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En Guinée, le temps est venu pour le peuple de forger son destin !2015-03-22 18:11:49 La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a publié le 10 mars dernier le chronogramme des élections en Guinée en fixant au 11 octobre 2015 la date du premier tour des présidentielles. Les élections communales et communautaires quant à elles, sont rejetées à la fin du premier trimestre de 2016, alors qu'elles auraient dues intervenir en 2010. Cet agenda correspond exactement aux attentes de M.Alpha CONDE et confirme également l'aboutissement d'un long et violent processus de négation des fondements de l’État de droit. L'instrumentalisation de la CENI Dés son installation au pouvoir, M. Alpha CONDE s'est fixé comme objectif de dompter l'ensemble des institutions intervenant dans le cadre du processus électoral. La CENI qui a été fortement chahutée lors des élections de 2010 a été dissoute pour faire place à une nouvelle configuration juridique inscrite dans la constitution en septembre 2012 à travers une loi proposée et adoptée par le CNT (Conseil National de la Transition). Cette loi, comporte un changement majeur du mode de décision au sein de cette institution . Le mode du consensus qui prévalait auparavant permettait à chaque sensibilité politique de faire prévaloir son point de vue dans la mesure où les commissaires feraient preuve de compétence et de loyauté vis à vis des partis qui les ont désignés. Désormais la règle de prise de décision est celle de la majorité. Or la répartition ( 10 mouvance présidentielle-10 opposition -3 société civile et 2 administrations) accorde de facto la majorité numérique au pouvoir en place. M.Alpha CONDE est allé plus loin, en imposant ses choix à la société civile (Bakary FOFANA et KEBE du barreau des avocats) et en délogeant un représentant de l'opposition (BAYO) au profit de l'UPG de Jean Marie DORE dont la position sur l'échiquier politique national est à géométrie variable. Ainsi la mouvance présidentielle dispose au minimum de 15 voix pour un total de 25 commissaires. Par cette subterfuge, la CENI comme institution paritaire, impartiale chargée d'organiser des élections transparentes ,libres et crédibles a vécu. Elle est devenue purement et simplement une direction supplémentaire du Ministère de l'Administration du Territoire au service exclusif du pouvoir. Les délégations spéciales ou la mort de la décentralisation Un fichier électoral sur mesure La qualité d'un fichier électoral détermine la nature de toute élection. Un fichier, issu d'un recensement exhaustif du corps électoral et un support, infalsifiable et incorruptible sont des conditions nécessaires pour une bonne organisation des élections et de l'acceptation des résultats. Le recensement biométrique lancé avec la société Sagem en 2007 avait permis la mise en place d'un fichier électoral biométrique qui a permis l'organisation des élections présidentielles de 2010. Ce fichier devait être amélioré par l'élargissement de la population recensée d'une part et la délivrance de cartes biométriques aux électeurs dont les empreintes digitales étaient difficilement « captables »notamment dans les zones rurales. La loi électorale permettait chaque année d'enregistrer de nouvelles inscriptions des populations en âge de s'enrôler. Toutefois comme pour la CENI et les élus communaux , le régime d'Alpha CONDE cherchait simplement à « confectionner » un fichier reflétant ses choix politiques. Sagem avait été accusé par Alassane CONDE le Ministre des élections du régime, d'être une officine des services secrets français . Le gouvernement impose également au PNUD de livrer les codes secrets permettant de « corrompre le fichier électoral »dés le premier trimestre de 2011. C'est alors que l'opérateur technique sud-africain Way-Mark -Sabary Technology entre en scène pour finaliser la mise en place d'un nouveau fichier « taillé sur mesure » pour assurer une majorité suffisante au régime à toutes les consultations nationales ( liste nationale des législatives et premier tour des élections présidentielles). En dépit des manifestations massives de l'opposition en 2012 et 2013, des répressions sanglantes et barbares ( une soixantaine de manifestants abattus par les forces de l'ordre) et des négociations engagées sous l'égide de la communauté internationale , les accords du 03 juillet 2013 avaient entériné les faits accomplis. Comme il fallait s'y attendre les résultats du scrutin à la proportionnelle donnèrent prés de 52 % à la liste du RPG. Depuis ces élections législatives où le pouvoir a perdu les 5 sièges à l'uninominal de Conakry, M.Alpha CONDE a cherché à parfaire le système de fraude . Le recensement général de la population contre toute attente , livre des résultats où le fief du RPG ( la région de la Haute-Guinée) est « bizarrement » plus peuplé que la région de Conakry défiant ainsi tous les précédents recensements effectués dans le pays depuis l'indépendance. Le but recherché est la construction de manière durable d'une « majorité naturelle fictive » pour justifier une domination pérenne du pays par les tenants actuels du pouvoir. Le procédé est arithmétique , gonfler statistiquement le corps électoral potentiel dans les zones « supposées » favorables et le minorer dans les autres zones en institutionnalisant une coupure ethnique du pays entre les peuls d'un côté et toutes les autres communautés de l'autre. Impossibilité d'avoir des élections acceptables Dans ces conditions , il est illusoire d'espérer avoir des élections acceptables en Guinée , car structurellement elles ne pourraient ni être crédibles ni transparentes et ni libres. Un système sophistiqué de détournement des suffrages des citoyens guinéens est ainsi mis en place. Cette réalité est perçue aussi bien par les guinéens que par les observateurs internationaux. C'est la raison pour laquelle il existera des pièges et des manœuvres pour amadouer les forces du changement afin d'accepter d'assouplir leur position vis-à-vis du régime. Cette tactique prévisible devra être déjouée car elle ne fera que donner du temps à la gouvernance d'Alpha CONDE afin que celle-ci revoie sa copie électorale pour mieux affiner la prochaine mascarade pour se pérenniser au pouvoir. Les manœuvres à déjouer : une nouvelle inversion de l'ordre des élections Début mars, les responsables de l'opposition avaient tendu la perche à M. Alpha CONDE en ramenant leurs exigences à la publication par la CENI du chronogramme des élections et à l'organisation des communales avant les présidentielles. Le refus de la CENI et donc de M.Alpha CONDE d'accéder à cette demande minimale a créé un blocage. Le pouvoir échaudé par son échec aux législatives au niveau de la capitale Conakry n'a pas voulu prendre des risques de perdre les communales au niveau de Conakry, craignant une amplification de la défiance à son égard pour les élections présidentielles d'une part et de perdre également des leviers importants comme les délégations spéciales qui lui sont inféodées. Mais l'acceptation des communales allait de facto légitimer l'utilisation du fichier électoral actuel pour les élections présidentielles . Les élections locales neutralisent la mauvaise qualité du fichier qui sera dans ce cadre moins voyant. Par contre ,l'effet désastreux de ce fichier sera manifeste pour la présidentielle dés le premier tour où la majorité sera affectée au Président sortant. M.Alpha CONDE prenant tardivement conscience d'avoir perdu une opportunité de faire valider le fichier par les communales afin de « légitimer » sa victoire dés le premier tour des présidentielles pourrait être tenté de faire marche arrière. Il utilisera à cet effet la pression amicale de la communauté internationale, les appels au dialogue lancés par-ci ,par-là et la recherche du consensus pour « sauver la paix en Guinée» pour justifier un éventuel rétropédalage pour replacer les communales avant les présidentielles. Celles-ci seront alors projetées courant le premier trimestre de 2016 avec l'accord consensuel des parties prenantes. Cette hypothèse permettra au pouvoir guinéen de gagner triplement : Les manœuvres à déjouer : un dialogue politique inter-guinéen de façade La communauté internationale appellera à privilégier la recherche d'un dialogue politique entre les acteurs nationaux guinéens sans pour autant avoir les leviers d'action pour imposer au pouvoir une véritable sortie de crise .Pour elle, la recherche de la stabilité prime sur tout le reste. En effet , son credo est concentré autour de la notion de la « menace sur la sécurité internationale ». Dans ce cas de figure elle ne peut aller au-delà de la limite que le pouvoir en place fixe à travers le principe de la souveraineté nationale. Le gouvernement est seul en mesure de le définir tout en mettant en avant bien sûr ses intérêts politiques propres et en sacrifiant à la fois l'intérêt national. En une décennie la République Centrafricaine a été laissée dans une situation proche de la Guinée d'aujourd'hui. Des dialogues interminables et des accords signés en dix ans , n'ont pas stoppé la décomposition de l’État Centrafricain jusqu'à la guerre civile qui endeuille des centaines de milliers de personnes. La communauté internationale réagit que lorsque l'incendie se déclare ouvertement. Alors la spirale de violences et de destructions aura fini par dénaturer la nature des conflits . De sociopolitiques ils se transforment en une lutte pour la survie autour de présupposées références religieuses et d'appartenances ethniques. La seule alternative réaliste est le départ d'Alpha CONDE du pouvoir La décision de l'opposition de ne plus « reconnaître » la CENI est courageuse et sa portée ouvre de facto une crise institutionnelle en Guinée. L'opposition engage ainsi un bras de fer avec le régime sur des fondements liés à la constitution du pays. Ces dirigeants se condamnent à aller jusqu'au bout. Il leur est désormais interdit de faire marche arrière au risque de perdre toute crédibilité et de sacrifier alors leur avenir politique. Leur seconde décision de suspendre leur participation aux activités de l' assemblée nationale est symbolique mais elle cristallisera l'attention aussi bien de l'opinion nationale que de la communauté internationale. Toutefois la majorité des guinéens attend une prise de décision hardie relative à la gouvernance d'Alpha CONDE en personne, dont le départ est demandé. La revendication du départ d'Alpha CONDE afin que le pays puisse se réengager dans une transition démocratique pour pouvoir sereinement organiser des élections transparentes et crédibles est la conséquence logique des impasses actuelles : Pendant une décennie la crise guinéenne perdure et s 'amplifie. Les révoltes sociales de 2006 et 2007 n'ont pas permis de trouver une solution durable de sortie de crise , en dépit de l'arrivée de KOUYATE puis de SOUARE comme Premier Ministre et Chef de gouvernement. L'irruption sur la scène de la junte militaire du CNDD de Dadis CAMARA et Sékouba KONATE au lendemain de la mort du Général Lansana CONTE plonge le pays dans une instabilité chronique marquée par la sauvagerie des répressions notamment le 28 septembre 2009. La transition politique que le couple Sékouba KONATE - Jean Marie DORE dirige , échoue également à faire émerger à travers des élections crédibles une gouvernance soucieuse des intérêts de la population. C'est ainsi que M.Alpha CONDE devint le continuateur d'un système politique archaïque et violent, alors que le peuple guinéen aspire à un réel renouveau démocratique et à un redressement économique du pays. La gouvernance d'Alpha CONDE a brisé cet espoir. La Guinée est devant un grand tournant de son histoire. Accepter les replâtrages institutionnels en se contentant d'élections qui sont d'ores et déjà piégées même si les communales précédent les présidentielles sera un abandon des intérêts fondamentaux de la Guinée. En effet ,les impasses actuelles dans lequel le pays est plongé, le mène à terme dans le précipice et la catastrophe comme la Centrafrique ou la Somalie. Par contre , reprendre le destin national en main permettra d'abord d'évacuer la gouvernance d'Alpha CONDE pour instaurer une transition politique solide, crédible et réconciliatrice. C'est la seule voie réaliste et porteuse d'espoirs pour tous les guinéens. Cette chance est à la portée du peuple guinéen qui doit reprendre son destin, maintenant ! BAH Oury
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