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Recensement général de la population : Plus d’un million et demi de guinéens se seraient-ils volatilisés ?
Le gouvernement guinéen pour des raisons dont j'aurais voulu croire n'ont rien à voir avec la politique vient d'officialiser un recensement dont les résultats sont vraiment ahurissants. En effet, le décret du Président porte la population guinéenne à seulement 10,52 millions et pourtant selon les données de la Banque Mondiale de 2014, la population guinéenne serait de 12,28 millions. Quant à la CIA (le service de renseignement américain), elle estime que la population guinéenne serait de 11,7 million d'habitants. Par ailleurs, en se référant à l'unique recensement fait durant le régime de Conté, la population guinéenne était de 7.157.436 en 1996 avec un taux de croissance moyen de 3.1%. Avec un tel taux quoiqu’élevé, la population aurait dû atteindre les 12,4 millions d'habitants depuis 2014 et même avec le taux de croissance plus raisonnable de 2.65%, la population devrait être d'au moins 11,8 millions aujourd'hui. Alors que serait-il arrivé à ces 1,5 ou 2 millions de guinéens? Ont-ils disparu ou bien se sont-ils fondus dans notre soupe politique. Les résultats de ce recensement sont encore plus ridicules s'ils sont comparés au fichier électoral. Selon ce fichier, Conakry aurait 1.269.678 de votants inscrits pour une population de seulement 1.660.973. Ceci veut dire que plus de 76% de la population de Conakry serait âgée de 18 ans ou plus. Nulle part en Afrique observe-t-on une telle proportion. C'est seulement dans les vieux pays industriels d'Europe et au Japon où les taux de natalité sont bas et la population vieillissante qu'on peut observer un tel taux. En France par exemple le pourcentage d'inscrits lors des présidentielles de 2012 était de 70% et ce taux était de 76% en Allemagne aux élections de 2013. Ces taux sont nettement inférieurs dans les pays africains ou le taux de natalité reste très élevé. Lorsque nous prenons par exemple deux de nos voisins, la proportion de la population qui était inscrite sur le fichier électoral était de 43% au Mali en 2013 et de seulement 39% au Sénégal en 2012. Alors comment se fait-il que ce taux soit près de 60% en Guinée alors que les statistiques indiquent que les 42% de notre population ont moins de 15 ans? Pire encore, comment se fait-il que ces taux d'inscrits soient plus de 76,4% de la population à Conakry et plus de 58,4% dans la région de N'Zérékoré pendant que la moyenne dans les autres régions ne serait que de seulement 50%? Pourquoi le gouvernement se permettrait-il de valider un tel recensement? À défaut de bonne performance économique, est-ce là un moyen de rehausser le PIB par tête sachant bien que celui -ci est un des indicateurs du niveau de pauvreté dans un pays ou s'agit-il d'une simple manipulation politique dont les conséquences ne sont pas bien comprises par nos dirigeants? Ceci est d'autant plus sérieux si l'on considère que l'allocation de l'aide ou l'assistance au développement et beaucoup d'autres classements internationaux peuvent déprendre de la taille de la population du pays. À mon avis, ce recensement général de la population n’a servi qu’à gonfler les fiefs du parti au pouvoir au détriment des autres régions et surtout de la zone de Conakry et de la région de N’Zérékoré pour justifier les données biaisées du fichier électoral. L’opposition, la société civile guinéenne et les autres institutions de la république devraient se mobiliser pour exiger des explications de la part de nos autorités. Ces acteurs ne devraient pas laisser de telles manipulations passées sans réagir vigoureusement surtout que les résultats de ce recensement ont un impact non seulement politique mais ils ont aussi un impact économique et social et pourraient même affecter les intérêts de notre pays sur le plan international.
Abdoulaye Barry
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