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Mon frère, mon camarade, mon ami, Ahmed Tidiane CISSE

Par Mamadou BAH Baadiko Président de l’UFD


2015-01-13 17:03:43 

Ahmed Tidiane CISSE nous a quittés pour l’éternité. Ce monument de la culture africaine, ce digne fils de Guinée n’est plus. En lui, j’ai personnellement perdu un frère, un ami et surtout un camarade de lutte avec lequel nous avons partagé le même rêve d’une Afrique libre, unie et prospère, pour le plus grand bien de ses peuples.

Je l’ai connu à Paris dans les années soixante, lorsque nous militions ensemble dans les mouvements d’étudiants et d’immigrés guinéens en France. Après la chute du régime sanguinaire du PDG-RDA que nous avions tous combattu, nous sommes rentrés en Guinée en 1984. Il est vrai qu’à partir de là, nos chemins ont évolué en parallèle, dans des structures politiques différentes ; mais nous étions toujours d’accord sur les mêmes options fondamentales d’unité, de démocratie et de justice sociale. C’est cette convergence de vue réaffirmée qui nous a permis de nous retrouver et de travailler étroitement ensemble au sein du Forum des Forces Vives, pendant la période de la transition militaire ayant suivi la mort du Général Lansana Conté . C’est là que j’ai eu le plus à apprécier les qualités exceptionnelles de CISSE, homme de dialogue, tolérant et fidèle à ses idéaux de jeunesse. En effet, dans cette atmosphère de course aux postes et de manipulations politiciennes de toutes sortes, il su  garder le cap et privilégier ce que nous considérions comme les intérêts supérieurs du peuple de Guinée.

Ainsi il n’est pas inutile de rappeler un épisode marquant de cette période : ayant constaté qu’une transition sans balisage institutionnel était entrain de se mettre en place, avec le soutien de la communauté internationale et sans la participation des Forces Vives, nous avions entrepris de finaliser et faire signer l’Accord politique global inter-guinéen. Ce document capital devait constituer la véritable charte de la transition et prévenir toutes les dérives et toutes les forfaitures que nous avons eu à déplorer par la suite. C’est CISSE lui-même qui avait remis ce document consensuel à Jean-Marie Doré pour transmission au Général Sékouba Konate, avant la formation du gouvernement de transition. En ayant adopté cette position de principe, il savait qu’il prenait de gros risques au plan personnel, car il était devenu évident que ce document gênait énormément ceux qui ne voulaient à aucun prix se retrouver à gérer le pays avec des textes contraignants. Des messagers ont été envoyés à CISSE pour lui enjoindre de se désolidariser de nous, principalement de moi qui était à la pointe de ce combat pour une transition balisée par des textes clairs s’imposant à tous. Mais CISSE est resté ferme sur sa position. Il a respecté la parole qu’il a donnée et n’a pas accepté de se dénier et de nous trahir, quoi qu’il lui en coûte. Devant son refus de courber l’échine, les mesures de rétorsion sont tombées très vite: son nom a été rayé de la liste du gouvernement de transition dans lequel il devait occuper le poste de ministre de l’information et de la culture. Il a fini par se retrouver au Conseil National de la Transition (CNT). Au cours des élections présidentielles de 2010, bien qu’ayant opté pour deux camps opposés, nous avions gardé en permanence le contact.

Lorsqu’il était Ministre de la Culture, nous avions eu à échanger longuement sur la politique qui devrait être menée dans ce domaine, afin de réhabiliter notre culture et d’en faire un véritable levain de l’unité nationale, dans une Guinée laborieuse et fraternelle. Mais je ne trahis certainement pas un secret en disant qu’au sein de l’équipe gouvernementale du RPG-Arc-en ciel, CISSE était marginalisé, rageusement combattu par certains pour sa rectitude morale et son refus d’adhérer à la mode ambiante de l’enrichissement illicite, de la corruption, de la flagornerie et de la division des nationalités. Son ministère a été intentionnellement privé des moyens minimum lui permettant de travailler et de remplir sa mission. CISSE avait compris que le changement tant espéré par le peuple de Guinée ne viendrait pas de ce régime là. Il était très triste de constater que le pouvoir dirigé par notre ancien camarade a complètement échoué et que nous sommes actuellement à l’opposé de la révolution salvatrice des peuples africains à laquelle nous avions tous rêvé dans notre jeunesse. Lorsque la maladie a commencé à le ronger jusqu’à le rendre impotent, il n’a pas eu d’autre choix que d’aller chercher des soins en France. Mais il savait qu’il ne reviendrait pas vivant en Guinée et me l’avait confié.

Ahmed Tidiane CISSE laisse au peuple de Guinée et particulièrement à sa jeunesse, l’image d’un authentique patriote, honnête, exigeant envers lui-même et prêt à aller jusqu’au sacrifice suprême pour le triomphe de ses nobles idéaux. Ses enfants et sa famille peuvent être fiers de lui.
 
Adieu CISSE, tu as bien mérité du peuple de Guinée et de l’Afrique. Nous te faisons le serment de continuer notre lutte commune jusqu’à ce qu’Allah décide qu’on aille te rejoindre. Que ton âme repose en paix.

Conakry, le 7 janvier 2015.


 

2 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Aliou Baldet13/01/2015 18:28:40
Je constate avec stupéfaction la réaction de certaines personnes qui prétendent être des démocrates et qui luttent contre le système ethno-fasciste Alpha Condé
Je reviens une fois encore pour vous dire que très certainement ce Monsieur Tidjane Cissé a été avec vous un bon ami (vous êtes de la même promo-ça peut créer des liens) ; ainsi dans sa sphère privée il a été un bon ami. Il a peut-être même, dans le cadre du privé, pu être sensible à la situation difficile des guinéens, être en désaccord avec certaines injustices, c’est possible. Mais en quoi cela a-t-il soulagé notre peuple ?
Pour nous autres, ce qui nous intéresse et permet de « juger » son action-car, c’est de cela qu’il s’agit, ce son ses actes publics (dans la mesure où il était Ministre) donc membre du gouvernement d’Alpha Condé.
Je constate que M.Cissé étant membre de ce gouvernement partage de fait l’action donc les faits et agissements du gouvernement Alpha Condé.
Le gouvernement Condé a assassiné directement 57 Guinéens (lors de manifestions reconnues par la constitution Guinéennes) sans oublier les 350 milles Guinéens qui ont été pour les plus chanceux chassés de la Haute Guinée (Siguiri, Kankan et Kouroussa) et pour les autres tués parce qu’ils sont présumés Peulhs alors que certains ne parlaient pas un seul mot Peulh et n’ont jamais connu le Foutah.
M.Cissé étant membre de ce gouvernement (jusqu’à sa mort), s’est-il abstenu de participer à ce gouvernement ? A-t-il démissionné, lorsque ce dernier s’est livré a des actes inqualifiables, contraires à la justice et préjudiciables à la cohésion nationale ? Sans préjuger de ses qualités personnelles, M.Cissé est SOLIDAIREMENT responsable de cette barbarie.
Certains disent que les « Ministres-Victimes » et « officiers de l’Armée-victimes » du régime Sékou Touré pouvaient être aussi « solidaires de Sékou Touré ». Rappelez-vous que tous les Ministres et officiers de l’Armée Guinéenne qui ont été arrêtés ont TOUS été pendus ou fusillés Par Sékou Touré.
Je crois que M.Cissé est mort dans son lit et n’a jamais été arrêté par Alpha Condé.
Enfin, certains voudraient que CDD soit aussi comptable de Conté ; je crois par les actes de CDD auprès des différentes cérémonies du PUP montre sa proximité avec L.Conté.
En ce qui concerne L.Conté, beaucoup de Guinéens sont persuadés qu’au sein de l’Armée, il y a eu un règlement de compte entre militaires. Une fois encore, cela est complètement FAUX !
Conté et Diarra avaient trahi l’armée et, de fait étaient devenus miliciens dans la mesure où, ils étaient chargé de faire le sale boulot de Sékou Touré.
Pour mémoire lorsque l’Etat-Major interarmes dirigé par le Général KeÏta Noumandian a refusé l’introduction de la politique dans l’Armée à travers des CUM (Comités d’Unités Militaires), Sékou a utilisé Diarra pour que ce dernier se présente aux élections dans la mesure où, à l’époque tous les officiers ont refusé d’être candidats. Diarra s’est présenté, SEUL candidat, il a été élu Président du CUM et à la mort de Sékou Touré Diarra était membre du Comité Central du PDG. Donc le règlement de comptes entre Diarra et Conté est une « guerre » de miliciens et non de militaires ; Conté a gagné cette bataille. Donc mettre sur le même plan des « vrais victimes » du régime Sékou Touré et un règlement de compte entre des voyous ayant trahi l’Armée, c’est créer la confusion (comme peut être les Guinéens en raffole) !
M. Dioulde Barry13/01/2015 20:58:31
Temoignage emouvant ecrit par un brilliant Baadiko. Si Baadiko avait le genre de soutien que Cellou a eu, ce serait une toute autre situation en Guinee. Mais malheureusement ce sont des personnes qui n'ont fait aucune lutte outre que celle des clans mafieux autour des dictatures pour acceder a des postes juteux et piller le pays qui ont eu le soutien des gens. C'est aussi cela qui permet de confirmer que nous meritons notre sort en Gunee. Un leader doit avoir une experience dans la lutte avant d'assumer un role de premier plan. Mais si toute l'experience d'un leader consite a faire le courtisant pour avoir des postes pour amasser des richesses, en ce moment ce n'est pas facile. Le peuple devrait differencier entre ses enfants dignes et valeureux et les ses enfants profiteurs.
Un jour on connaitra la vrai valeurs des gens comme Baadiko et autres.