2015-11-21 20:06:43
Les récents attentats de Paris soulèvent à juste titre l’indignation générale. Des innocents, jeunes pour la plupart, dont le seul crime est de profiter du week-end pour boire un verre et écouter de la musique sont fauchés par des malades mentaux déguisés en fous de Dieu. L’Etat a le droit de punir et le peuple, de s’indigner. Seulement le poids de la morale et la balance de la justice ne suffiront pas. Il faudra aller plus loin et à défaut de trouver les réponses justes poser du moins, les bonnes questions.
Tout se tient dans notre petit village planétaire, plus rien n’y sera simple. Le carnage du Bataclan intervient à quelques jours de la rencontre de Malte, à quelques semaines du COB21. Est-ce un hasard ? Certainement pas. Les migrations, le terrorisme et la pollution ne sont pas des phénomènes isolés. Ils constituent les effets désastreux et interférents d’une seule et même cause : un manque total de lucidité venant d’une lecture erronée et donc une mauvaise gestion de l'époque. Le monde a changé, l’Afrique et le monde arabe avec. Il serait absurde de le regarder avec les binocles de De Gaulle à plus forte raison avec ceux de Renan ou de Gobineau. Le fameux discours de Dakar ne doit pas être perçu comme la bourde d’un Sarkozy sous excès de bling-bling mais comme le symptôme d’une pensée politique à bout de souffle.
Quoi, la France n’a donc rien à proposer à ses anciennes colonies que les vieilles recettes de Foccart ? Les relents archaïques de sa politique africaine et arabe sont-ils sans incidence sur ce qui lui arrive aujourd’hui ?
Sortons des sentiers battus, osons dire haut et fort ce que personne n’ose murmurer ! Les gourous du djihadistes et les parrains des migrants puisent dans la même source : l’extrême désespoir dans lequel le despotisme et la corruption ont plongé des pans entiers du genre humain. Non, les dirigeants africains et arabes, n’ont pas fait exploser des bombes aux abords du Stade de France mais sans leur politique néfaste, le monde n’aurait pas connu Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, les naufragés de Tenerife et de Lampedusa. L’ennui, est que ces « coffres- forts » ambulants, pour reprendre l’expression en vogue bénéficient de puissantes complicités internationales. Ils savent que leurs crimes seront couverts et leurs élections truquées formellement avalisées. Il n’existe pas encore de terme consacré pour le monde arabe mais au Sud du Sahara, on appelle cela, la Françafrique, un club de Noirs et de Blancs qui a réussi à dévoyer les institutions de la République au profit des copains et des coquins. Un système qui évolue en vase clos, à la marge de la légalité constitutionnelle mais un système devenu si puissant que les journalistes s’en méfient et qu’aucun député ne se hasarde à l’évoquer lors des questions au gouvernement.
Le terrorisme est devenu un danger mondial qui risque sérieusement de faire exploser la planète. Les discours grandiloquents et les mesures spectaculaires-dont on sait par ailleurs qu’ils ne sont jamais loin des petits calculs électoraux- ne suffiront pas à l’éradiquer. Il faut aller au fond du problème si on veut ménager la paix.
Débord, à très court terme :
-tarir les flux financiers qui nourrissent le djihadisme comme le préconise avec justesse, le politologue, Jean-François Bayart. Ce ne sera pas difficile. On sait d’où ils viennent. On sait par quels circuits ils passent.
-travailler en amont en insistant sur l’information. Les frappes aériennes, c’est bien, le renseignement, c’est mieux.
Ensuite, à moyen terme, instituer la politique de coopération, c’est-à-dire, la rendre enfin légale, je veux dire, accessible au jugement de l’opinion et au regard sourcilleux du législateur. Enfin et surtout, la sortir une fois pour toute des idées du XIXème siècle et des méthodes des années 60.
Pour se protéger de la menace terroriste et de l’invasion des migrants, la France n’a qu’un seul remède : aider les pays du Sud à instaurer de véritables systèmes démocratiques susceptibles de protéger les droits humains et de créer un minimum vital.
Tierno Monénembo,
Écrivain franco-guinéen, Prix Renaudot 2008.
Dernier roman paru : Les coqs cubains chantent à minuit, Seuil, Janvier 2015.

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