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Guinée : funérailles d’une victime du PDG

Abdoulaye Barry, à jamais !


2015-11-12 12:04:40

Abdoulaye Barry, à jamais !

En fin, pour la première fois, une des victimes du camp Boiro retrouve la paix d’une tombe décente à son propre domicile à Kipé. Tout un symbole…

Jamais une femme n’a aussi bataillé pour donner à son époux la chance de reposer en paix, après avoir été torturé à mort, enterré dans l’indifférence et presqu’oublié dans un  terrain vague à Tokounou, à 130 km de Kankan.

Abdoulaye Barry, car c’est de lui qu’il s’agit, a connu la pire des bestialités d’un régime tortionnaire parce qu’on l’en voulait simplement par complexe d’infériorité. C’était dans la vague d’épuration déclenchée par le régime de Sékou Touré en Guinée, au début des années 70, suite à une agression guinéo-portugaise le 22 novembre 1970. Alibi ou raison pour déclencher les arrestations pour le compte de la 5è colonne.

Ainsi, quarante–trois (43) ans après la mort d’Abdoulaye Barry, un certain 7 septembre 1972, Nadine Barry son épouse, finit par lui offrir une sépulture digne pour ses restes, déterrés avec amour à Tokounou et transférés à Conakry. Une cérémonie religieuse d’inhumation ce 8 novembre 2015 qui restera à jamais dans les esprits.

Nadine, une française qui a aimé son ami et époux comme jamais, pour continuer à aimer la Guinée à travers une lutte engagée depuis 1972, suite au kidnapping du père de ses deux enfants à la frontière Guinéo-ivoirienne à Sinkon dans Beyla.

La cérémonie a donc eu lieu à Kipé dans le domicile conjugal des Barry. Mais qui était Abdoulaye Djibril Barry.

Né le 5 février 1936 à Timbo dans la préfecture de Mamou, cet ancien cadre de notre pays est l’une des victimes du régime Sékou Touré.  Pourtant, c’est le Président guinéen qui l’a invité alors qu’il servait dans une banque en France. En Guinée, il a été successivement au secrétariat général du gouvernement, puis chef de la division Europe de l'Est au ministère de la coopération économique. En 1970, l'enfant de Timbo est chef de cabinet au ministère des Affaires extérieurs.

Après l'agression de 1970, de nombreux membres de la famille de Barry Abdoulaye sont arrêtés, exécutés sans jugement.

Nadine et les enfants quittent la Guinée pour la France sous couvert d'une intervention chirurgicale sur le dernier né. La police secrète guinéenne d'alors surveille de près Abdoulaye Barry. Quelques temps après, Abdoulaye Barry quitte aussi le pays clandestinement par la frontière guinéo-ivoirienne. Il sera arrêté le 29 août 1972 en Côte d'ivoire par des miliciens guinéens, puis transféré à Beyla ensuite à Kankan. 

Emprisonné à Kankan et torturé jusqu'au 6 septembre, il quittera le camp militaire sous escorte pour être transféré au camp Boiro. Abdoulaye Barry n'arrivera pas sous les tortures. Il meurt à Tokouno et jeté quelque part dans la cachette. Depuis, sa femme Nadine Barry n'a pas baissé les bras. De recherche en recherche, elle découvre la tombe de son mari à Tokouno après un séjour de 15 ans dans cette localité.

Ce dimanche, les parents, amis, alliés d’Abdoulaye Barry et l'association des victimes du camp Boiro ont enterrés les restes de la dépouille mortelle de Feu Barry Abdoulaye à Kipé, à son domicile. Une cérémonie en trois temps qui a connu la séance de lecture du saint Coran, l’inhumation des restes et en fin, le point de presse de l’Association des victimes du Camp Boiro, où il a été question de revenir sur certaines pages douloureuses de notre passé commun, puis le niveau des démarches pour la restauration de la justice sociale  en Guinée.

Aux côtés de Nadine Barry, le Président de l’AVCB – Sidikiba Kéita, Dr Tounkara Amadou, Honorable Dr Fodé Maréga, veuve Kéléti Touré Kadiata, Abass Diallo, Yattara, papa Kassory et sa sœur Mme Diakabi Bébé Kassory, Mohamed Lamine Camara, Hawa Dramé, Tall et bien d’autres qui nous rappellent l’histoire de leurs parents finis dans des conditions incroyables d’atrocité.

Une nouvelle page de notre histoire vient de s’ouvrir, car à bien réfléchir, ils sont des milliers qui sont encore dans l’anonymat des charniers et autre fausses communes qui attendent d’avoir les mêmes honneurs qu’Abdoulaye Barry.

L’AVCB est d’avis de continuer le combat pour que les victimes soient reconnues et respectées pour le calvaire subit par leurs parents, fait d’un régime en Guinée, dont le système perdure encore.

Dieu accepte dans son royaume éternel, tous ceux qui sont morts dans les geôles de la dictature.

Repos éternel à Abdoulaye Barry de Timbo !

Aboubacar Sidick SAMPIL


 

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