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A propos des écrits de Dénis Galéma Guilavogui

dans ‘’Seule la vérité peut nous réconcilier’’ (Suite et fin)


2008-10-06 19:43:40

Est-il d’ailleurs besoin de rappeler qu'au plan syndical, Sékou Touré, à la tête de la CGT (Confédération Générale des Travailleurs) section locale de la centrale française «fut souvent accusé d'agir sur les ordres de la «haute administration» et cela depuis 1951 » ? (Le "Prolétaire", organe de l'Union des Syndicats CGT de Dakar, septembre - octobre 1955) cité par Soriba Sylvain Camara. Par "haute administration" il faut comprendre le Haut Commissaire Cornut Gentille avec qui il restera en bons termes jusqu'au départ de celui-ci de l'AOF en 1956. Les rapports entre les deux hommes ont donné lieu à des commentaires divers". N'est-ce pas lui qui l'a persuadé d'opérer la scission de la C.G.T d'A.O.F pour créer une centrale autonome, décision qu'il prendra en 1955 avec deux de ses collèges de la CGT d'AOF-Togo, Seydou Diallo et Bassirou Gueye, moyennant des enveloppes de fonds secret ?
 
La nouvelle centrale africaine prit d'abord l'appellation CGTA Confédération Générale des Travailleurs Africains) avant de devenir l'UGTAN. De hauts responsables syndicalistes de l'AOF hostiles à la scission ont crié à la trahison. Car la scission permettait aux Sociétés et ressources financiers  Entreprises de la métropole de faire d'importantes économies de temps et de ressources financières qu'elles perdaient à cause des innombrables grèves de leurs filiales africaines, déclenchées par les centrales françaises, pour obtenir des augmentations de salaires et d'autres avantages sociaux, et automatiquement suivies par les sections de l'AOF. Donc l'autonomie de l'UGTAN désavantageait les travailleurs africains.
 
L'alliance avec les autorités françaises qu'on a même qualifiées de collaboration, à partir de 1950, nous l'avons dit, ne pouvait pas être un gage de succès à brève échéance pour le PDG-RDA, aux élections territoriales et métropolitaines. Car affaibli par des mutations hors du territoire, des fonctionnaires dirigeants du parti, Madeira Keita Secrétaire Général qui a succédé à Amara Soumah, le 1er et Fodé Kotigui, ouvrier des chemins de fer, le 2e et Ray Autra au Dahomey (Bénin), Saïfoulaye Diallo au Niger, puis en Haute-Volta (Burkina-Faso). A cela, il faut ajouter des démissions d'autres hauts responsables, Amara Soumah, Mamba Sano, d'un nombre important de l'élite politique et intellectuelle.
 
Mais Sékou Touré a cru naïvement que Beyla était le microcosme politique de la Guinée. Il s'engage donc dans la compétition, avec outre Barry Diawadou, Barry Ibrahima dit Barry III, MSA (Mouvement Socialiste Africain) section Africaine de la SFIO (Section Française de l'Internationale ouvrière), et Dr Jean Farah Touré, Union Forestière, dans la folle certitude de remplacer Yacine Diallo.
 
Il est battu correctement sans grande surprise pour les observateurs attentifs de la scène politique guinéenne. A son traditionnel programme de conquête de mandants électoraux notamment ceux de députés au palais bourbon à Paris, programme autour de démagogie facile en d'autres mots, de mensonge sans vergogne, il ajoute le recours à la violence, à la calomnie, à la diffamation de caractère dirigées exclusivement contre ses adversaires politiques qu'il fera massacrer de 1954 à 1958, aidé en cela par
l'administration coloniale. Des Français n'avaient été nullement inquiétés durant ces folles journées d'émeutes sanglantes à travers le pays. Les dirigeants du PDG-RDA avaient donné des consignes fermes de les épargner.
 
‘’Combattant de l'indépendance’’ d'un genre tout singulier qui fait la concession aux occupants, exploiteurs des richesses du pays, c'est-à-dire les ‘’oreilles rouges’’, voire les protège de toute attaque venant de ses commandos "rompus à la technique de combat de rue’’, qui va en guerre exclusivement contre les fils du pays, c'est-à-dire ses frères.
 
Fort de la complicité sinon du soutien tacite de l'administration, le PDG agissait au grand jour. Jean Paul Alata Français, un des dirigeants de la DSG (Démocratie Socialiste de Guinée) dont le leader était Barry Ibrahima dit Barry III, dans "prison d'Afrique" cité par le professeur Baba Ibrahima Kaké dans "Sékou Touré le Héros et le Tyran" page 57 "les gones du PDG sous la conduite le leur "Général" Momo JO, une petite gouape "Brutale et délurée, s'exercent nuit et jour, organisées en brigades de 20 hommes ayant de solides liaisons cyclistes, ils sont tous ouvertement armés de matraques et de barres de fer. Leurs groupes déambulent dans les rues de Conakry, agressifs et provocants. En culotte courte et maillot de corps, ils convertissent les récalcitrants, ils envahissent en groupes les concessions, exigent la présentation de la carte du pari, obligeant ceux qui ne l'ont pas exhibée à la prendre immédiatement’’.
 
Ces actes barbares n'ont pas épargné même les villages les plus reculés du pays, où de pauvres citoyens qui n'ont rien à voir avec la politique ont fait l'objet de la chasse à l'homme. L'harmonie, l'entente et la cohésion qui rythmaient la vie de nos populations prirent un coup, sérieux, en de plusieurs localités de la Guinée, sans oublier la solidarité en mal à point. "Nous les avons frappés" reconnaît Moussa Sanguiana un des  hauts responsables du PDG au cours d'un débat télévisé, il y a quelques années.
"Parce qu'ils étaient minoritaires" ajoute-t-il.
 
M. Galéma, c'est par ces méthodes sauvages, humiliantes et inhumaines que le PDG "a fait élire aux législatives" - pour la 1ère fois - "deux députés sur les trois de la Guinée à l'Assemblée nationale française, Sékou Touré et Saïfoulaye Diallo", le 3e Barry Diawadou du BAG réélu, le 2 janvier 1956. Aux territoriales du 31 mars 1957, il obtient non pas 57, mais 56 conseillers, et 3 à la DSG de BARRY Ibrahima di: Barry III, qui a remplacé le M.S.A, Pita : Barry III (Inspecteur des contributions diverses), Bah Thiemo Ousmane (chef de canton) et Thiam Mamadou (assistant élevage), et 1 Indépendant Dinguiraye Tall Mody Habibou (chef de canton).
 
Inutile de parler de l'ampleur des fraudes qui ont entaché, ces consultations d’irrégularités en faveur du PDG.-RDA inféodé à l'administration coloniale.
 
Pour respecter le pacte d'alliance, le parti a fait élire 5 français sur sa liste : Célestine Robert à Beyla (secrétaire général Chambre de Commerce), Joachim Eugène à Gueckédou (comptable), Mignard Jean Eugène à Kindia (ingénieur à l’Institut français des agrumes coloniaux), Jacques Demarchelier à Labé (industriel) et Bail hache Robert à N'Zérékoré (avocat).
 
Il faut rappeler que c'est dans le même climat d'intimidation et de terreur que le PDG a remporté les premières élections municipales des cinq communes de plein exercice organisées le 8 novembre 1956. Les maires élus à l'issue du scrutin : Conakry : Sékou Touré; Kindia: N'Famara Keita (commis); Mamou ; Saïfoulaye Diallo (commis des SAFC, député) ; Kankan : Magassouba Moriba (médecin africain) ; N'Zérékoré : Mamady Sagno (instituteur).
 
Après sa victoire, à ces consultations, Sékou Touré adresse à M. Gastin Cousin Haut commissaire de l'AOF à Dakar, un message de loyalisme dans lequel il réaffirme "solennellement" au nom des populations guinéennes son attachement "aux idées et principes démocratiques qui font honneur à la France et assureront dans les conseils à venir, de la pérennité de sa grandeur".
 
Au début, la DSG était épargnée par les émeutiers du PDG-RDA, et son leader Barry III était désigné sous le nom "Syli Yorè" éléphanteau en Soussou, Sékou Touré étant le grand "Syli". Mais puisque son audience grandissait, elle devint la cible au même titre que la BAG. D'ailleurs, ces deux formations finirent par fusionner pour constituer en 1958 la section guinéenne du PRA, formation interterritoriale créée à Dakar en mars de la même année. Parti rival du RDA, il subit l'influence du parti, la convention africaine, nom donné par Léopold Sédar Senghor, lors de son congrès constitutif en janvier 1957, à Dakar "par référence à l'assemblée révolutionnaire française de 1792-1795". Une orientation progressiste plus prononcée. La section guinéenne avait plongé le PDG dans une hantise permanente de voir son audience vraiment factice, il faut le dire, péricliter inévitablement.
 
Son premier congrès tenu à Conakry début mai 1958 et qui a connu un succès au-delà de toute espérance, est l'occasion rêvée pour le PDG de lancer à nouveau, des hostilités devenues depuis, ses seuls moyens de combat politique à l'exclusion de tout programme mobilisateur. Du 2 au 5 mai, Conakry est le théâtre de massacres, d'atrocités et de cruautés inouïes. Ce congrès du PRA, fut le clou des émeutes commencées en juillet 1954, par le parti de Sékou Touré, visant seulement les adversaires politiques. Bilan des 4 folles journées de barbarie primitive : 32 morts
chiffres officiels, 200 selon l'opposition.
 
Graves incidents sanglants qui provoquèrent les premiers exodes vers l'extérieur d'importantes personnalités politiques de l'opposition et du syndicat pour raison de sécurité, entre autres, l'instituteur Keita Moussa qui s'est défendu à coup de fusil avant de prendre l'avion pour Dakar, en compagnie de Faraban Diakité, chef de cabinet du gouverneur, Soûle Sidibé de la police. Maître Konaté, Louis David Soumah, responsable de la CATC (Confédération Africaine des Travailleurs Chrétiens), Sadou Bobo, Amara Soumah 1er conseiller général et conseiller territorial de Conakry, laissant derrière lui sa maison en feu. D’autres s’envolent vers Abidjan (Côte d’Ivoire).

S. Nabbie Touré
(Journaliste à la retraite)


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Saran08/10/2008 07:04:12
Mr Nabddie Toure viens de nous livrer un vrai travail de memoire. On se rend compte que Mr. etait du parti politique adverse du PDG. Ce ci etant la maniere dont le PDG a reussi de s'imposer comme le plus important parti politique et gagner la bataille du 28 sept. 1958 n'a aucune importance pour l'histoire et pour l'histoire de la Guinee. Pour l'histoire la Guinee est le premier pays de l'Afrique Francaise a avoir dire non a De Guaule.