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2008-09-24 10:30:56
L’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique (ARGUIFA) EXPRIME son indignation à la suite de la reconnaissance par l’Etat de sa culpabilité dans les assassinats de COZA, et de la remise de cercueils considérés comme les dépouilles de trois d’entre les victimes.
En effet, le 30 novembre 2000, des hommes en uniformes commandités par l’Etat guinéen ont fusillé à COZA, Commune de Matoto, sept civiles guinéens non armés, ressortissants de la région forestière. Leur seul tord a été d’avoir dénoncé avec courage et patriotisme les exactions de l'Ulimo (une des organisations rebelles libériennes) en région forestière. Le gouvernement avait justifié son acte en déclarant que les défunts étaient des rebelles opposés au gouvernement guinéen. Pour étayer sa thèse de rébellion, la Radio Télévision Guinéenne (RTG) avait même montré des armes et munitions saisies, disait-on, au domicile d’une des victimes, le professeur Julien Onivogui. Huit années après, le mercredi 17 septembre 2008, à l’hôpital Donka, le gouvernement du Premier Ministre Ahmed Titiane Souaré, a remis aux parents des victimes trois cercueils présentés comme les restes de trois des sept civiles froidement et lâchement assassinés. A cette occasion, le Premier Ministre a déclaré, entre autre, que "L'Etat reconnaît le tord causé."
L’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique PENSE que ce geste du gouvernement n’a pas été possible sans une lutte acharnée menée par les familles des victimes, les citoyens ordinaires de la région forestière et de toutes les autres régions de la Guinée, au nom du droit à la vie et à la liberté d’expression. Que toutes ces personnes qui ont mené cette lutte, avec courage et détermination, parfois au risque de leur vie, soient ici remerciées. Elle les invite à continuer la lutte qu’elle considère comme le seul passage obligé pour le progrès de la Guinée dans le respect mutuel, l’harmonie et l’entente.
PRENANT ACTE et ANALYSANT ce geste posé par le gouvernement dans sa globalité, l’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique fait trois observations principales. La première qui est à la fois choquante et réconfortante est la reconnaissance, sans équivoque, de la culpabilité de l’Etat par ses agents au plus haut niveau. Cette observation est choquante par le fait même que l’Etat, en assassinant ses propres citoyens, en les accusant faussement de rébellion et en gardant leurs corps pendant huit ans au mépris de toutes les valeurs guinéennes, morales et religieuses, a manqué à toutes ses obligations vis-à-vis de la Loi Fondamentale guinéenne et de toutes les lois internationales dans le domaine des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette observation est aussi réconfortante à cause de la clarté avec laquelle l’Etat a reconnu sa culpabilité, ouvrant ainsi la voix au droit d’être dit et à la justice d’être établie. En conséquence, l’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique EXIGE que l’Etat guinéen prenne un acte réhabilitant officiellement les défunts dans leur droit de citoyens innocents, et déterminant l’indemnisation des familles des défunts pour souffrance matérielle et traumatisme moral. Dans le même sens, elle DEMANDE que le Parlement guinéen prenne une loi de réparation consacrant la construction, sur financement de l’Etat et en collaboration avec les familles, d’un monument des martyrs de COZA et instituant une journée nationale de recueillement en l’honneur des victimes.
La deuxième observation faite par l’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique concerne l’acte de remise partielle des dépouilles aux familles, leur permettant ainsi de faire le deuil. Aussi extra ordinaire que cet acte puisse paraître, il s’inscrit d’abord et avant tout dans l’ordre normal des choses dans toute société civilisée. Même les corps des condamnés à mort exécutés sont remis à leurs familles pour inhumation. C’est pourquoi l’Association EXIGE que le gouvernement remette les quatre autres corps à leurs familles respectives.
La troisième observation faite par l’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique concerne le caractère opportuniste, partiel, pauvre et éphémère du geste posé par le gouvernement. Ce geste, quoi qu’étant dans la bonne direction, ne semble reposer sur aucune vision d’une Guinée harmonieuse, prospère et unie. En effet, l’Association serait davantage satisfaite si cette remise partielle des corps de nos martyrs s’inscrivait dans une stratégie globale d’établissement de la vérité sur tous les cas de violation des droits humains perpétrés sur le sol guinéen depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. Car depuis l’indépendance de la Guinée, le seul bilan que nous lèguent les politiques est malheureusement d’avoir su faire de certains guinéens des loups contre leur propres frères et sœurs. Combien de familles guinéennes attendent, certaines depuis un demi siècle, pour faire le deuil de leurs fils et filles lâchement et froidement assassinés par leur propre gouvernement. C’est pourquoi l’Association DEMANDE le vote par le Parlement national d’une loi portant création, attributions et financement d’une Commission Vérité et Réconciliation, avec tous les pouvoirs de passer en revue tous les cas de violation des droits de l’homme en Guinée depuis l’indépendance du pays jusqu'à nos jour.
L’Association des Ressortissants de la Guinée Forestière en Amérique CROIT que la recherche de la vérité par les guinéens sur les nombreux cas de violation des droits humains ne vise aucun objectif de vengeance. Ce que demandent les guinéens est l’établissement de la vérité en vue d’une réconciliation vraie.
Vive le respect des droits de l’homme !
Vive la justice!
Vive la Guinée unie!
L’Association