|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Guinée : crime contre l’humanité à Banko, en Haute Guinée !
2008-09-11 15:16:01 Mardi 09.09.08 à 23 h 00 : dans une émission intitulée « Tout l’or du monde, en noir et blanc », la chaîne franco-allemande ARTE 7 nous a montré comment une compagnie minière internationale transfère de l’Indonésie en Guinée, dans un village autrefois appelé Banko. Le sous-titre de l’émission m’avait déjà irrité : « Les conséquences de l’installation d’une usine d’extraction aurifère ». Les reporteurs de Arte viennent observer les habitudes du village avant l’arrivée de l’usine aurifère. On trouve le doyen de Banko dans son champ, entrain de cultiver, malgré son âge avancé. Il s’explique : « Ce pays vit de cela. Qu’on le veuille ou pas, on doit cultiver. Car, autrement, on n'a pas de quoi vivre et nourrire ses enfants. Regardez ces enfants qui jouent là-bas, ils ne vivront pas d’autre chose que de la houe ». Connaissant bien la région et la culture, je me permets de vous expliquer cette affirmation. Ce vieux, comme la plupart de nos parents qui ne vivent que de leur sueur, contrairement aux dignitaires de Conakry, pensent que la vie tourne comme ils le connaissent : en saison des pluies, tout le monde va au champ pour cultiver ou apporter à manger aux cultivateurs, laissant les maisons ouvertes (pas de vol). En saison sèche, on va derrière le village, dans les mines artisanales pour creuser un peu de terre à laver, à la recherche de l’or. De cet or, on achète des bœufs, se marie et fête. Celui qui ne gagne pas grand chose dans les mines, doit beaucoup cultiver la saison suivante. Ainsi est faite la vie ! A cela s’ajoute la foi et ses rituels. A la nouvelle qu’il arrive des « blancs » (c’est le terme utilisé par les habitants du village) pour extraire de l’or pour le bonheur de tout le monde, le doyen va consulter un sage du village, "lecteur de sable" (en malinké : « Kinyè laala »). Il doit voir dans l’avenir ce que cette entreprise va rapporter au village, aux vrais propriétaires de ces terres. On nous montre comment le sage procède. C’est magique et paradoxal : il lit dans le sable, rituel hérité de l’animisme africain, mais invoque Allah, le Prophète et les esprits du village en même temps ! Chez nous, on a réussi un brassage savant entre l’Islam et les coutumes traditionnelles. C’est le wahhabisme qui vient menacer cette harmonie à présent. Le sable répond et le sage transmet : « Le trésor enfoui sous cette terre ici est énorme et son extraction va coûter chère aux habitants. Ils vont devoir faire beaucoup de sacrifices. Mais le plus malheureux est que c’est peut-être vos enfants qui pourraient en profiter, mais vous-mêmes vous n’allez rien avoir dedans ! ». "Comment ça, on vient extraire notre trésor duquel nous avons toujours vécu, l’or sous nos maisons et dans nos champs, et vous dites que nous n’allons rien y avoir ? Pour une fois, le sage doit vraiment avoir mal compris le sable !". Pensait certainement le pauvre vieux qui ne discuta plus avec lui. Arrivent donc les « blancs », leurs instruments et leurs serviteurs (des militaires guinéens, encore et toujours cette armée !). Sur le chemin, on déchire des maisons et des arbres. Les habitants restent sereins et accueillants. Un beau matin, des émissaires viennent dans le village au nom des « blancs ». On informe les villageois que le lendemain, l’usine va rejeter ou pomper de l’eau vers leur village et qu’ils doivent éviter tout contact avec cette eau (mortelle) et abandonner toutes les cultures qui seront touchées. La plupart d’entre eux sont appelés à quitter leurs terres sans tarder. Les pauvres vont rapidement se construire des cases avec des toitures en paille ailleurs. « Si seulement ils nous avaient donné 2 mois pour quitter, j’aurais dansé de joie d’être chassé de ma terre natale ! », ironise un vieux résigné. Pour justifier leur acte inhumain, un responsable de la compagnie laisse savoir que l’eau qu’ils rejettent dans la nature et vers le village contient de la cyanure, un violent poison chimique. Tant pis pour les bétails, les enfants et des voyageurs qui ne manqueront pas d’en boire et d’y baigner avant de le savoir ! Ce pourquoi des habitants européens sont informés des années avant et dédommagés, transférés dans des nouveaux logements avant tout début d’installation d’une telle usine, les pauvres villageois guinéens eux, n’ont eu droit qu’à être informés moins d’un jour avant qu’ils doivent quitter leur village ancestral et abandonner leurs cultures ! Elles se le permettent en Guinée parce que les responsables de notre pays n’ont ni respect ni pitié pour nos populations. Ces « blancs » auraient pu quand même tenir au respect minimum de la dignité humaine, au respect de leurs propres principes, même si le gouvernement dictatorial guinéen méprise son peuple ! Mais la fin du film est encore plus tragique : après leurs mines artisanales et leurs maisons, les villageois perdent également leurs champs de culture. Ces champs sont soit dans la zone d’exploitation soit situés de l’autre côté. Mais ils n’ont pas le droit de traverser les mines exploitées pour aller au champ. « De quoi allons nous vivre finalement, nous et nos enfants ? », se demande une femme ? Pour le besoin de survie, des mamans, des papas et leurs enfants prennent le chemin de la brousse ou des mines abandonnées par la compagnie pour chercher de l’or journalier comme avant. Mais l’Etat guinéen et les « blancs » venus d’ailleurs ont déclaré ces activités illégales. Ceux dont on a tout pris et qui se battent pour la survie se font donc arrêter comme voleurs chez eux et enfermer dans des conteneurs en acier, transformés en prison. Prisonniers dans des conteneurs sous le soleil et la chaleur de la Haute Guinée ! Pendant ce temps, dans leur ancien village, des « blancs » et leurs gardes guinéennes jouent sur des terrains bien aménagés, boivent et dansent dans des boites qui rappellent l’Europe. Quant à l’or extrait, on verra comment on en fait des lingots, mettre dans des caisses, puis embarquer dans des avions pour une destination inconnue. Le lecteur de sable ne s’était pas trompé. Malheureusement ! Le doyen du village: « De toutes ces tonnes d'or (sorties de chez nous), si on m'avait donné 1 kilos, comme ma part, j'allais faire ceci: Aujourd’hui, Banko n’est plus ! Boukariya (30 km de Siguiri), Faatoya, Balato et Leedo (à Siguirinin, frontière de la Haute Guinée et du Fouta Djalon) sont tous concernés. Va-t-on détruire tous ces villages et les existences qui y sont liées sans aucun profit aux vrais propriétaires des terres qu’on est entrain d’exploiter ? Nous pensons que les syndicats doivent également penser à ces pauvres populations, à nos papas, mamans, frères et sœurs des villages, dont l’existence est menacée. Ils n’ont personnes à faire valoir leurs droits, pour les défendre ! Aucun parti politique ne s’intéresse à leur sort, même pas le RPG à cause duquel toute la région subira des répressions sanglantes dans le passé. Les partis sont occupés à partager l’argent mis à leur disposition : 1 milliard comme première tranche de laquelle le PUP seul obtient 500 millions. Ce qui veut dire que le parti de Conté et de Souaré aura 1 milliard sur les deux débloqués pour les partis. Le ministre des finances, Ousmane Doré, a débloqué 22 milliards d’exonération douanière pour des commerçants libanais et guinéens, dit-on. On connaît ce genre d’action : le ministre débloque des sommes faramineuses au nom des hommes d’affaires ou des entreprises, et ces derniers leur reversent leur part, lui et ses mentors impliqués. On distribue de l’argent à ceux qui en ont de trop déjà. Le peuple quant à lui, peut attendre les aumônes du PAM (Programme Alimentaire Mondial). Pendant ce temps, il n’y a pas d’argent pour la commission d’enquête nationale, pas d’argent pour la CENI, pas d'argent pour le retour des diplomates inutiles et pas d’argent pour payer des fonctionnaires ! Dans la région, on assiste à la naissance des maladies jusque là inconnues du milieu. Il n’y a pas que de l’or exploité dans le pays. Mais nous n’avons pas d’hôpitaux ni eau potable ni courant électrique même dans la capitale Conakry. A qui profite cet or qui a conduit à la destruction des villages et des vies en Guinée ? L’implication de l’armée en dit déjà beaucoup. Pour toutes ces raisons, nous croyons qu’il est plus que temps qu’on se lève ensemble pour mettre fin à ce régime ! Nous le devons à ces populations, nous le devons à nous-mêmes ! Guineepresse.info
6 commentaire(s) || Écrire un commentaire
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||