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Amnistie pour les anciens présidents : ainsi donc, c'est impunité que Sassou cherchait !

Le pays - Auteur: Outélé KEITA


2015-11-11 19:25:11

A l'issue du controversé référendum du 25 octobre dernier, la nouvelle loi fondamentale du Congo a été promulguée le 6 novembre par le chef de l'Etat. Mais elle est en train de creuser le fossé de la division entre les Congolais. Pour cause, une disposition de cette nouvelle Constitution stipule que le « chef de l'Etat ne peut pas être poursuivi après l'exercice de ses fonctions ».

Celle-ci a été rejetée par l'opposition pour qui, après avoir « allègrement violé les dispositions intangibles de la Constitution du 20 janvier 2002 pour se maintenir au pouvoir à la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel qui s'achèvera le 12 août 2016, il [Sassou Nguesso] s'est octroyé une amnistie totale et à vie selon les dispositions des articles 10 et 87 de ladite Constitution, pour tous les crimes de sang et tous les crimes économiques commis pendant ses 32 ans de règne sans partage »

En s'aménageant une telle porte de sortie, l'homme fort de Brazzaville finit non seulement de convaincre qu'il n'a pas la conscience tranquille, mais aussi qu'à défaut de mourir au pouvoir, il n'a aucune envie de faire face aux fantômes de ses trois décennies de pouvoir, qui hantent certainement ses nuits et troublent son sommeil. Mais tôt ou tard, il va bien falloir ouvrir les placards de son règne. Et que dire des crimes économiques?

Ce n'est pas par hasard si le nom de Sassou est cité dans l'affaire dite « des biens mal acquis » de présidents africains qui thésaurisent indûment des fortunes colossales en Europe, pendant que la majorité de leurs administrés croupissent dans la misère crasse, sans même pouvoir s'assurer un bon repas par jour.

Comment peut-on vouloir diriger un pays, sans avoir à rendre des comptes ?

Dans le cas d'espèce, Sassou Nguesso aura trompé tout le monde sur toute la ligne, en profitant du référendum pour glisser des dispositions bien plus scélérates que la question de son troisième mandat dans la loi fondamentale de son pays. Et cela, encore à son seul profit. Aussi ne serait-il pas exagéré de dire qu'en lieu et place d'un référendum pour renforcer la démocratie et les institutions, c'est un référendum pour renforcer la dictature, avec, au bout du compte, une impunité totale pour le chef de l'Etat. Dans un Etat de droit, cela est simplement inacceptable.

François Hollande doit, à présent, être dans ses petits souliers; lui qui soutenait que Sassou avait le droit de consulter son peuple. A présent, le locataire de l'Elysée devrait en avoir gros sur la conscience, ses propos ayant pu servir d'adjuvant à la forfaiture de Sassou. En tout cas, Hollande peut maintenant se faire une meilleure idée, et mieux, comprendre le tollé que ses propos avaient suscité au sein des démocrates du continent qui ne peuvent accepter que la position du président de la patrie des droits de l'Homme, passe pour un blanc-seing ou une caution morale à des dictateurs décidés à ramer à contre-courant de l'histoire. D'autant plus que dans son propre pays, la France, il est inimaginable qu'un ancien président puisse rêver d'un tel privilège. Ce n'est pas Jacques Chirac ni Nicolas Sarkozy qui diront le contraire. 

Pour en revenir au Congo, le pire, c'est que cette loi d'amnistie a non seulement un effet rétroactif (elle devrait s'appliquer à ses crimes passés), mais disposera aussi pour l'avenir. Autant dire que c'est l'enfer qui s'ouvre pour le peuple congolais. Car, c'est comme si Sassou Nguesso disposait ad vitam, de droit de vie et de mort sur ses compatriotes, sans avoir aucun compte à rendre. Et rien ne dit qu'il s'en privera, surtout pour casser de l'opposant, à l'image du satrape de Bujumbura qui marche sur les cadavres de ses compatriotes pour se maintenir au pouvoir. Quelle honte !

Comment peut-on vouloir diriger, en ce XXIe siècle, un pays, sans avoir à rendre des comptes ? C'est scandaleux de faire voter une telle loi pour soi-même. Ceux qui ont aidé Sassou à se confectionner une telle Constitution taillée sur mesure, ne rendent pas service à la démocratie. Et s'ils s'imaginent qu'en octroyant à l'actuel chef de l'Etat, cette amnistie, ce dernier pourra renoncer de lui-même au pouvoir, ils se trompent. Car on l'a vu au Burkina Faso avec Blaise Compaoré. Malgré l'amnistie qu'il s'était octroyée pour assurer ses arrières, il n'a jamais renoncé à son rêve de se maintenir au pouvoir. La suite, on la connaît. Sassou Nguesso ne saurait être une exception. D'ailleurs, qu'est-ce qu'il peut bien avoir à prouver ou à réaliser après plus de trente ans de pouvoir, qu'il n'ait déjà fait ? Si, après tout ce temps, c'est maintenant qu'il se découvre de nouveaux chantiers, c'est la preuve de son échec à la tête du Congo. Dans ces conditions, il devrait débarrasser le plancher et laisser la place à un autre Congolais. Si c'est pour l'argent qu'il s'agrippe à son fauteuil, Dieu seul sait l'étendue de sa fortune. Il y a donc lieu de croire que la finalité de tout ce cirque, c'est la recherche de l'impunité. Mais la roue de l'histoire tourne. Et rien ne l'empêchera de tourner.

Outélé KEITA 

Source :
http://www.lebanco.net/banconet/bco27036.htm


 

3 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

ousmane bangoura12/11/2015 11:08:00
monsieur keita,

Je suis guinéen et du sur mesure mon pays est champion en la matière.Vous êtes choqué de ce qui se passe au congo. et pourtant si vous regardez bien vous constaterez que c'est partout pareil en afrique.Nos dirigeants se maintiennent au pouvoir dans la durée en s'asseyant sur les cadavres de leurs règnes. C'est le principe de fonctionnement d'une république bananière sans foi ni loi: la loi fondamentale est un outil de règne et rien d'autre que cela.S'il s'est s'octroyé le pouvoir d'immortel par référendum , en fin de règne si cela arrive, le peuple peut par référendum revenir sur sa décision d'impunité pour le condamner à perpétuité. C'est l'"avantage d'un pays de non droit"; sauf si la personne qui le remplace veut rester dans la continuité c'est -à -dire le nouveau dieu sur la terre du congo braza....
SADIO BARRY13/11/2015 13:44:42
Bonjour M. Bangoura !
J'aimerais entrer en contact avec vous. Vous pouvez m'écrire au sadio.barry@guineepresse.info

Merci d'avance !
ousmane bangoura13/11/2015 16:47:40
sadio.barry@guineepresse.info


monsieur barry,

je ne sais pas ce qui me vaut votre sollicitude à mon égard au moment même où je cherchais sur internet qui vous êtes à défaut de le connaître à travers vos diverses interventions.

J'étais dans une certaine mesure content de ne rien apprendre sur vous, écrit par vous , glorifiant votre égo sur wiki et autres, comme le font tous les politiques guinéens.De sidya à bah oury en passant par konaté pour ne citer que ceux là , on assiste à un étalage de connaissances et de capacités à se demander comment ils ont fait pour laisser notre pays dériver , voire sombrer à ce point.Je connais certains: des ministres , premier ministre ,président de l'assemblée nationale des hauts fonctionnaires par simple concours de circonstance au concours d'entrée au lycée donka en 1957.En 1962 nous avons voulu nous défaire de la révolution de AST, vous connaissez la suite même si sur les photos vous semblez avoirl'âge de mon fils aîné, j'ai terminé mon séjour au camps alfa yaya: j'étais en 10ème.Me voici en 12ème en 1964 avec certains qui , aujourd'hui défont qu'ils ne construisent notre pays.Me concernant j'ai plus travaillé en europe, en particulier en france comme cadre A à la fin de mes études universitaires. J'ai eu des convictions et me suis engagé politiquement.Aujourd'hui je suis à la retraite.Au temps de conté j'étais de la mouvance de PUP pour une raison simple, c'était un parti qui regroupait dans un équilibre instable toutes les composantes du pays car c'était le seul moyen d' éviter l'implosion et la division que connaissent notre pays aujourd'hui à un degré plus important.Conté savait que beaucoup des membres , adhérents et sympathisants du PUP étaient des taupes mais c'était une symbiose qui évitait l'éclatement du pays.Je suis un sympathisant de l'ufdg, avec mon franc parlé toujours avec courtoisie qui est ma nature profonde , qui se défoule des fois, qui voit un verre à moitié plein qu'à moitié vide, qui considère que l'homme total n'existe pas dans la vraie vie donc il n'est pas nécessaire de passer tout le monde à l'échafaud car à force on aura personne pour la relève du désespoir qui nous envahit. J'ai peur pour vous, vous êtes l'élu de l'instant présent et j'ai l'impression que dès que vous prendrez la direction ce sera votre tour de la descente aux enfers .bonne chance à vous.