis que la politique doit être comprise dans ces éloges : l’humilité, la générosité, le cœur, l’humanisme, l’altruisme, le respect d’autrui, la défense des plus fragiles et faibles, la reconnaissance des autres, le bon usage du capital de confiance des compatriotes et la serviabilité…. Mais lorsque l’arrogance, le mépris, la tricherie, l’égoïsme remplacent ces valeurs dans le comportement de ceux-là qui veulent briguer la confiance de leurs contemporains, il faut faire attention !
Cependant, tout le monde est libre dans son choix. Je ne fais qu’accomplir mon devoir et respecter mon engagement envers tous les Guinéens en ayant décidé de les informer que sur les faits réels et non les combler de littéraires vaines et creuses sinon mensongères. Autant affirmer encore avec force que je ne hais personne, mais j’avais écrit que les Hommes publics seront placés sous les projecteurs de la lumière la plus vive. J’obéirai à cette exigence jusqu’à ce que le ciel de mon pays s’illumine des rayons du soleil de la liberté et de la démocratie. En attendant, cessons de valoriser les criminels passés, présents et futurs.
Paris, le 9 août 2008
Jacques Kourouma
jacques.kourouma@aliceadsl.fr

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