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2008-09-24 10:10:10
Encore cette histoire de Pétrole
Dans Africa Energy Intelligence du 02/07/2008 il y est question de pétrole en Guinée avec Summa Energy SA qui aurait rencontré le 12 Juin 2008 Le Premier Ministre pour discuter de ce sujet. Il en est de même avec la lettre de ce dernier et celle du Ministre Secrétaire Général de la Présidence adressées tout récemment à Hyperdynamics.
Hyperdynamics, Terralliance, Roxwell, Summa Energy, etc. ont soif toutes d’un pétrole Guinéen qui reste encore à découvrir. C’est de bonne guerre dans un contexte de flambée de prix de cette ressource sur le marché mondial.
Cependant, cela est de mauvaise guerre pour la Guinée, car toutes ces compagnies essaient chacune de son côté de mener ses négociations dans des conditions obscures, avec arrogance et piétinant au passage tout ce qui fait le fondement d’un Etat.
C’est pourquoi, nous pensons que l’éviction du Ministre des Mines Ahmed Kanté du Gouvernement est un signe de mauvais augure car il avait jusque là entrepris une démarche qui semblait aller dans le sens de la défense des intérêts miniers de la Guinée particulièrement en ce qui concerne la question du Pétrole.
Nous observons attentivement le nouveau Ministre des Mines avec l’espoir qu’il ne cèdera pas aux pressions des uns et des autres. Dans ce cas la Guinée lui sera reconnaissante. Il faut éviter à tout prix à notre pays le cauchemar qu’ont vécu ou que vivent plusieurs pays pétroliers à cause de la « malédiction du pétrole”.
A juste titre, Almamy Moustapha Traoré dans le Lynx No 851 du 4 Août 2008 rappelle comment un pays comme le Maroc s’est fait complètement gruger et escroquer par une société Texane du nom de Lone Starr. Et ce même schéma pourrait se reproduire en Guinée si on n’y prend garde.
Le Pétrole n’est pas la Solution
Dans notre déclaration No 12 du 2 Octobre 2007, nous avons traité de ce sujet en soulignant que dans le contexte actuel de Mauvaise Gouvernance, caractérisée par une Administration inefficace et laxiste, corrompue et prédatrice et des Institutions républicaines et judiciaires branlantes, un exécutif incompétent et irresponsable etc. La Guinée n’avait pas de besoin, d’inscrire la question du Pétrole dans tout programme de Gouvernement ou de développement. Pour cela toute démarche liée à l’octroi de permis de recherche ou autre doit être gelée pendant au moins cinq ans.
Sauf et peut être encore s’il s’agit de faire un inventaire de nos ressources uniquement. Dans ce cas le Gouvernement devra en assurer le leadership et que les procédures de transparence en la matière soient respectées.
Pourquoi insistons-nous que notre pays ne doit pas s’engager sur la voie du pétrole dans le contexte actuelle ?
En plus des questions de Gouvernance, la Sécurité et la stabilité de notre pays est en jeu comme cela est le cas actuellement dans plusieurs pays Africains, dont entre autres le Tchad et le Soudan occupés à s’entretuer pendant que d’autres exploitent leurs ressources pétrolières tranquillement. Et tout près de nous le Mali et le Niger servis respectivement par des rebellions recrées de toute pièce, dès qu’il a été question de pétrole.
Et c’est à juste raison que « l’exploitation de la rente pétrolière demeure l’un des principaux moteurs des conflits en Afrique » comme souligné par Francis Perrin, directeur de rédaction de la revue Pétrole et gaz arabe.
Plus loin il poursuit que « dans la pratique, le pétrole est souvent associé, dans les pays en développement, à la montée des tensions, des disparités et des inégalités, à des conflits internes et à des jeux de pouvoirs pour la captation de cette fameuse rente pétrolière ».
Par ailleurs, aucune nation développée ou en voie de l’être n’a bâti son développement grâce au pétrole. On peut citer la Norvège, l’Angleterre, l’Amérique du Nord ou l’Europe, le Japon, la Corée du Sud et les autres dragons ou plus récemment la Chine et l’Inde qui émergent comme forces économiques. Tous ces pays ont su mettre en place des politiques basées sur la gestion efficace de leurs ressources financières, un bon système éducatif (maitrise du savoir), les infrastructures, et une meilleure gouvernance etc.…créant ainsi les fondations d’un développement réel. Leur ouverture sur le monde extérieur a fait le reste.
Quand aux pays producteurs de pétrole, y compris la majorité des pays du golf, la Lybie ou l’Algérie, aucun pratiquement n’a amorcé un véritable développement économique et social en rapport avec leurs ressources pétrolières. Ils connaissent certes de forts taux de croissance économique grâce au pétrole mais ne parviennent pas encore à asseoir les fondations d’un décollage économique et sociale et sont très souvent sujets à des troubles. A coté, Israël a transformé le désert en Jardin grâce à sa maitrise du savoir et du savoir faire.
Le cas de l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole est parlant/choquant. Selon une étude de Mathieu Mucherie publiée en 2005 sur le site Melchior, ce pays a reçu en moyenne par an autour de 80 milliards de dollars entre 2000 et 2004. Cependant cet apport massif de liquidités a été « sans effet d’entrainement significatif sur la croissance ».
En Afrique, le tableau est encore plus sombre. Que ce soit le Nigeria, ou l’Angola, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Congo, etc., ces pays se retrouvent dans le peloton de queue des pays pauvres de la planète. Tous sont victimes de la mauvaise gouvernance avec des bas niveaux de vie des populations, analphabétisme et mortalité élevés. Trois ont connu la guerre civile et sont tous dans des situations d’instabilité politique et sociale permanente.
Dans « La ruée actuelle est une menace pour l’Afrique » titre tiré du livre « Curse of the black Gold » ou la malédiction de l’or noir en français, il y est rapporté que dans des pays comme le Nigeria et l’Angola, à l’image des autres pays pétroliers africains, « ...le niveau de vie des populations ne s’est guère amélioré au cours des quatre dernières décennies, alors même que les revenus pétroliers augmentaient de manière exponentielle. Les centaines de milliards de dollars du pétrole sont pourtant passés quelque part ». On ne peut être plus clair, la mauvaise gouvernance est passée par là.
Malgré l’énorme rente pétrolière, en Angola, 82% de la population vit avec moins de 2$ par jour actuellement, le taux de chômage est de 65% et les inégalités continuent de se creuser. Au Nigeria, la pauvreté est le quotidien de la majorité ; environ 54% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Le revenu moyen par habitant était de 3$/jour en 1980.
A coté de ces pays, il ya ceux sans ressources pétrolières tels que le Botswana, l’Afrique du Sud, et dans une moindre mesure le Mozambique, le Ghana qui font des progrès réel grâce à une meilleure gouvernance économique, politique et sociale.
Macroéconomie du Pétrole
Dans l’étude réalisée par Mathieu Mucherie, celui-ci montre que le « mécanisme macroéconomique d’appauvrissement par le pétrole » se fait en 4 phases, et que nous reproduisons tels quels:
L’argent n’est pas le problème
En Guinée, on pense généralement que notre développement passe nécessairement par un apport massif d’argent.
Pour cela, on veut nous faire croire que le pétrole va faire sortir définitivement notre pays de la pauvreté, et ce, grâce à la pluie de milliards de dollars qui résultera de son exploitation.
A l’image des trombes d’eau de pluie qui tombent sur notre pays, sans que cela ne se traduise en terme d’eau potable dans les robinets des citoyens, de l’électricité dans les foyers, les pluies de milliards de dollars que l’ont nous fait miroiter ne serviront également à rien, sinon à exacerber la corruption, les tensions sociales. Et renforcer davantage la déstabilisation des institutions politiques, économiques et sociales déjà fragiles.
Tout le monde sait que le problème de la Guinée n’est pas le manque d’argent.
La Guinée a simplement mal à sa Gouvernance, et à son Leadership actuel. Comme le dirait l’autre « l’argent sans les ‘cerveaux’ est toujours dangereux », et ces ‘cerveaux’ là avec la conscience du bien public, de l’intérêt de la Guinée et des générations futures, font notoirement défaut à la Guinée.
En effet, point n’est besoin de s’étaler sur les pratiques de nos dirigeants au cours de ces dernières décennies en matière de gestion des ressources publiques. Faites le compte des ressources financières extérieures et celles intérieures générées par notre pays et les comparer à l’état actuel de notre pays en terme de développement économique et sociale. La comparaison avec le train de vie de nos dirigeants est carrément choquante, c’est simplement une insulte aux Guinéens.
Entre 2000 et 2006, le total des recettes (secteurs miniers et non miniers) de l’Etat est passé de 594.5 milliards de FG à 2 172.3 milliards de FG. Comment expliquer depuis plusieurs années les exportations de bauxite par exemple sont en constante augmentation et les recettes qui y proviennent sont en constante régression, ce dans un contexte de flambée des prix des matières premières sur le marché mondial. La dette extérieure dépasse aujourd’hui les 3 milliards de dollars, pratiquement l’équivalent du produit intérieur brut ou PIB (Le PIB mesure le niveau de production d’un pays), soit 97.6% contre une moyenne de 34.3% en Afrique subsaharienne.
Les Guinéennes et les Guinéens ont le droit de savoir comment ces fonds ont été dépensés.
Ressources naturelles et développement
L’exploitation du Pétrole comme les autres ressources minières n’est pas forcement mauvaise en soi et peut avoir un impact positif sur le développement.
En effet, des pays comme les Etats Unis, la Norvège ou l’Angleterre ont bénéficié des découvertes importantes de pétrole. En 1945, la production américaine qui représentait les 2/3 du pétrole dans le monde a permis de mettre en valeur des zones hostiles de son territoire comme l’Alaska, stimuler des innovations, le développement de l’automobile etc.
Cependant, à observer de près ces pays qui tirent bénéfice de leur pétrole, on remarque qu’ils ont en commun (i) un cadre institutionnel et judiciaire solide et stable, (ii) une politique monétaire et budgétaire adaptée, crédible et transparente, ou simplement une politique macroéconomique saine.
Comme le souligne Matthieu Mucherie, « Ce n'est pas le pétrole qui a appauvri le Nigeria ou l'Irak, ce sont ces pays qui n'ont pas su faire du pétrole une chance, faute de structures économiques et politiques adaptées c'est-à-dire ouvertes au contrôle. Si l'on découvrait du pétrole en Suisse ou en Irlande, cela ne se transformerait probablement pas en drame économique pour ces pays”.
Ce qu’il faut entreprendre et le rôle des Institutions
Nos institutions politiques et judiciaires sont faibles et manquent de crédibilité. Dans un tel contexte, s’il y a manne pétrolière, ce serait la voie ouverte à l’irresponsabilité budgétaire, l’aggravation de la corruption, du clientélisme et la mise au placard des réformes structurelles nécessaires.
C’est pourquoi il est urgent d’établir des institutions solides, aboutir à un Etat de droit et donc à la bonne gouvernance. C’est ce qui fera du pétrole une « chance » pour la Guinée.
Si la Guinée doit s’aventurer plus loin dans la question du Pétrole, elle doit le faire à l’image de la Norvège qui est le meilleur exemple en matière de réussite pétrolière.
Mucherie nous indique que « En Norvège, l’Etat est partout lorsqu’il s’agit du pétrole : en tant qu’actionnaire de Statoil (plus de 80%) et de Norsk Hydro (plus de 40%), en tant que bénéficiaire des différentes taxes et Royalties, etc. Au total 80% de la rente pétrolière est ainsi récupérée par les autorités publiques. Ces dernières années, plus des deux tiers des recettes pétrolières ont été épargnée. Le fonds (pétrolier) norvégien fait l’objet d’admiration de nombreux économistes : il s’inscrit dans une démarche démocratique (débats au Parlement..., contrôle poussé des comptes pétroliers), il répond à une démarche rationnelle et juste d’un point de vue intergénérationnel... ».
‘’Ceux qui luttent sont ceux qui vivent’’
Conakry le 22 Septembre 2008
Union des Jeunes de Guinée
BP 2074 Conakry, 1ere Avenue Manquepas
VOS COMMENTAIRES | |
| Diallo Oumar | 24/09/2008 17:42:06 |
| Je voudrai remercier l'Union des Jeunes de Guinée, pour la pertinence de leur déclaration. L’exploitation pétrolière dans notre pays actuellement, l’entraînera inéluctablement dans des conflits et déchirure de tout genre. Le pays souffre beaucoup en ce moment, mais si par malheur ce gouvernement donne le feu vert aux sociétés étrangères d’exploiter notre pétrole, nous le regretterons amèrement. Comme il est dit dans le texte, partout en Afrique où ces sociétés se sont installées ; la pauvreté a été multiplier par au moins10 et des guerres ont éclaté comment aller le savoir. Sans les hommes intègres vaut mieux de laisser ces ressources dormir pour avoir au moins la paix. | |