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2015-03-21 20:01:14
La crise politique Guinéenne continue avec un nouvel épisode intéressant que nous offre la CENI, en inversant la date des élections présidentielle et locales soulevant un tollé général dans les rangs de l’opposition. Les différents acteurs de la scène politique se préparent encore à un nouveau bras de fer et à une nouvelle confrontation. Ce cercle vicieux dans lequel nous évoluons depuis longtemps, n’est pas un fait insolite dans le combat pour l’émergence de la démocratie dans notre pays.
En effet la Guinée s’est toujours distinguée dans les prises de positions paradoxales qui la maintiennent dans le statu quo depuis son indépendance acquise dans des conditions tout à fait particulières. Aujourd’hui encore, le pays tarde à se départir de son lourd passé pour jeter les bases d’un véritable État de droit, afin d’amorcer son développement socio-économique et rattraper le temps perdu pour mieux préparer l’avenir. Les querelles politiciennes qui viennent fréquemment ralentir l’élan que le pays tente de prendre, sont le résultat d’un manque criard de leadership de qualité à tous les niveaux. Pour une nation qui aspire à la démocratie; la séparation des pouvoirs doit prévaloir dans le règlement des litiges qui portent atteinte à la constitution.
La CENI a travers les actes qu’elle pose, bafoue les textes juridiques fondamentaux en matière électorale, menaçant ainsi sérieusement la paix sociale et la stabilité politique en Guinée, au vu et au su des plus hautes autorités judiciaires du pays qui restent muettes devant ses multiples agissements.
Des décisions unilatérales sont prises n’importe comment, sans tenir compte des lois et des règles en vigueur. Il y a une stratégie sournoise entretenue et utilisée comme mode opératoire au plus haut sommet de l’Etat pour conserver le pouvoir clanique et despotique. Pour rappel le défunt General Lansana Conte affirma un jour devant des journalistes: “l’Etat c’est moi, le gouvernement c’est moi, la justice c’est moi”.
Cette pratique autocratique est devenue une tradition en Guinée, elle est déjà profondément ancrée et persiste avec les autorités actuelles. L’exécutif demeure le maitre incontestable de la gestion des affaires de l’État. Son pouvoir quoique clairement défini et limité par la constitution, s’échappe à tout contrôle et ses bavures intentionnelles entravent la bonne marche des différentes institutions dites républicaines.
L’Assemblée nationale, même si elle est relativement dominée par le parti au pouvoir, est minée par des conflits partisans et égoïstes au détriment de l’intérêt national. La cour suprême qui devrait jouer le rôle de surveillant des actions des autres pouvoirs, pour être un arbitre impartial et protecteur des dispositions constitutionnelles sacrées, se caractérise par une inefficacité légendaire en se rangeant toujours du cote du pouvoir exécutif. Dans ce cas, une structure comme la CENI, ne sera jamais libre de prendre des décisions allant à l’encontre du parti présidentiel, car sa neutralité n’existe que sur le papier, malgré le fait qu’elle est supposée être indépendante d'où son appellation de Commission Électorale Nationale Indépendante.
Toutes les controverses politiques récentes tournent autour de cette CENI, qui a montré ses limites dans la gestion du système électoral Guinéen. Des dizaines de personnes ont perdu leur vie a cause d’elle pour d’abord, obtenir le départ de Lounceny Camara son ex-président et ensuite, pour son renouvellement ou sa restructuration. Nous tournons en rond, tandis que des délégations spéciales n’ayant aucun mandat légitime continuent d’exister, ainsi que des maires se pérennisant à la tête de toutes les communes du pays. On nous dit que les dernières élections locales en Guinée datent de l’année 2005, mais aujourd’hui une décennie après, leur organisation n’est pas une priorité?
L’opposition affirme haut et fort qu'il est parfaitement possible de tenir les scrutins présidentiel et locaux en 2015, en procédant à l’actualisation et à la correction du fichier électoral comme préalable.
Quant à la mouvance présidentielle, naturellement, elle soutient le contraire et indexe d’autres raisons (Ebola, saison des pluies, peur d’une vacance du pouvoir…) comme causes du report des élections communales et communautaires jusqu’en 2016. Des excuses erronées qui ne tiennent pas route. Cela montre l’attitude désinvolte avec laquelle on prend les décisions en Guinée et qui créent des situations compliquées.
Toutes les crises naissent de la complaisance et de la légèreté de ceux qui sont chargés de les prévenir et de les résoudre. A force de continuer d’avancer de crise en crise, nous déboucherons éventuellement sur une catastrophe dévastatrice aux conséquences imprévisibles. L’expérience de la banalisation de la fièvre hémorragique à virus Ebola ne nous a pas encore servi de leçon, même avec les milliers de morts que nous déplorons. Voila une particularité néfaste de ce pays, ou l’important est banalisé et relégué au dernier rang.
Aujourd’hui la Guinée devrait avoir comme priorité le développement économique pour l’amélioration des conditions de vie des populations, en lieu et place des tiraillements interminables autour des élections, qui ne doivent qu’être périodiques conformément au code électoral guinéen. Mais toute la vie de la nation est prise en otage par des considérations électoralistes, tandis que la pauvreté et le recul du pays dans tous les secteurs vitaux s’accentuent du jour au lendemain.
Le temps ne prendra pas une pause jusqu’a ce que la Guinée soit prête à organiser des élections, pour nous offrir l’opportunité de corriger nos erreurs antérieures afin de repartir sur de nouvelles bases. Il est impératif de prendre des décisions courageuses a temps pour sortir le pays de cette stagnation honteuse. Pourquoi laisser la situation pourrir et atteindre un niveau de danger social irréversible? Ou est la justice pour trancher? Où sont les sages et les religieux pour intervenir? Où est la société civile pour jouer sa partition citoyenne?
Dans un pays normal, vu le bilan négatif du régime actuel avec son corollaire d’abus de tous genres, d’amateurisme et d’incompétence, Alpha Condé avec ce qu’il a invente comme “délégations spéciales, personnelles ou particulières” n’auraient aucune chance de continuer a exercer leur fonction respective. Mais on utilise toutes sortes de manœuvres dilatoires pour le maintenir, en vue d’un second mandat à la tête d’une Guinée que sa gouvernance a asphyxiée et rendue agonisante dans tous les domaines.
ALPHA S. MOHAMED